CHAPITRE XII
tenant-général Skobeleff, commandant en chef du Z^^ corps d'armée russe; le ministre de la guerre saxon de Fabrice, rattaché militaire suédois major Duc, le lieutenant-colonel suisse Ulrich Meister, l'attaché militaire espagnol lieutenant don Manuel Sylvela y Gassado, le colonel turc Sabit-Bey, le ministre de la guerre de Wurtemberg de Wundt.
En comprenant les officiers de grade inférieur, la .suite de l'empereur se composait de cent soixantedix personnes. Il n'est pas douteux que le gouvernement allemand voulait donner aux manœuvres d'Alsace-Lorraine, à la grande revue de Kœnigshoffen, à la tournée politique et militaire, dans le pays d'empire, une importance exceptionnelle. En effet, outre le feld-maréchal de Moltke, tous les inspecteurs d'armée et d'armes spéciales, se trouvaient réunis autour de l'empereur, ainsi que les ministres de la guerre de tous les États de la Confédération. Ce voyage devait être une sorte de prise de possession définitive.
En attendant, on confectionnait par milliers les étendards prussiens aux trois couleurs, ces drapeaux dont la large bande noire signifie, selon l'expression imagée d'un poète d'outre-Rhin, « la mort de la liberté allemande et la fourberie des Hohenzollern »; on pavoisait complètement la gare dont
toutes les voies, sauf une, celle de l'arrivée, étaient recouvertes d'un plancher mobile tendu de tapis moelleux ; on entassait aux abords de ce monument les arbustes des promenades publiques ; on sablait les rues par où devait passer le cortège ; on plantait des mâts sur le parcours ; on envoyait tous les agents de l'administration chez les débitants et employés pour les contraindre à arborer les couleurs allemandes. Les six cents musiciens militaires désignés pour parcourir aux flambeaux les principales artères de la ville et pousser sous les fenêtres du Nestor des souverains d'Europe les sauvages hourrahs d'ordonnance répétaient du matin au soir l'hymne national : « Sois heureuse, ô Majesté couronnée par la victoire ! »
Au théâtre, grand émoi; la représentation de gala est proche, le compliment de circonstance n'est pas encore sur pieds. Quelle superbe solennité ! Le théâtre réservé aux employés et aux officiers sera rempli, de l'orchestre àl'amphithéâtre, de représentants de toutes les sous-variétés du monde germanique. Strasbourg seule n'y figurera pas. Peut-être M. Schnéegans et M. North se faufileront-ils dans les couloirs en relevant le collet de leur habit. Voilà tout, et c'est peu.
Quelques Strasbourgeois invités au dîner de l'em-