STOLZENFELS
qui aimait tendrement son père. Ce n'était qu'avec une profonde répugnance qu'elle voyait sa liaison avec le mystérieux personnage. Son agitation et son désespoir ne lui avaient pas échappés et elle l'avait suivi jusqu'à la chambre de l'adepte. Là, elle avait écouté, surpris le secret de la faute de son père et le sacrifice qu' exigeait l'adepte pour le sauver. Lorsque le trésorier se fut retiré, elle entra et s'offrit comme la victime demandée. Sa touchante beauté réveilla dans le cœur du misérable les plus sauvages désirs et il lui répondit que l'opération ne pouvait avoir lieu qu' à minuit. Il espérait par cette ruse être seul avec la jeune fille pendant la nuit, assouvir sur elle ses infâmes passions et se sauver ensuite avec les trésors dérobés au père. Au coup de minuit Elsbeth se présenta. L'adepte lui dit alors, que certainement il avait besoin de son sang, mais qu'avant elle devait lui sacrifier sa virginité. La jeune fille repoussa cette proposition avec horreur. Ne pouvant la persuader il essaya de lui faire violence et ce ne fut qu'au prix des plus grands efforts qu'elle parvint à se dégager des étreintes du scélérat La pauvre enfant voulait bien sauver son père mais pas au prix de son honneur. Cependant ses forces s'épuisaient, ses oreilles bourdonnaient et elle était près d'un évanouissement, lorsque la porte s'ouvrit et un jeune chevalier se précipita dans la chambre. Ainsi qu'on l'avait annoncé, l'archevêque était arrivé avec une suite nombreuse de seigneurs. Parmi ceux-ci se trouvait le jeune chevalier de Westerbourg sur lequel la .beauté d'Elsbeth avait fait une impression profonde. A minuit il était allé se promener sous les fenêtres encore éclairées de la jeune fille; il remarqua ses allées et venues et la vit se diriger vers un endroit écarté du château. Mû par un secret pressentiment il l'avait suivie et
arrira à temps pour la protéger de la brutalité de Tadepte. Lorsqu* Elsbetii revint à elle, le noble de Westerbourg lui avoua son amour et lui promit, lorsqu' elle lui confessa la faute de son père, d'user de toute son influence auprès du prince pour le sauver. Il remplit fidèlement sa promesse, et le trésorier après un aveu plein de repentir obtint sa grâce, d'autant plus facilement que les trésors dérobés se retrouvèrent dans la chambre du misérable adepte. Celui-ci profitant du moment où le chevalier essayait de rappeler Elsbeth à la vie, avait pu s'échapper inaperçu; mais le lendemain les mariniers retirèrent son cadavre des flots du Rhin. Quelques temps après Elsbeth, du consentement de l'archevêque, devint l'heureuse épouse du beau et brave chevalier de "Westerbourg.
Histoire, Le château de Stolzenfels près de la ville de Kapellen, fut bâti en 1250 par l'archevêque de Trêves Arnold dlsenbourg. Au moyen âge fl fut souvent le séjour des archevêques de Trêves, surtout de Wemer de Falkenstein qui l'habita de 1388 à 141 8. En 1689 il fut détruit par les Français et la ville de Coblence fit présent de ses ruines au roi Frédéric Guillaume IV alors prince royal (1823). Celui-ci, en utilisant les anciens décombres fit reconstruire ce château dans son style primitif. Stolzenfels à 95 mètres au dessus du Rhin, dans un des plus beaux sites de la vallée, est avec ses 2 salles de chevaliers et sa chapelle ornée de magnifiques firesques, un des endroits les plus remarquables du Rhin.
Lahneck.
Vis à vis de Stolzenfels, au confluent du Rhin et de la Lahn se trouve le manoir nouvellement restauré de Lahneck. Bâti en 1224 par Tarchevêque Gérard de Mayence, ce château aurait été au moyen âge la propriété
des templiers. Saccagé en même temps que Stolzenfels en 1689 par les Français, il fut reconstruit en 1854 en utilisant ses débris*.
Gœthe dans un voyage qu'il fit sur le Rhin en 1774, y composa une poésie dans laquelle il célèbre la chevalerie du moyen âge, et dont voici la traduction:
»Au haut de la vieille tour se trouve le noble esprit du héros qui souhaite une heureuse navigation au bateau qui passe.
»Vois ce muscle était si fort, ce cœur si ferme et si sauvage, ces os remplis d'une moelle chevaleresque, la coupe pleine jusqu'au bord.«
»La moitié de ma vie je la passai dans les assauts, Tautre dans le repos, et toi, toi petit bateau des hommes vogue, vogue sans cesse !«
Le dernier templier de Lahneck.
