‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 62 sur 211 · César, Bell. GalL, I · texte numérisé non relu

César, Bell. GalL, I

vêtes connurent les lettres grecques numérales ; ils avaient appris à compter en grec le butin, la solde, la rançon et les contributions de guerre qu'ils avaient extorquées aux Grecs. L'Helvétie, nous l'avons vu, était une des grandes routes commerciales par laquelle les Gaulois communiquaient avec la vallée du Danube et les contrées helléniques.

Bloqués entre leurs montagnes et le Rhin, les émigrants n'avaient devant eux que deux portes, celle du pays des Séquanes, entre le Jura et le Rhône ; mais elle passait par des gorges resserrées où un seul chariot de front ne pouvait même défiler que difficilement ; on risquait d'être attaqué par les montagnards sans pouvoir se défendre. L'autre route, plus commode, était celle du pays des Allobroges et de la province romaine ; elle traversait le Rhône sur un pont, à Genève. On se flatta d'obtenir le passage de gré ou de force des Allobroges, et au sortir de l'hiver, l'immense armée s'ébranla, le cinquième jour avant les calendes d'avril, l'an de Rome 696 (58 av. J.-G.).

César averti, accourut à marches forcées, fit rompre le pont de Genève et ordonna des levées de troupes. Les Helvètes lui députent des ambassadeurs pour demander la permission de traverser la Province romaine, s'engageant à n'y commettre aucun dégât. Mais César qui avait lieu de se défier, refuse le passage. Alors, les émigrants veulent passer quand même, « les uns sur des barques jointes ensemble et sur des radeaux appropriés, les autres à gué, à l'endroit où le Rhône a le moins de profondeur, les uns le jour, les autres la nuit ». Ils se heurtent aux retranchements que César a fait construire sur les bords du fleuve; ils sont forcés de rebrousser chemin.

Dans cette situation, il ne restait aux Helvètes que le passage par la Séquanie. Grâce à Dumnorix, qui avait été l'allié d'Orgétorix, ils obtiennent des Séquanes, libre parcours : ils ne commettront ni violence, ni dégât et iront s'installer au loin, dans le pays des Santons, au nord de Toulouse. Seulement, il leur fallait aussi traverser le territoire des Eduens. Ceux-ci, en même temps que les Allobroges et les Ambarres, implorent le secours de César qui accourt de l'Italie avec de nouvelles légions.

Les Helvètes étaient arrivés sur la rive gauche de la Saône, « dont le cours est si paisible que l'œil ne peut en distinguer la direction1 ». Ils la traversaient; les trois quarts de leur monde étaient déjà sur la rive droite de la rivière, lorsque César fond sur eux, les taille en pièces, les force à se réfugier dans les forêts voisines. Rapidement, le général romain jette un pont sur la Saône que son armée franchit en un jour. « Les Helvètes, voyant qu'il avait suffi à César d'une journée pour ce passage qu'ils avaient eu beaucoup de peine à effectuer en vingt jours », sont atterrés ; ils essayent de négocier. Ils envoient à César, l'un de leurs chefs, Divicon, qui promet que les Helvètes iront s'installer dans le pays qu'il plaira à César de leur assigner.

Les négociations ayant échoué et les intrigues de Dumnorix ayant été dévoilées à César par les Eduens eux-mêmes, il fallut de nouveau combattre. César réapprovisionne ses troupes à Bibracte, en dépit du mauvais vouloir de beaucoup d'Eduens, puis, avec ses lieutenants il fond sans tarder sur l'ennemi. La bataille fut acharnée. A la fin, la lutte était concentrée à l'endroit où les bagages des Helvètes avaient été mis en réserve. « Près des bagages, on combattit encore bien avant dans la nuit, car les Helvètes s'étaient fait un rempart de leurs chariots, et lançaient d'en haut une grêle de traits sur les assaillants, tandis que d'autres, entre ces chariots et les roues, nous blessaient de leurs javelots et de leurs flèches. »

Enfin, les Romains s'emparent du camp ennemi. Les Helvètes, encore au nombre de 130.000, se retirent vers le nord ; marchant jours et nuits ils parviennent, le quatrième jour, sur le territoire des Lingons. César les poursuit. Un certain nombre d'entre les ennemis essaye de s'enfuir du côté de l'est pour regagner le Rhin. Ils sont ramenés par les habitants des pays qu'ils veulent traverser. Vaincus, ils implorent leur pardon.

« César enjoignit aux Helvètes, aux Tulinges, aux Latobriges de retourner dans le pays d'où ils étaient partis. Comme il ne leur restait plus de vivres et qu'ils ne devaient trouver chez eux aucun moyen de subsistance pour apaiser leur faim,

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