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LA PATRIE GAULOISE. — LE CONSEIL GENERAL DES PEUPLES DE LA GAULE

La Gaule, si bien délimitée par la Providence, suivant la remarque de Strabon, située à l'extrémité la plus occidentale que pussent atteindre les migrations des peuples, était pour ainsi dire destinée à les absorber. Du Rhin à l'Océan et aux Pyrénées elle fut le réceptacle de races diverses qu'elle a tour à tour accueillies dans son sein, leur donnant pour habitat définitif, à côté de ses populations autochtones, ses vallées et ses plaines, la lisière ou le sol défriché de ses bois. A mesure que la population sédentaire de toutes les parties de la Gaule s'accroît ainsi de nouveaux afflux de Germanie, les clairières s'élargissent, les bourgs se construisent dans les vallées, auprès des sources, au confluent des rivières; les pâturages et les champs propres à l'ensemencement des céréales se développent au détriment de la végétation folle. Chaque peuple nouveauvenu trouve dans notre sol, admirablement approprié par la nature aux cultures les plus diverses, dans notre climat, dans nos bois, nos coteaux, nos prairies, nos montagnes, tout ce que pouvaient souhaiter ses instincts ataviques ou ses aptitudes originales.

Ainsi, les innombrables tribus qui franchirent le Rhin dès le début de l'histoire, celles plus rares, qui vinrent par les cols des

Alpes ou des Pyrénées ou d'autres que l'Océan débarqua sur nos plages, se sont pliées avec bonheur aux exigences de leur nouvel et délectable habitat. Une fois apaisée la lutte pour la place la meilleure, elles se sont librement associées ; elles ont contracté les mêmes mœurs, ont parlé la même langue, se sont adaptées, en un mot, à cette communauté de vie, d'idéal, d'intérêts et d'espérances qui forme l'âme collective d'un peuple et engendre la solidarité nationale.

Par son génie aimable, la Gaule a fusionné toutes ces races, sans contrainte : elle se les est si bien assimilées qu'elle a eu l'heureuse fortune de tendre à l'unité sociale et politique plus rapidement que toute autre nation. C'est la race gauloise.

On l'a vu plus haut et nous le constaterons encore à chaque pas dans la suite : la Gaule et la Germanie ont été peuplées l'une et l'autre, par des groupes ethniques dont les variétés sont impossibles à démêler. Mais ce qui, au point de vue social, distingue très nettement les occupants de ces deux vastes régions de l'Europe, c'est qu'en Gaule, grâce à l'état physique du sol, tous ces groupes si diversifiés par leurs origines, se sont rapidement associés et pénétrés, de manière à ne former qu'une seule nation, tandis que les éléments ethniques de la Germanie, ceux mêmes qui parlaient les dialectes germaniques, ne se sont jamais fusionnés, ni rapprochés ; même en face du danger extérieur, ils n'ont jamais serré leurs rangs ; à aucun moment de l'histoire ancienne, les peuples germains n'ont eu la conception d'une nationalité géographique ; leur habitat forestier ne le comportait pas. L'isolement et l'instabilité qui leur étaient imposés furent toujours l'obstacle à toute idée d'association fédérative et de solidarité comme de progrès social.

Au contraire, en Gaule, les rubans forestiers, fluviaux ou montagneux qui bordent les territoires des cités et forment leurs confins, ne sont, nulle part, si immenses qu'on ne puisse les pénétrer et les parcourir. Des routes les traversent ; constantes sont les relations commerciales et sociales entre les divers peuples gaulois. Ils se fréquentent, ils se connaissent, ils s'apprécient. La conscience de leur unité, morale, géographique et ethnique, de leur permanente solidarité et de leur indépendance collée-

tive s'éclaircit tous les jours davantage. Ce sentiment se purifie au contact de l'étranger, c'est-à-dire des nations qui entourent la Gaule, Germains et Romains, parce que ceux-ci jouissent d'un état social tout différent, inférieur ou plus élevé : des deux côtés, les habitants de la Gaule sont traités en ennemis1. Ils reconnaissent la supériorité romaine ; ils méprisent et redoutent à la fois la barbarie germaine.

C'est l'ensemble de toutes ces populations, façonnées ou transformées par le même habitat sédentaire, qui constitue le type ethnique gaulois. Dans l'histoire, à travers les ambitions personnelles des chefs et les rivalités des cités, on sent partout planer l'âme gauloise, si différente de l'incurable particularisme des peuplades de la Germanie. La patrie gauloise est sous l'égide de dieux nationaux dont le principal est Teutatès, nom qui paraît signifier «le dieu public» ou « le dieu national », et qui effectivement était adoré aussi bien dans la Belgique que dans la Celtique-. Les déesses si populaires appelées les Matrœ ou «déesses mères », ont des sanctuaires aussi bien à Nîmes et sur le plateau de l'Auvergne que sur la rive gauche du Rhin et en Hollande.

Cette unité gauloise comparable au panhellénisme, ce patriotisme d'instinct, d'habitat, de religion et de traditions était entretenu et souvent surexcité par les dangers et les malheurs que tous ces peuples de la Gaule coururent et supportèrent en commun, comme les ravages des Cimbres et des Teutons ou la menace de l'invasion d'Arioviste; il s'affirme chaque fois qu'il s'agit de protéger le Rhin contre les invasions germaniques.

Il était soutenu aussi, chez un grand nombre, par le regret de la grandeur et de l'unité passées. Les Gaulois se rattachent, comme à un héritage de gloire commune, aux antiques souvenirs guerriers de leur race qu'ils proclament unique dans son origine lointaine et issue du même dieu, roi des entrailles de la terre nourricière.

Les traditions épiques relatives à l'empire du Biturige Ambigat, chantées par leurs bardes ; le passage du Rhin3; les sou-

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