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CHAPITRE XV

jour-là par les Allemands, défaite qu'un coup d'audace dans la matinée du 17 aurait pu rendre irrémédiable. De Gorze, l'empereur avait gravi les chemins montueux et les pentes de ravins qui conduisent à Vionville. Arrivé sur le plateau où ses troupes avaient pris pied, à hauteur de la première ondulation de terrain du sommet de laquelle on aperçoit Vionville, Guillaume se découvrit devant une pyramide composée de blocs de granit, élevée à la mémoire des officiers d'un régiment qui avait été à peu près détruit en cet endroit. Silencieux, on le vit passer en revue toutes ces tombes. Il continua sa funèbre tournée par Vionville, Rezonville, Gravelotte, la ferme Mogador et Saint-Hubert. Le lendemain , l'empereur quitta l'Alsace-Lorraine où il était resté huit jours.

J'ai voulu savoir aussi exactement que possible quelles impressions avait éprouvées le souverain allemand pendant son séjour sur la terre conquise et j'y suis arrivé. Les fonctionnaires gardent rarement un secret pour eux. Ils sont d'ailleurs, en Alsace-Lorraine, entourés de gens intéressés à connaître le fond des choses. L'empereur a été très frappé de ce fait que les populations, loin d'avoir progressé dans le sens allemand, se sont montrées beaucoup plus froides encore que l'année dernière.

28i LE RHIN FRANÇAIS.

Guillaume, nous l'avons déjà dit, n'est pas homme à se laisser grossièrement tromper. Il connaît à n'en pouvoir douter les véritables sentiments des provinces conquises. Les échecs constants essuyés par les fonctionnaires, les manifestations récentes du suffrage universel, suffiraient à l'éclairer. Mais il comptait cette fois sur un certain contentement des populations, à la suite du vote de la prétendue loi d'autonomie et conséquemment sur une abstention moins formelle des citoyens notables. J'ai dit ce que sont les nouvelles institutions et comment les jugent les députés d'Alsace-Lorraine.

L'empereur s'est heurté à un mécontentement général dont il a eu le sentiment dès le premier jour de son arrivée à Strasbourg. Les mesures mêmes prises par l'administration lui ont laissé deviner la gravité du mal. 11 s'est bien vite aperçu, en présence de l'abstention générale des notabilités, que les promesses des autonomistes étaient vides de sens. L'Allemagne, en dotant l'Alsace-Lorraine d'institutions draconiennes, a fait œuvre une fois de plus de vanité et d'inintelligence. Les Allemands, qui ont la prétention de iraiier ex professa toutes les questions de politique étrangère au point de vue objectif, ont commis maladresse sur maladresse en Alsace- Lorraine. Pas un de leurs hommes d'État n'a com^

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