‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 97 sur 211 · Tacite, Annales, IV · texte numérisé non relu

Tacite, Annales, IV

C'était en l'an 9 de notre ère. P. Quintilius Varus occupait les fonctions de légat de la Germanie inférieure. Arminius, le roi des Ghérusques, tribu remuante et belliqueuse, installée sur les deux rives de la vallée moyenne du Weser, au nord du Harz, fréquentait le camp romain, prodiguant à Varus les démonstrations d'amicale fidélité ; il était reçu à sa table et ne le quittait point. Arminius avait, d'ailleurs, toujours vécu dans les armées romaines ; il parlait la langue latine et il commandait une troupe germaine à la solde de l'Empire. Velleius Paterculus le connut « servant l'Empire avec zèle », et « gagnant par ses services le droit de cité romaine et le rang de chevalier ».

Il avait vingt-sept ans lorsqu'il perpétra sa trahison. Plusieurs chefs chérusques, mis au courant du complot, eussent voulu rester fidèles aux Romains, soutenant que « l'alliance de Rome était avantageuse aux Germains ». Le frère môme d'Arminius combattait dans les rangs des Romains, qu'il n'abandonna jamais. Varus s'imagina qu'il viendrait à bout des Germains à force de condescendance et en leur rendant la justice dans son camp *. Sa confiance, dit Florus, ne fut même pas ébranlée par les révélations de Ségestès, le beau-père d' Arminius, qui pour perdre son gendre, avertit les Romains. Sa rancune contre Arminius venait de ce que ce dernier lui avait ravi sa fille promise à un autre : l'attitude patriotique de ces Barbares tenait à une querelle de ménage !

Arminius qui commandait lui-même l'arrière-garde de l'armée romaine, entraîna Varus dans le défilé tourbeux et boisé de Hœllerschucht {Teutoburgensis saltus), au fond des forêts de la Hesse qui s'allongent au nord de la Lippe, jusqu'à Osnabruck; l'endroit exact était, croit-on, entre cette rivière et l'Ems, à proximité de Paderborn et de Detmold, au cœur du pays chérusque.

Les arbres étaient si serrés, si prodigieusement hauts que les soldats étaient fatigués de les abattre pour se frayer un chemin, fatigués aussi de construire les levés de terre et les innombrables ponts par lesquels on cheminait « en file indienne »,

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