‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 96 sur 211 · Suétone, Tibère · texte numérisé non relu

Suétone, Tibère

de s'installer à la lisière de la forêt Hercynienne, dans les vallées du haut Danube.

Tout de suite, ces barbares qui venaient des plaines marécageuses du nord de la Germanie, enchantés de la place qui leur était concédée dans des terres saines et ensoleillées, devinrent les meilleurs auxiliaires des Romains pour leur commerce avec les pays du nord : on leur avait confié le croisement des routes qui, partant d'Aquilée, traversaient le Norique et gagnaient, l'une par la Rhétie, le lac de Constance et le Rhin, l'autre la vallée de l'Elbe en Bohème. « Sur le cours du Danube, dit Tacite, les peuples les plus proches de nous sont les Hermondures, fidèles aux Romains, et pour cette fidélité, les seuls de tous les Germains qui aient le droit de commercer avec nous, non seulement sur la rive du fleuve, mais encore dans l'intérieur de la Germanie et dans la colonie si riche de la province de Rhétie. Ils entrent par tous les points et sans qu'on les surveille. Tandis que nous ne montrons aux autres nations que nos armes et nos retranchements, nous ouvrons nos maisons, à la ville et à la campagne, à ce peuple des Hermondures qui ne nous les envient pas. L'Elbe prend sa source chez les Hermondures. »

Tibère déploya sur le Rhin la plus intelligente activité; il fit diriger par L. Domitius Ahenobarbus, en l'an 1 de notre ère, une expédition contre les Chérusques ; lui-même, en l'an 4, réprima, sur la rive droite du Rhin, des tentatives d'insurrection, domptant coup sur coup, les Caninéfates, les Attuariens, les Bructères, les Frisons; en poursuivant ces derniers il atteignit l'embouchure du Weser.

Les Frisons étaient, dit Tacite, une pauvre nation à laquelle Drusus n'avait infligé qu'un faible tribut : « Ils devaient fournir des cuirs de bœufs [coria boum) pour les besoins de l'armée. Mais on n'avait pas déterminé la longueur et l'épaisseur de ces peaux. Un primipilaire, Olennius, ayant été nommé gouverneur de la Frise, assigna les peaux d'aurochs pour modèles de celles qu'on recevrait. Ce règlement, dur pour d'autres nations, était plus difficile que partout ailleurs à appliquer chez les Frisons, parce que leur bétail est très petit, tandis que les animaux qui

peuplent les forêts de la Germanie sont énormes. Pour contraindre les Frisons, on saisit d'abord leurs bœufs, puis leurs terres, enfin leurs femmes et leurs enfants qu'on réduisit en esclavage *. » De là, la révolte des pauvres Frisons contre lesquels Apronius fut d'abord envoyé et dont Tibère lui-même ne vint à bout que difficilement.

Tibère revint établir ses quartiers d'hiver aux sources de la Lippe. Au printemps de l'an 5, il s'avança plus loin, soumit les Chauques et les Longobards; comme au temps de Drusus, les légions atteignirent le territoire de parcours de la grande tribu des Suèves Semnons, sur les rives de l'Elbe. Après cette brillante expédition, Tibère s'en retourna sur la rive gauche du Rhin. Il s'était rendu populaire dans son armée et il avait gagné la confiance de tous en se montrant attentif à ménager la vie de ses soldats. « Il parcourut, dit Velleius Paterculus, toutes les parties de la Germanie sans exposer à la moindre perte l'armée qu'il avait sous ses ordres, car ce fut toujours là le premier de ses soins, et cette contrée fut rendue presque tributaire. »

On crut, à Rome, que la Germanie allait se laisser conquérir avec autant de facilité que la Gaule. Devant les protestations de soumission et de fidélité des chefs germains, on ne se rendit pas compte que l'on avait affaire à des tribus chez lesquelles la duplicité et la perfidie sont, par instinct — comme chez les sauvages — et par une tradition atavique consacrée par les institutions, les principes de l'attitude à tenir vis-à-vis du maître ou des étrangers plus forts. Les Romains allaient bientôt, à leurs dépens, apprendre à connaître l'astuce, la fourberie, l'absence de tout scrupule du Barbare. Un contemporain, soldat des armées de Germanie, Velleius Paterculus, éclairé par les événements auxquels il prit part, donnera des Germains cette définition justifiée qui reste leur stigmate indélébile : Germant, natum mendacio genus, « les Germains, race née pour le mensonge ».

Tibère parti, les peuplades germaines recommencèrent leurs incursions sur le Rhin. Cette fois, ce fut Varus qu'Auguste chargea d'aller rétablir en Germanie la paix romaine.

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