‹ Le Rhin francaisChapitre 120 sur 166 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

pereur par l'entremise du comte de Perponcher, grand-maître du palais, ont renvoyé leurs cartes, en termes secs et polis. Tout ce que l'Alsace compte de notabilités politiques, industrielles, commerciales, part pour le Hohwald ou Sainte-Odile. Le député de Strasbourg, M. Kablé, voyage sur les bords du Rhin. Ceux que leurs affaires retiennent en ville se confineront au fond de leurs appartements. 11 n'y aura de Strasbourgeois, ni sur le passage de Pempereur, ni à la parade d'honneur. M. de Mœller sait que l'accueil sera beaucoup plus froid que l'an dernier; il ne se gêne pas, paraît-il, pour le laisser entendre aux gens qui l'entourent. Le réveil de l'opinion s'est tellement affirmé depuis quelques mois, qu'un des fonctionnaires de la police disait récemment dans un endroit public à l'un de ses confrères lorrains : a Je ne sais si la même chose se produit à Metz, mais on dirait que ces satanés Alsaciens, qui semblaient avoir perdu l'espoir de redevenir Français, s'accrochent plus que jamais aujourd'hui à l'idée que l'état de choses actuel ne durera pas. »

La police ne sait vraiment où donner de la tête. Elle se butte contre une inertie de plus en plus marquée. Mais elle essaye, à force d'activité et d'adresse, de conjurer le mal.

Aidée par la nuée d'agents arrivés de Berlin, elle

enrôle à Manheim, à Bade, à Gaiisruhe, dans les communes voisines de Kehl, de nombreuses escouades de citoyens enthousiastes.

Le matin du grand jour, le 18 septembre, j'ai vu de mes yeux une quinzaine de trains amener ces engagés à quatre marcks par jour. On était en plein coup de feu. Les 113'= et 114* régiments avaient passé le Rhin et étaient venus tenir garnison à Strasbourg^ pendant que le 15^ corps manœuvrait. D'autre part, quinze cents soldats isolés accourus de Rastadt et d'ailleurs, en permission avec billets de logement et argent en poche, avaient ordre de grossir la foule militaire. Ils se dirigeaient vers les rues où devait passer le" cortège, après avoir reçu de leurs chefs l'injonction de tirer le sabre au moindre cri séditieux.

Les engagés civils étaient divisés en escouades de dix ou douze individus qui, dirigés, à leur descente de chemin de fer, vers des débits de boissons différents, s'y abouchaient avec des hommes munis de planchettes fixées à un bâton sur lesquelles on lisait: Colmar, Haguenau,Molsheim,Schirmeck, etc.. Quels étaient ces chefs de bande? Les quelques fonctionnaires, employés et commerçants allemands ûxés dans ces résidences, et dont l'administration grossissait le nombre par l'adjonction 'de comparses soldés.

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