‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 74 sur 211 · C. Jullian, Histoire de (a Gaule, t. II, p · texte numérisé non relu

C. Jullian, Histoire de (a Gaule, t. II, p

de Saverne, occupèrent tout le bassin supérieur et moyen de la Moselle et une portion de celui de la Meuse. Leur capitale fut Divodurum (Metz), à la jonction des vallées de la Moselle et de la Seille. Cette place centrale de leur pays devint, à l'époque romaine, et sans doute déjà auparavant, le nœud de routes nombreuses qui fuyaient dans toutes les directions : du côté d'Argentoratum (Strasbourg) ; de Tullum (Toul) et d'Andemantunum (Langres); de Durocortorum (Reims) ; du côté de Trêves, Mayence et Cologne.

Le territoire des Médiomatrices comprenait, outre Divodurum, des centres de marchés, de grands relais d'étapes ou des bourgs fortifiés sur les hauteurs, comme Ibliodurum, près de Rezonville, et Brocomagus, au nom bien gaulois, aujourd'hui Brumath, sur la Zorn, au-dessous de Saverne. \J oppidum de Viridunum (Verdun) sur la Meuse, faisait aussi partie du pays des Médiomatrices. Leurs voisins étaient les Tré vires (Trêves), les Rèmes (Reims) et les Leuques (Toul).

C'est sans doute aux Médiomatrices plutôt qu'aux Trévires qu'appartenait le vieil oppidum gaulois dont on a, il y a peu d'années, étudié les ruines sur le plateau montagneux qui domine le bourg de Deidesheim. Les fouilles qu'y a entreprises la Société historique de Spire n'ont exhumé que des débris gaulois, et l'on a justement fait remarquer la similitude des murs et des autres débris découverts à Deidesheim et, un peu plus loin, à Durkheim, avec ceux du mont Sainte-Odile, de la forêt de Dabo, du mont Beuvray près d'Autun, et des autres oppida qui couvraient le sol de la Gaule.

Sur la majeure partie de ses frontières, le pays des Médiomatrices était entouré de vastes forêts qui se rattachaient à l'Ardenne et aux Vosges. Aujourd'hui encore, des bois s'étendent de la Rosselle à la Nied, affluents de la Sarre. Ils se prolongent au loin vers l'ouest. « Les forêts actuelles de Moveuvre, de Caldenhoven et de Warndt ne sont plus que de faibles vestiges de celles qui, à l'époque ancienne, enserraient le pays presque de trois côtés1. »

1 Alb. Grenier, Habitations gauloises, j>. 18.

Les Vosges, les Basses-Vosges, la Hardt palatine dont les «rêtes et les pentes étaient boisées, déversaient dans l'immense plaine ondulée et agricole du pays des Médiomatrices, les rivières qui vont, les unes directement dans le Rhin, les autres dans a Moselle. Depuis Argentovaria jusqu'à Spire et Worms, sur la rive gauche du Rhin, s'échelonnent de nombreux cours d'eau dont le confluent était singulièrement favorable aux invasions en masse aussi bien qu'aux débarquements individuels. C'est la portion du grand fleuve où les Anciens se faisaient un jeu de la navigation. C'est aussi le pays des asperges sauvages, des oignons, des choux et autres plantes maraîchères qui nourrissent aussi bien l'homme que les animaux rongeurs et ruminants.

De même que leurs voisins, les Leuques et les Rèmes, à l'époque de César, les Médiomatrices étaient depuis longtemps sédentaires. Mais pour les raisons que nous venons d'indiquer, aucun autre des peuples de la Gaule ne fut, plus qu'eux, exposé aux infiltrations et aux invasions des Germains d'outre-Rhin. Chaque jour, ceux-ci traversaient le fleuve par unités, par familles, par roulottes, par clans, sollicitant humblement la faveur de s'installer sur des terres sans maîtres et à la lisière des forêts, offrant leurs services pour défricher, garder les troupeaux, chasser les fauves. D'autres fois, c'étaient de terribles bandes de brigands accourus pour une razzia et s'en retournant, le coup fait, avec leur butin.

Au nombre des tribus germaniques qui figuraient dans l'armée d'Arioviste, Jules César cite les Triboques, les Némètes et les Vangions. Après que le chef barbare eut repassé le Rhin, les débris des hordes qui ne réussirent pas aie suivre, descendirent le long de la rive gauche du fleuve sur le territoire des Médiomatrices et s'empêtrèrent dans le dédale des alluvions marécageuses et forestières qui entouraient, bien plus qu'aujourd'hui, les estuaires de l'Ill, de la Moder, de la Sauer, de la Lauter, de la Queich ; des bandes paraissent avoir réussi même à descendre plus bas dans la direction de Mayence.

Ce fut alors que les Triboques, dépaysés et errants, obtinrent des Médiomatrices et de Jules César la permission de se fixer sur la rive gauche du Rhin, dans la plaine inculte, paludéenne

et boisée, à peu près vide d'habitants, où ils étaient parvenus. Les Médiomatriees leur donnèrent asile, de la même façon que les Eduens avaient accueilli les Boiens, après la déconfiture des Helvètes. On citerait aisément des épisodes analogues dans l'histoire des colonies de l'Afrique ou de l'Amérique contemporaines.

Ces Triboques des bords du Rhin ne pouvaient être qu'une petite et pauvre tribu de miséreux, des fuyards, bien aises qu'on leur fit une place dans les marécages de la Moder ou les clairières de la forêt Sainte de Haguenau. Ils n'ont pu, quoi qu'on en ait dit, fonder Strasbourg, puisque le nom primitif de cette ville est purement gaulois ou gallo-romain, Argentoratum. Nous verrons que le nom, peut-être germain, de « Strasbourg », ne paraît pas avant l'époque mérovingienne.

Ce sont bien des terres incultes ou marécageuses qu'on accordait aux Germains lorsqu'on les installait en Gaule. La preuve en est que plus tard, les vétérans de l'armée romaine, devenus colons après 30 ou 40 ans de service, se plaignent qu'à eux-mê nés on assigne pour terres à cultiver (agri), « des marais impraticables ou des roches incultes » (fuligïnes paludum vel inculta montium) l. On ne pouvait pas traiter des Germains vaincus et errants, mieux que les vétérans des légions. César qui cite les Triboques, les Vangions, les Némètes au nombre des tribus entraînées par Arioviste, ne mentionne que les Triboques parmi les peuples rhénans installés entre les Médiomatriees et les Trévires. On leur attachait peu d'importance. Strabon passe sous silence les Vangions et les Némètes : « Aux Helvètes, dit-il, succèdent le long du Rhin, les Séquanes, les Médiomatriees et, compris dans le territoire de ces derniers, les Triboques, peuple germain, enlevé naguère à ses foyers et transporté là, de la rive opposée du fleuve. »

Ptolémée, au milieu du second siècle de notre ère, place par erreur Argentoratum (Strasbourg) chez les Vangions, en même temps que Borbetomagus (Worms). Ces noms, on le voit, sont nettement gaulois, de même que celui de Noviomagus (Spire), où s'installèrent les Némètes. Le même géographe donne deux

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