Là, où la Lahn et le Rhin viennent rejoindre leurs flots on aperçoit du côté d'Oberlahnstein sur un rocher escarpé, à l'entrée de la vallée le beau château féodal de Lahneck. Une longue période historique de près de huit siècles se rattache à ces murs imposants, car, si l'on en croit la légende l'origine de ce château, détruit en 1689 et relevé en 1860, remonte à 11 18. Construit dans le but de veiller à la sécurité des pèlerins qui traversaient la contrée, il fut consacré à la défense du saint sépulcre et aurait appartenu comme tel à l'ordre célèbre des templiers. La calomnie qui distile son venin sur tout ce qui est grand et sublime, n'épargna pas cet ordre puissant et glorieux. Le clergé et la noblesse voyaient avec dépit sa prospérité croissante et accusaient ses membres d'ambition, de mollesse, d'égoïsme et de libertinage. Ces accusations, nées de la haine
et de l'envie, commencèrent à prendre de telles proportions qu'un roi de France, Philippe le bel, ne rougit point de se mettre à la tête du mouvement. En 1306, de concert avec le pape Clément V, il attira en France le grand maître Molay avec 60 de ses chevaliers, sous le prétexte de prendre avec eux et les chevaliers de Saint-Jean les mesures nécessaires pour une nouvelle croisade. L'artificieux monarque les reçut à sa cour avec la plus grande courtoisie. Mais le 13 octobre 1307 il jeta brusquement le masque, fit arrêter et jeter en prison le grand maître et la plupart des membres dispersés dans le royaume. Traduits devant un tribunal inique présidé par l'archevêque Guillaume de Sens, ils furent reconnus coupables d'hérésie, de magie, de débauches révoltantes, pour la plupart condamnés à mort et un édit du pape prononça l'abolition de l'ordre dans toute la chrétienté.
Voilà ce qui se passait au moment où commence notre récit.
A l'instar du roi de France, l'archevêque de Mayence Pierre d'Aichspalt, somma les templiers de quitter la contrée placée sous sa juridiction, les menaçant en cas de refus d'employer la force des armes. Les templiers n'étaient pas hommes à se laisser émouvoir par de semblables menaces et, quoique beaucoup considérant leur cause comme perdue eussent abjurés leurs vœux, on ne peut cependant les taxer de lâcheté pour ce motif et s'ils eussent pu suivre l'impulsion de leurs sentiments ils se fussent joints à leurs fi-ères de Lahneck. Ceux-ci, au nombre de douze, jurèrent de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Irrité de cette résistance inattendue l'archevêque rassembla ses gens de guerre et leur ordonna de prendre Lahneck coûte que coûte. Avant de livrer l'assaut le commandant Mayençais offrit
Légendes. ô
à la garnison libre sortie pour la reddition de la place. Mais fidèles aux devoirs de Thonneur les templiers lui firent cette fière réponse: «Nous combattons pour nos droits et vaincre ou mourir est notre cri de guerre!* L'assaut commença aussitôt. Repoussés une première fois Ips assaillants décidèrent d'attendre l'entrée de la nuit pour renouveler leur attaque. Ce ftit une nuit tempétueuse. Les éclairs et les coups de tonnerre se suivaient sans interruption et sous une pluie torrentielle les colonnes ennemies se lancèrent à l'assaut. Les templiers combattirent comme des lions, mais écrasés par le nombre toujours grossissant des assiégeants, ils fiirent obligés de reculer jusqu' à la poterne. Ici un combat sanglant s'engagea et les chevaliers défendirent ce poste avec l'énergie du désespoir. En ce moment tomba leur chef, vieu guerrier qui s'était couvert de gloire sur les champs de bataille de la Palestine. A cette vue les défenseurs hésitent, mais le mourant rassemblant ce qui lui restait de force leur cria: «Frères, tenez boni Pensez à l'esprit sublime de notre ordre dont le courage fut aussi grand que son âme fut intrépide et fière! Pensez à nos maîtres, ces exemples étemels pour tous les braves, dont l'esprit et le glaive soutinrent le combat de la lumière contre les ténèbres !« Ces énergiques paroles ranimèrent les templiers et, lorsque le vieillard lança d'une main défaillante son glaive dans les rangs ennemis, les hauts murs du château résonnèrent de ce cri unanime: »Les templiers meurent pour leurs droits et ne se rendent pas!« La mêlée recommença plus furieuse et plus acharnée. Mais la mort décimait les rangs des héroïques défenseurs et, lorsque la lumière matinale du soleil émergea des verts coteaux, il n'éclaira plus que la taille imposante d'un seul templier debout sur la palée du pont L'œil du héros brillait d'un feu
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sombre et sa main droite brandissait un glaive ensanglanté. Touché de son courage, le chef Mayençais fit quelques pas vers lui. » Halte, messire! s*écria-t'il, vous avez assez fait pour Thonneur, il est sauf! Rendez moi vos armes, un brave tel que vous doit être épargné !« «Jamais! répliqua le templier, je ne demande qu'à partager le sort de mes frères !« et se préparant à soutenir une nouvelle attaque il lança ce fier défi. «Qui ose s'approcher du pont?« Cette folle résistance exaspéra les Mayençais qui voulurent s'élancer, lorsqu'un envoyé impérial les retint. Puis se tournant vers le templier il lui déclara que l'empereur lui faisait grâce et lui conservait honneur et biens. Alors le brave lui répondit: «L'honneur nous reste, mais la grâce on ne la trouve que près de Dieu et non parmi les hommes; mes fi-ères l'ont éprouvé !« Et avant d'attendre la réponse de l'envoyé il fondit sur l'ennemi et tomba au milieu d'un monceau de cadavres.
