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CHAPITRE XL

des paysans. Quelles scènes lamentables sur toutes ces routes, dans ces rues de village, pendant la nuit du 16 au 17 août. D'immenses convois de blessés encombraient les chemins, et les médecins ne suffisaient pas. On se bornait à amputer par les procédés les plus sommaires et des cris effroyables se faisaient entendre de tous côtés.

A Novéant-sur-Moselle, station du chemin de fer dç Metz, sur la rive gauche de la Moselle où l'on descend en une demi-heure de voiture par un joli vallon, tapissé de prairies d'un vert éclatant, qu'arrose le joli ruisseau de Gorze, la situation est la même. Les vingt Allemands en résidence passent leur vie dans une brasserie germanique voisine de la gare. Leur amour-propre national a beau s'exercer par le nombre des chopes absorbées, leur consommation ne suffît pas à faire vivre le buvetier qui, venu d'Allemagne avec quelques sous, y retournera ruiné sans avoir vu s'asseoir à ses tables un seul habitant du village. On ne boit que du vin dans ce joli coin de la Lorraine, un vin léger et capiteux tout à la fois, marqué par un goût de terroir, qu'il doit aux pierrailles des coteaux.

On rentre de Novéant à Metz par une jolie route, que dominent, à gauche, les coteaux d'Ancy et de Jouy-aux-Arches, où se dressent les piles de l'ancien

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aqueduc romain qui amenait à l'antique Divorodu num les eaux de Gorze. On traverse enfin Ars-sur- Moselle. A l'entrée de tous ces villages brille la plaque indicatrice du district, du cercle, du canton et de la compagnie de landwehr auxquels appartiennent les habitants.

Le lendemain, je me suis fait conduire sur le champ de bataille du 18 août. On suit encore la route de Verdun, mais seulement jusqu'au delà de Rozerielles. C'est sur les crêtes voisines qu'était établi, couvert par des tranchées-abris, le 2« corps d'armée commandé par le général Frossard.

Montant vers le nord, on visite les fermes de Moscou, de Leipzig et de la Folie, position du 3* corps (Leboeuf), puis Montigny-la-Grange et Amanvilliers qu'occupait Ladmirault avec le 4' corps, et enfin Saint-Privat et Roncourt, où se tenait le 6* corps (Ganrobcrt). C'était un front de bataille de 10 kilomètres. La gauche, protégée par le Saint-Quentin, était impossible à déborder. L'objectif des Allemands était d'ailleurs de nous rejeter sur Metz, et non de nous couper de la place. L'attaque principale et la tentative de débordement, suivant la tactique ordinaire de M. de Moltke, devaient fatalement s'opérer sur l'aile droite, c'est à-dire sur Roncourt et Saint- Privat-la-Montagne.Orlagarde impériale était placée

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