CHAPITRE PIIEMIER
vaincus? Mais qu'on me montre un mensonge historique, géographique et social brutalement imposé qui soit devenu avec le temps une vérité. Est-ce que Josué empêche la terre de tourner? Est-ce que le droit, ce souverain du monde, selon la magnifique expression de Mirabeau, ne trouve pas un jour ses Galilées ?
Qu'on ne m'accuse donc pas, en parlant du Rhin français, de m'inscrire en nullité contre le traité de Francfort. Je le prends pour aussi valable, quoique particulier, que ceux de Vienne ou de Paris, à la rédaction desquels ont collaboré tous les diplomates d'Europe. Durera-t-il autant que M. de Bismarck, ou verrons-nous de nouvelles générations se succéder, agenouillées humblement dans la poussière aux pieds de la colossale. Germania appuyée sur un fusil .Mauser et coiffée du casque à pointe? Je n'essaie pas de le prévoir. J'observe et je raconte ; mais il est permis, faisant œuvre historique et nationale, de constater par le titre même de cet ouvrage que la rive gauche du Rhin n'est pas plus une rive allemande, ou la Moselle un cours d'eau germain, que le Mincio n"e:5t jadis devenu une rivière autrichienne.
Je puis rappeler, je pense, sans entraîner une conflagration européenne, que TAlsace et la Lorraine ne sont pas seulement nos sœurs de race et d'alliance,
mais qu'elles font partie de la communion d'idées politiques et de principes sociaux qui a nom Révolution française, ayant été les premières à combattre la Sainte-Alliance sur la frontière républicaine, au nom du droit moderne. La Fédération ne les a-t-elle pas sacrées plus françaises que les traités formels de Chambord, d'Illkirck et de Ryswick? M. de Bismarck ne s'est pas contenté de déchirer ces documents vénérables, il a annulé dans ses conséquences cette grande date historique : 1789, pour près de deux millions d'hommes.
Ayant en vue Tétude des procédés de la conquête et des tentatives de germanisation, résolu à dire tout ce que je pense sur l'état de l'opinion publique en Alsace comme en Lorraine, parce que je crois le moment venu de le faire, on comprendra qu'avant de formuler un jugement sur ces provinces aujourd'hui allemandes, je rappelle sommairement ce qu'elles étaient avant la conquête.
La signature du traité de Francfort et le respect international qu'on doit à un instrument aussi sérieux m'empêcheront-ils de remettre en la mémoire de tous (}ue le patriotisme français des départements cédés ne supportait pas la discussion ? Ils fournissaient à l'armée le meilleur de son contingent. L'Alsace, terre de liberté et de franchises municipales, donnait