Tacite, Annales, I
villes ou bourgs, aux Triboques, Brocomagus (Brumath) et Helvetus ou Hellenus, petite station sur 1*111, aujourd'hui Ehl, près de Benfeld. Ces noms ne sont pas non plus germaniques, mais bien gaulois, c'est-à-dire médiomatrices. On voit donc que ces localités préexistaient à l'arrivée des Triboques, et que les Médiomatrices les y ont accueillis sans qu'ils aient cru devoir eux-mêmes déménager ; de là, la phrase de Strabon qui, vers l'an 100 de notre ère, écrit que « les Triboques sont un peuple germain compris dans le territoire des Médiomatrices » .
De cette installation des Triboques ou Triboches (Triboci, Trïbocci, Tribochi) sur la rive gauche du Rhin, chez les Médiomatrices, de nombreux historiens ont tiré des conclusions singulières. Les uns racontent, sans sourciller, que les Triboques, ayant franchi le Rhin, un beau jour, ont refoulé par les armes vers les montagnes au delà du col de Saverne les Médiomatrices gaulois. D'autres font de cette tribu germanique la souche des Alsaciens actuels. Il n'y a pas un mot dans les textes anciens qui autorise de semblables amplifications.
C'est faire trop d'honneur aux Triboques. Ces bandes qu'Arioviste entraîne au pillage, n'ont point fait tant de bruit dans l'histoire; leur nom ne paraît même déjà plus dans la Notifia Provinciarum, alors que les Némètes (Spire) et les Vangions (Worms), leurs voisins, s'y rencontrent toujours. Les Médiomatrices les installèrent à Brumath et aux environs, comme semblent l'attester des inscriptions {.
D'un passage d'Ammien Marcellin on est en droit d'inférer que les Triboques occupaient aussi, au ive siècle, les terres basses de l'embouchure de la Lauter, à Wissembourg et Lauterbourg, où les Romains établirent des ouvrages fortifiés 2. Mais aucun texte ne permet de donner une grande extension à leur établissement : il paraît avoir été moins considérable que celui des Némètes et des Vangions. Les Médiomatrices leur ont abandonné des terres d'alluvion marécageuses et forestières où leurs voisins, les castors, plus industrieux que ces Barbares, savaient se bâtir des maisons. Ces peuplades, anciennes clientes
1. A. Holder, Alt-celtischer Sprackschatz, t. II, col. 1942-1943.