CHAPITRE VII
roise, prussienne, et, la censure n'existant pas dans les autres états confédérés, les journaux saisis à Strasbourg circulent à Kehl, à Sarrelouis, à Landau, à Trêves. Vous savez aussi bien que moi comment les lois les plus draconiennes finissent toujours par être tournées.
— C'est vrai ! Patientez, en tous cas ; n'affîrmet-on pas, dans les cercles allemands, que d'ici à quelques jours la censure sera supprimée par le feld-maréchal de Manteufïel, le nouveau statthalter, comme don de joyeux avènement?
— Oui! On ajoute „même que le refus injustifiable en droit d'accorder de nouvelles autorisations de journaux sera levé. Plusieurs feuilles ont déjà leurs capitaux faits et leur rédaction prête ; mais, à vrai dire, je n'y crois pas.
— La dictature continuerait donc à sévir sous un autre nom ?
, — Plus sévère peut-être, à cause de son caractère militaire *.
— Je comprends que les républicains d'Alsacc- Lorraine, dont j'ai vu la députation à Bordeaux, n'aient pas lieu de se féliciter d'un pareil régime,
1. Mon ami avait raison. Le feld-maréchal de Manteuflfel a maintenu la censure et le refus d'autorisation de nouvelles feuilles.
et je doute que sa continuation gagne beaucoup d'adhérents à la politique de M. de Bismarck dans laVénétie des bords du Rhin.
— En attendant, grâce à la presse vénale, les fables les plus grossières sont incessamment propagées. M. de Bismarck est passé maître dans l'art de les faire circuler. Elles arrivent jusqu'à nous par le système des reproductions de feuilles allemandes. Le gouvernement se sert le plus souvent des organes à sa dévotion pour y faire insérer de prétendues correspondances d'Alsace -Lorraine, déjà publiées dans les feuilles d'Allemagne. Quand on voit, par exemple, les agences signaler un article de la Gazette de Magdebourg reproduit par le /ounia^ d'Alsace, et dans lequel on parle des bienfaits de l'organisation nouvelle, il convient de savoir que le correspondant strasbourgeois de la Gazette de Magdebourg n'est autre que M. Schnèegans, qui se reproduit ensuite lui-même et commente ses propres nouvelles.
(( Comment démentirions-nous les infamies que la presse berlinoise lance, à chaque instant, dans la circulation ? Nous ne pouvons que nous taire et laisser dire. Une chose nous étonne, cependant, et nous afflige : c'est que les agences françaises se laissent prendre à des pièges aussi grossiers et prêtent