‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 78 sur 211 · Césak, I · texte numérisé non relu

Césak, I

tie et à Trêves, dit que les Galates d'Asie-mineure et les habitants de Trêves de son temps parlent la même langue1.

Comme les autres peuples de la Gaule, les Trévires ne se font aucun scrupule d'appeler les Germains sur la rive gauche du Rhin, lorsqu'il s'agit de combattre les Romains. D'ailleurs, César lui-même engage des cavaliers germains dans ses armées lorsqu'il lutte contre Vercingétorix. Mais lorsque des tribus germaniques veulent franchir le Rhin, les Trévires sont à l'avantgarde de la défense du fleuve et les Barbares n'ont pas d'adversaires plus redoutables et plus résolus. Il en sera ainsi pendant toute la durée de l'empire romain ; le Trévire Julius Tutor était, avant sa révolte, préposé à la garde du Rhin {tutor ripse Rheni) contre les Germains. Trêves deviendra même, pendant des siècles, à partir de Postume, la capitale de la Gaule. De telle sorte qu'en dehors de l'assertion de Tacite, suivant laquelle les Trévires se vantaient de leur origine germanique, on ne trouve rien de germain chez eux : tout y est gaulois. Ils étaient germains d'origine, comme les Rèmes (Reims) ou les Bellovaques (Beauvais), et comme tous leurs voisins; Germains parce qu'ils sont venus en Gaule de la rive germanique du Rhin. Ce nom rappelait simplement le souvenir de leur immigration plus récente. De même, les Oretani de l'Espagne sont aussi appelés Germains: qui et Germani cognommantur, dit Pline.

Les Trévires jouèrent un rôle considérable dans la lutte de la Gaule Belgique contre Jules César. Il y avait chez eux, comme chez les Eduens, les Arvernes, les Séquanes et la plupart des autres peuples de la Gaule, deux partis qui se disputaient le pouvoir : la faction populaire et démocratique et la faction des nobles et des « principaux de l'Etat ». Le parti aristocratique, favorable aux Romains, sollicite le concours de César pour s'assurer le gouvernement du pays ; l'autre parti fait appel aux Germains. Indutiomar, le chef de la faction populaire, déclare la guerre aux Romains, appelle les Trévires aux armes, fait venir de Germanie des auxiliaires que César qualifie de ramassis de vagabonds, de bannis, de gens sans aveu,

1. Cf. Mommsen, Histoire romaine, l. I\, trad. Cagnat et ïoutain, p. 128.

de voleurs et de pillards, qui préfèrent le brigandage au travail '. Cingétorix, dont le nom est si rapproché de celui du grand chef arverne, est le neveu ou le gendre d'Indutiomar, ce qui ne l'empêche pas d'être contre lui, à la tête du parti aristocratique. Il offre sa soumission à César et provoque l'intervention des légions. Ainsi, les deux factions politiques chez les Trévires ont des chefs issus de la même famille noble ; ils ont la même attitude que chez les autres peuples gaulois. De la même façon, ils s'excluent, se combattent, s'exilent, s'entretuent. N'en était-il pas ainsi chez les Grecs où, dans toutes les villes, il y eut tant de victimes politiques, tant de condamnés à l'exil ou à la ciguë pour délit d'opinion, suivant que l'on était pour ou contre les Perses, pour ou contre Philippe, pour ou contre les Romains ?

Au printemps de l'an 54 avant J.-C, César s'apprêtant à faire sa seconde expédition en Bretagne, se rend chez les Trévires parce qu'il a remarqué qu'ils ne viennent plus aux assemblées générales de la Gaule {ad concilia) et qu'on dit qu'ils engagent les Germains transrhénans à passer le fleuve.

A travers les péripéties de la guerre qui aboutit à l'entière soumission du pays des Trévires, on voit Indutiomar mettre habilement à profit la forêt des Ardennes. Il y fait cacher « tous ceux que leur âge rend inaptes à porter les armes2 ». Battu par Labienus, il s'y réfugie lui-même avec ses partisans, imitau. les autres peuples de la Gaule Belgique et les Germains transrhénans. Indutiomar ne cesse de solliciter le concours di? ceux-ci, parce qu'il sait qu'ils ont « un vif ressentiment de la défaite d'Arioviste » ; mais longtemps, les Germains n'osent intervenir ouvertement et passer le fleuve, dans la crainte du châtiment. Les Belges du nord sont plus hardis ; en 53 avant J.-C, à l'instigation d'Ambiorix, le chef des Éburons, ils prennent les armes et se croient intangibles au fond de leurs forêts.

Après qu'Indutiomar eut été tué et les peuples du nord vaincus, César convoque une assemblée générale des peuples de la

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