RHENSE.
La K5nigsstuhl près de Rhense.
»Près du Rhin, là où les montagnes s'écartent du fleuve, se trouvait sur un plateau de verdure une chaise de marbre, libre sous la libre tente des cieux; chacun ne l'approchait qu'avec crainte et vénération.*
Ainsi commence la romance, dans la quelle le poëte Gustave Pfarrius, dépeint cette singulière construction où, suivant une légende que le peuple se raconte encore aujourd'hui, aurait eu lieu le détrônement de l'empereur Wenceslas le fainéant. Voici dans quelles circonstances:
L'empereur Wenzel, fatigué du lourd fardeau du
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gouvernement, peu aimé par les princes de Tempire, était un jour assis sur le Kônigsstuhl entouré de ses hauts dignitaires: dans sa mauvaise humeur il déclara qu'un bon coup de vin d'Assmanshausen, bu en repos était préférable à la couronne impériale et ses ennuis. Le prince électeur Rupert de Pfalz qui avait entendu ces paroles, objecta que le vin d'Assmanshausen n'était pas le seul vin exquis du Rhin et que le Bacharach n'était pas à mépriser.
«Bien sûr Sire, ajouta-t-il, il ne manquerait pas de vous faire plaisir, ici sur le Kônigsstuhl. «
»Hum, répondit l'empereur, il faudrait pour cela en faire l'épreuve.»
Et aussitôt il donna l'ordre d'apporter un tonneau de Bacharach. Le tonneau apporté et mis en perce, on demanda à Wenceslas comment il le trouvait:
L'empereur dit: »Le vin me plaît, je le confesse sans réticence; je donnerais volontiers ma couronne et mes remerciements en sus, à celui qui me ferait cadeau d'une bonne quantité de ce vin délicate
Il se tut et vida d'un trait la coupe que son échanson venait de lui remplir. Rupert prit l'empereur au mot et répondit qu'il acceptait volontiers la servitude dorée si l'empereur voulait se contenter de 4 foudres de Bacharach.
» Accepté, s'écria celui-ci avec joie, j'accepte le marché!»
«Prends sceptre, hermine et couronne; prends tout ce que je porte. Mais si tu es un jour tourmenté par les dissensions et la moquerie, pense à moi et dis: Le vin a plus de valeur que des couronnes, cela m'a été enseigné par un empereur assis sur le Kônigsstuhl près de Rhense.«
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BOPPARD.
En effet, Wenceslas fut démis de la dignité impériale et Rupert de Pfalz élu à sa place.
histoire. Le village de Rhense appartenait autrefois au doyenné de' Cologne. Longtemps saisi il ne fut libéré qu'en 1730 par Clément Auguste. Le »Kômgsstuhl« situé en deçà de Rhense, servait jadis de point de rassemblement pour les princes électeurs qui y discutaient en plein air les affaires les plus graves de l'empire et qui y procédaient à l'élection d'un nouvel empereur. Les territoires de 4 principautés Rhénanes se touchaient en cet endroit. La chaise avait autrefois 8 mètres de diamètre et 6 de hauteur.
BOPPARD.
Le chevalier Conrad Bayer.
