Ammifn Marcellin, XV
Deux causes principales contribuèrent à conserver longtemps aux populations de la Gaule Belgique le caractère guerrier et farouche qui les distingue des autres Gaulois : c'était d'abord leur habitat qui les isolait en grande partie, derrière l'épais rideau de la forêt des Ardennes, dans des terres pleines de marécages; c'étaient, en second lieu, les incursions germaniques qui les obligeaient de vivre sur le pied de guerre continu. Ce sol glaiseux et forestier du nord de la Gaule, ne le perdons point de vue si nous voulons nous bien rendre compte des opérations de guerre de Jules César lorsqu'il entreprit la conquête de cette région.
Chez tous les peuples de la Gaule, après la défaite d'Arioviste, le mécontentement, résume Duruy1, succéda à l'enthousiasme, lorsqu'ils virent que les Romains paraissaient s'installer à demeure dans leur pays. Les Belges, les premiers, se sentant menacés, se réunirent et votèrent la levée en masse. Averti par les Rèmes et les Eduens, César accourt, traverse l'Aisne sur un pont, à Berry-au-Bac, soumet aisément les Suessions, les Bellovaques, les Ambiens. Mais, aux frontières des Nerviens, des Eburons et même des Atrébates, il se heurte aux obstacles naturels de la région. Les Belges se cachent dans les bois, se glissent dans la nuit forestière, à travers le labyrinthe des marécages et des tourbières. Jamais les Nerviens n'auraient été vaincus si leurs guerriers, sortant des ténèbres, n'avaient commis l'imprudence d'accepter la bataille que César leur offrit. Ayant mis en sûreté, bien loin derrière d'infranchissables barrières, familles, troupeaux, vivres et richesses, ils se crurent capables de se mesurer avec les légions. Ce fut au confluent de la Sambre et de la Meuse, près de Namur. De 60.000 qu'ils étaient, il en resta 500 ; sur leurs 600 sénateurs, 3 seulement échappèrent au massacre qu'en firent les Romains.
La Gaule paraissait conquise et tranquille, en dépit d'une certaine effervescence, lorsque dans l'hiver de l'an 57-56 avant J.-C. , les Usipètes et les Tenctères traversèrent le Rhin, non loin de son embouchure. « La cause de cet exode était que les Suèves,