‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 65 sur 211 · César, Bell. GalL, I · texte numérisé non relu

César, Bell. GalL, I

le bassin de l'Aar. Il est naturel de supposer que c'est des sources du Danube et du Rhin qu'une partie des Boiens et des Volques vint en Gaule par le Frikthal qui, nous l'avons vu, conduit à la Trouée de Belfort et fut toujours un chemin d'invasion et de commerce.

Ceux d'entre les Boiens qui passèrent en Gaule n'y séjournèrent point : si l'on en croit la tradition recueillie par Tite-Live, Bellovèse les emmena en Italie, au nombre de 112 tribus; entraînant avec eux une partie des Lingons, ils franchirent le col du Grand-Saint-Bernard et descendirent dans la vallée du Pô, où ils fondèrent Milan. C'est probablement vers le même temps qu'un autre rameau de Boiens s'en alla en Aquitaine où il se fixa le long du golfe de Gascogne. On se demande enfin si un troisième essaim, se dirigeant vers le nord-ouest, ne finit point par échouer en Normandie, sous le nom de Baiocasses.

Ceux d'Italie, après avoir chassé les Ombriens et les Etrusques, devinrent la terreur des Romains; ils furent les principaux auxiliaires d'Annibal. Refoulés vers le nord et l'est, dans de longues et sanglantes guerres, ils furent obligés de chercher leur domaine d'expansion dans la région danubienne, d'où ils étaient venus jadis. Leur valeur guerrière et les montagnes de la forêt Hercynienne les protégèrent contre l'invasion des Cimbres et des Teutons, mais certaines de leurs tribus se laissèrent entraîner par l'avalanche des barbares, passèrent avec eux dans le Norique et s'emparèrent de Noreia, ce dont les Romains leur surent mauvais gré.

Dans la basse vallée du Danube, les Boiens se trouvèrent en conflit avec un rameau, celtique comme eux, les Gètes ou Daces, dont l'empire englobait alors la Roumanie actuelle et les rives occidentales de la mer Noire. Le roi des Gètes, Bœrebistas, les écrasa et le pays qu'il les força d'abandonner, devenu vide d'habitants, s'appela longtemps, dit Pline, déserta Boiorum. Les Boiens se concentrèrent dès lors en Bohême ; mais ils ne devaient pas tarder à y être molestés et subjugués par la puissante tribu germanique des Marcomans ; ceux d'entre eux qui refusèrent de se plier sous le joug de Marbod, remontèrent le Danube et s'installèrent auprès de leurs frères de race, en

Bavière et vers les sources du Rhin et du Mein, c'est-à-dire à la lisière de la forêt Hercynienne, dans le voisinage des Vindelici, des Rœti et des Helvètes. Boiodurum, dont le nom signifie « forteresse des Boii », était un oppidum des Boiens, au confluent de l'Inn (Œnus) et du Danube. C'est aujourd'hui la ville bavaroise d'Innstadt, près de Passau.

Les Bavarois et les Bohémiens doivent leurs noms à cette puissante nation celtique des Boiens, dont ils sont issus en grande partie. La forme donnée au nom des Boiens par les écrivains grecs, est Boïoc ; Ptolémée dit même Boioi r<ùlo( ; les Latins disent Boii. De ce nom paraissent dérivés celui de Boioarii ou Baioarii qui désigne les Bavarois, et aussi celui de Boiocasses ou Baiocasses, les habitants du pays de Bayeux. Quant au nom de la Bohême, Bocoa-.piov, Boiemum ou Boihemufn, on y retrouve aisément les deux éléments, — le second germanique, — qui donnent à ce nom le sens de « demeure ou habitat des Boii » (Boio-heim)i.

On voit par ce qui précède pour quels motifs impérieux les Boiens, cantonnés vers les sources du Rhin et du Danube, sollicitèrent des Helvètes la permission de les suivre dans leur migration en Gaule : ils étaient pourchassés par les Germains. Les Helvètes ayant été vaincus et renvoyés dans leur pays, les Eduens obtinrent de César que les Boiens fussent autorisés à s'installer sur une portion inhabitée (ager publions) de leur propre territoire. Ils les confinèrent dans un coin forestier du Bourbonnais, à charge pour eux de défricher la forêt, de payer tribut et de garder cette frontière contre les tentatives des Arvernes. Les Eduens s'incorporèrent ainsi les Boiens comme les Médiomatrices s'adjoignirent les Triboques : c'était pour ces peuples une façon de grossir le nombre de leurs clients, de leurs tributaires et de leurs auxiliaires de guerre et de labour.

Les Yolques furent, comme les Boiens, une puissante nation celto-gauloise fixée, au ve siècle, dans la région moyenne du Danube qu'elle avait remonté plus anciennement. Partagés aussi en plusieurs groupes de tribus, les uns pénétrèrent en Gaule

Page 1