Conrad Bayer de Boppard était un chevalier aussi brave que fier et brutal qui, suivant la coutume de l'époque, parcourait la contrée en quête d'aventures et de butin. Cette sauvage nature que rien ne pouvait émouvoir fut cependant domptée par Tamour. Une belle et noble jeune fille, nommée Maria, lui inspira une profonde passion et elle, séduite par les mâles vertus du guerrier, ne put lui refuser son cœur: ils se jurèrent une foi étemelle. Conrad partit bientôt après à la recherche de nouvelles aventures et le souvenir de sa fiancée s'effaça peu à peu de sa mémoire. Un jour qu'il chevauchait dans un chemin isolé, il vit venir à lui un chevalier à la visière baissée qui lui reprocha durement son infidélité et le provoqua en combat singulier. Etonné de cette audace Bayer lui demanda son nom; l'inconnu lui répondit qu'il était le frère de Maria, revenu depuis peu de Palestine pour venger l'affront fait à sa sœur. Le combat s'engagea aussitôt. L'issue de la lutte contre un adversaire aussi aguerri
BORNHOFEN.
que Conrad ne pouvait être douteuse et, malgré son courage et son impétuosité le jeune chevalier, trahi par ses forces, tomba mortellement frappé. Que Ton juge du désespoir de Conrad, lorsque relevant la visière du blessé, il rencontra les yeux éteints de celle qu'il avait délaissée et qui expira en murmurant son nom. Saisi d'un poignant repentir il vendit tout ce qu'il possédait, et fit bâtir à l'endroit où sa fiancée succomba, un magnifique monastère auquel il donna le nom de Mariaberg. t)ans la suite il entra dans l'ordre des templiers, prit la croix et partit pour la terre sainte chercher la mort dans les combats contre les infidèles. Malgré sa folle témérité, il resta longtemps sans pouvoir la trouver et s'acquit dans l'ordre une haute réputation de bravoure. Enfin au siège de Ptolémais une flèche vint mettre un terme à sa vie et à son repentir.
Histoire. Boppard, le Baudobriga des Romains et déjà ortifié par eux, était autrefois une ville impériale, qui dans les anciennes annales est surnommée la «plaisante et forte ville d'empire*. Au moyen âge elle faisait partie de la confédération des cités Rhénanes, et les templiers de Boppard se signalèrent par leur courage dans les croisades. Cédée en 1 312 par Tempereur Henri VII à son frère le prince électeur de Trêves, et occupée militairement par celui-ci, Boppard essaya vainement à plusieurs reprises de reconquérir ses anciens privilèges. Au dessus de la ville s^élève l'ancien monastère de Marienberg transformé, depuis 1839, en un établissement thérapeutique très visité et orné d'un beau parc.
BORNHOFEN.
Sternberg et Liebenstein*
Sur les hauteurs qui dominent le charmant petit village de Bomhofen, se dressent les ruines des deux manoirs de Sternberg et de Liebenstein.
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Le premier de ces deux châteaux était habité jadis par le vieu chevalier Kurt et ses deux fils Conrad et Henri. Une jeune orpheline de la race des Brômser, Laure, avait été recueillie encore toute enfant par le vieu seigneur dont elle était la parente. Lorsqu' elle fut devenue une belle jeune fille les deux frères éprouvèrent pour elle une forte inclination; mais le cœur de Laure se sentait plus attiré vers Henri et Conrad, cœur noble et dévoué, étouffa dans son sein son amour pour ne pas être un empêchement au bonheur de son frère.
Le jour où Ton devait célébrer les fiançailles de Laure et d'Henri approchait, lorsque la voix de St. Bernard appela les chevaliers Rhénans aux combats contre les infidèles. Un grand nombre de seigneurs se croisèrent et quittèrent leurs familles et leurs manoirs. Les deux fils de Kurt eux aussi voulurent prendre la croix et partir pour la Palestine. La douleur du vieu chevalier en voyant partir ses deux fils fut si vive, que Conrad ému resta près de lui.
Kurt fit bâtir vis à vis de son château le manoir de Liebenstein, qu' Henri à son retour de la terre sainte, devait habiter avec sa jeune épouse et mourut peu après son achèvement. Bientôt on appris que les croisés étaient sur le retour et qu* Henri revenait accompagné d'une belle Grecque qu'il avait épousée en Orient.
Il en était ainsi! Un jour le son du cor annonça sa joyeuse entrée au Liebenstein. Conrad irrité au plus haut point du procédé si peu chevaleresque de son frère et surtout de son impardonnable infidélité, le provoqua en combat singulier. Quelques temps après les 2 frères se trouvaient en présence dans la forêt de Stemberg. Le combat fratricide allait s'engager, les