‹ Le Rhin francaisChapitre 2 sur 166 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ce que j'ai été faire eu Alsace-Lorraine. — Une conversation en sleepiny car. — La gare d'Avricourt. — La restauration. — Les chemins de fer alsaciens-lorrains. — Un enfant de cinq ans. — L'arrivée à Strasbourg.

J'ai voulu revoir, neuf années après nos désastres et nos deuils, la rive du vieux Rliin français et la vallée de la Moselle, ces terres d" Alsace-Lorraine où se rencontrent tant de souvenirs de victoires gauloises et de luttes locales héroïquement soutenues contre l'envahisseur allemand, ces populations simples de mœurs, inhabiles à se faire valoir, pour lesquelles le patriotisme sans phrases a toujours été un culte et le devoir civique une habitude.

Quand l'Autrichien, sûr de lavenîr autant qu'on peut l'êlre ici-bas, montait la garde sur la place Saint-Marc, on voyait parfois errer dans Venise asser-

vie quelques étudiants de l'Italie des Alpes, de ce pauvre coin de terre resté libre : le Piémont. Ils venaient là prendre des leçons de patience raisonnée, de courage silencieux et d'énergie nationale, au contact d'une Vénétie courbée sous le joug, mais non domptée. Quel ressort que la foi dans le triomphe du juste! Quelle semence d'union pour un peuple que l'ardente volonté de briser ses fers!

Des traités étaient en vigueur en ce temps-là aussi solides que celui de Francfort. On les respectait; mais tout Italien, de Suze à Venise, du golfe de Gênes au golfe de Naples, les considérait comme de simples entr' actes de Thistoire. Les générations se succédaient sans perdre leur croyance dans une Italie libre.

11 y a des vérités géographiques et des contrats nationaux antérieurs et supérieure à toutes les œuvres, hautes ou basses, de la diplomatie. Les congrès ne sont, après tout, que des tribunaux d'exception. En affichant, sans pudeur, comme le principe fondamental de la politique contemporaine, sa fameuse maxime : « La force prime le droit», M. de Bismarck n'a fait preuve que de cynisme. Il n'a rien inventé. Les conquérants anciens et modernes ne l'ont-ilspas mise en action ? N'ont-ils pas essayé d'en imposer éternellement es conséquences aux peuples

Page 1