‹ Le Rhin francaisChapitre 99 sur 166 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Enfin, la quatrième face porte : « A la mi-moire de 7 ,103 soldats français, morts aux ambulances deMetzp-) et cet autre extrait du livre des Machahèes : « Nous les avons aimés dans leurs souffrances. Que notre compassion les suive après leur mort. Ils moururent en laissant à toute la nation un grand exemple d'intrépidité et de dévouement. »

Aux abords de ce monument, gage du patriotisme jnessin, on aperçoit les tombes d'un grand nombre d'officiers français tués dans les sorties, pendant le siège.

Non î la foule que j'ai vue prier et pleurer sur le sépulcre de nos soldats, neuf ans après leur mort héroïque, ne se germanisera pas. Cette impression, je la lisais dans les yeux des quelques officiers allemands témoins de c^tte scène. Les Lorrains ont souffert maintenant tout ce qu'ils pouvaient souffrir. Les Allemands peuvent multiplier leurs exactions et leurs dénis de justice, ils ne réussiront pas à chasser de Metz les derniers Français. Ceux-ci ont compris qu'il leur faut maintenant vivre et mourir là, dans l'intérêt même de la patrie perdue.

Il faut avoir connu Metz au temps de sa splendeur, avec son animation commerciale, sa société policée et si choisie, son école d'application d'artillerie, son lycée, pépinière d'officiers de toutes les armes, sa

colonie de retraités des anciennes guerres, le joyeux va-et-vient de ses promenades ; il faut l'avoir retrouvée morne, désolée, déserte, silencieuse, pour juger dans toutes ses conséquences le crime de la conquête.

L'esplanade, cette délicieuse promenade sous les arbres de laquelle la population tout entière venait s'asseoir et dont la terrasse domine de si haut la vallée de la Moselle, depuis les coteaux de Novéant jusqu'au redoutable Saint-Quentin, est vide aujourd'hui, le dimanche et les jours de fête, comme pendant la semaine. C'est en vain que les musiques de la garnison viennent s'y faire entendre. On y rencontre quelques officiers, quelques femmes d'employés allemands, quelques étrangers ; les allées sont vides. Si par les beaux jours d'été, aux heures matinales, un habitant de Metz passe par là avec ses fils, c'est pour s'accouder sur le parapet de pierre de la terrasse et leur montrer le point de l'horizon oii les coUines s'abaissent à 20 kilomètres de la ville, vers Pagny, vers la terre restée française.

Si le spleen règne en maître dans l'ancienne capitale du royaume d'Austrasie, si l'étranger se sent envahi par la tristesse qu'on y lit sur tous les visages, ce n'est pas seulement parce que la population française porte le deuil et se confine dans la retraite la

Page 1