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CHAPITRE XL

comme réserve entre les forts Plappeville et Saint- Quentin, à 10 kilomètres de Roncourt. Toute la bataille est expliquée par ces quelques mots. Bazaine était attiré vers Metz et les Allemands le poussaient vers la place. Même objectif au fond, des deux côtés.

A quoi bon décrire les incidents de cette lutte homérique. Ils sont encore présents à la mémoire de tous les Français. Maîtres de toutes les positions jusqu'à six heures et demie, vainqueurs sur toute la ligne après l'écrasement de la garde prussienne à Saint-Privat-la-Montagne , il semble que la journée est définitivement à nous. L'état-major allemand, en prévision d'une retraite, donne l'ordre de dégager les ponts d'Ars et de Corny sur la Moselle, quand un nouveau corps d'armée, le 12^ saxon, attaque les positions de Ganrobert. Quelques bataillons frais, empruntés à la réserve, et le 12'^ corps trouvera son tombeau sur ces pentes, comme la garde; mais ces renforts n'arrivent pas, et malgré des prodiges de courage, malgré la sauvage énergie du commandant en chef, Roncourt et Saint-Privat tombent aux mains des Allemands.

Ces coteaux ont été arrosés du sang de 30,000 hommes. Ces sentiers, ces avenues, ces fermes, ces bouquets de bois sont littéralement couverts de

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tombes plus pressées encore qu'entre Tronville, Rezonville et Mars-la-Tour.

Je voulais rentrer à Strasbourg assez à temps pour assister aux derniers préparatifs des fêtes, à l'arrivée de l'empereur Guillaume. Cette fois, j'ai pris l'ancienne ligne de Metz à Strasbourg par Faulquemont , Saint- Avold, Sarreguemines et Niederbronn. J'ai pu, de cette façon, visiter le champ de bataille de Wœrth, Reichsoffen, Frœschwiller, Elsashausen; ces lieux témoins de tant d'actes d'héroïsme, où un seul régiment, le 3« zouaves, perdit /^V de ses officiers sur 67. Je me suis arrêté au pied du monument funèbre élevé par l'Alsace à nos soldats, je me suis appuyé à la grille qui entoure l'arbre deMac-Mahon, j'ai gravi la colline de Gunstett et visité tous ces villages auxquels la petite armée française s'est cramponnée tout le jour, écrasée d'heure en heure par les feux de nouveaux ennemis, fatiguée de tirer, sans espoir de secours, soutenue seulement par l'énergie du commandement.

Je me représentais les incidents de cette lutte désespérée et la charge légendaire des cuirassiers du général Bonnemains, puis, là-bas sur cette route de Saverne, la débandade de l'armée, le sauve-quipeut général, l'indiscipline sans frein, le pêle-mêle d'une armée morte. Douze régiments d'infanterie de

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