CHAPITRE IX
ration des Saxons ^ » Attendre une coopération quelconque, voilà tout le secret. Chaque fois qu'un corps d'armée est engagé, il donne à fond et se prodigue en première ligne, comptant sur l'arrivée opportune de troupes de rechange, s'il est ramené ou même détruit. Avouons que ces renforts attendus sont toujours arrivés aux Allemands pendant la dernière guerre, tandis que nos malheureux généraux n'avaient à compter que sur eux-mêmes, témoin la bataille de Spicheren.
On doit admettre dès aujourd'hui que de pareilles fautes ne se renouvelleront plus; il est donc juste de dire que la tactique employée par les Allemands dans leurs récentes manœuvres n'est compréhensible qu'avec une écrasante supériorité d'effectif. A égalité de nombre, elle devient fatale. En présence d'un axiome aussi peu contestable, on se demande pourquoi les généraux allemands, pleins d'expérience, connaissant les effets terribles du fusil Gras, prompts à modifier leurs théories quand ils les soupçonnent vicieuses, ne réagissent pas contre cette habitude prise par les chefs de corps de raccourcir au plus extrême minimum les distances
1. Les Allemands ont dit de Saint-Privat : C'est U tombeau de la garde.
entre lés échelons de combat. J'y vois deux raisons. La première est rattachement au système qui a valu aux Allemands les triomphes inespérés de 1870-1871; la seconde, pour laquelle je pourrais renvoyer le lecteur aux remarquables articles que mon ami Le Faure a publiés dans le journal la France sur le commandement, est, qu'en temps de guerre, les chefs des diverses unités tactiques, mises subitement en contact avec l'ennemi, connaissent la part d'initiative laissée à leurs collègues, voisins de l'action, et n'hésitent pas à user de la leur.
S'ils ont la certitude, en présence de l'ennemi, que la région dans laquelle ils opèrent est vide d'Allemands à six heures de marche, ils ne s'engagent pas et battent en retraite. Savent-ils, au contraire, que la contrée est militairement occupée à portée de bruit de canon, ils n'hésitent pas à sacrifier leurs hommes dans une action prompte, même s'ils ont conscience de ne pouvoir la soutenir longtemps à eux seuls.
Somme toute, cet immense avantage de l'armée allemande sur l'armée française, s'il s'agit de chiffrer les doses de responsabilité et d'initiative, est largement compensé par la faute d'offrir à un ennemi qui peut être désormais égal en nombre le moyen d'annihiler trop facilement un premier effort des assaillants, en leur détruisant beaucoup d'hommes.