LORCH
il pourrait tenter cette terrible chevauchée. Plongé dans ses réflexions et fouillant impatiemment le sol de la pointe de son glaive, Heinz ne remarqua pas un main hideux qui s'était glissé près de lui.
«Eh, Eh! messire, lui dit le curieux personnage» »je pourrais bien combler vos désirs. «
Etonné, Hilchen lève les yeux et reconnait aussitôt dans rêtre mystérieux le prince des enfers. Cette découverte aurait du le rendre prudent, mais l'amour, la soif de la vengeance firent taire les cris de sa conscience et il accueillit avec empressement les offres du nain. Aussitôt celui-ci disparu et à sa place piaffait un cheval aux nasaux dilatés et dont le sabot faisait jaillir des étincelles du rocher. Hilchen se met en selle, le formidable galop commence: Une voix sortant des profondeurs du fleuve lui souhaite bon voyage tandis que, paralisé par la terreur, Heinz du haut du donjon suivait les péripéties de cette course infernale. En un instant Hilchen est sur les murs et son glaive disparaic dans la poitrine de son ennemi. Sur ces entrefaites, Gertrude s'était approchée; elle aussi reconnut Satan dans ce cheval surnaturel et elle cria à son époux:
»Tu as reconquis le bonheur de ta vie au prix »de ton âme et tu es tombé au pouvoir du démon. •Que Dieu te fasse miséricorde!*
Et elle tombe morte. La vue de son épouse étendue sans vie à ses pieds remplit le cœur du chevalier d'un sauvage désespoir.
«Mauvais génie, s'écria-t'il, tu m'as infemalement •trompé. Tiens, prends et satisfait ta vengeance!» En disant ces mots il se perce de son épée. Satan s'empare de cette âme condamnée et disparait après avoir de son sabot puissant renversé les orgueilleux crénaux du beau nxanoir qui quelques temps après tomba en ruine.
GEROLDSTEIN.
GEROLDSTEIN.
Hans de Géroldstein.
Les ruines du château de Géroldstein, au 14® siècle repaire de brigands, se trouvent dans la vallée romantique du Wisper. Dans cette vallée souffle à certaines heures du jour un vent remarquablement froid et dont Freiligrath fait mention:
»Le vent du Wisper, le vent du Wisper, jusqu'en «Autriche chaque enfant le connaît; le matin de bonne •heure, de quatre à dix, on ressent surtout sa froide » haleine. En amont, des bois et des praieries, souffle »la bouche glacée du Wisper. «
Selon la légende, les bois, les praieries et les champs qui entoinrent le vieu burg sont encore hantés de nos jours par un descendant des anciens seigneurs, Hans de Géroldstein. Lorsque le son lugubre des cloches des environs vient annoncer l'heure de minuit, le chevalier sort de son tombeau; il monte sur un coursier tout harnaché et au galop il parcourt la contrée, appelant à grands cris ses anciens compagnons à la chasse et:
»Au milieu des cris de hiboux sortant des vieux »murs, du roulement des chars et au son des cors il •parcourt dans la nuit la vallée du Wisper dont il •fait retentir les gorges profondes. Ainsi se précipite à »la livide clarté de la lune le sauvage chasseur de » Géroldstein.»
Hans qui dans sa vie n'avait pas de plus grande passion que la chasse et qui s'y livrait même les jours consacrés au Seigneur, se voit obligé de la continuer après sa mort en compagnie d'une nombreuse société de dames et de chevaliers. Mais lorsque l'aurore vient éclairer les cîmes des montagnes, lorsque les ombres de la nuit se dispersent:
SONECK.
»Ils se hâtent de retourner au vieu burg; le corbeau «croasse; Hans renvoie les spectres au repos et redescend «lui-même dans son tombeau.»
Et pressé par la malédiction en ressort la nuit suivante.
SONECK.
L'archer aveugle.
Des chevaliers réunis dans la grande salle du château de Soneck célébraient dans un joyeux festin le succès de leur dernière expédition contre quelques marchands qui s'étaient aventurés dans leurs parages. Les fumées du vin dérobé leur montaient à la tête et ils laissaient libre cours à leur gaieté.
L'entretien tomba par hasard sur le tir à Tare et on se rappela à cette occasion la mystérieuse disparition du plus habile tireur de l'époque, sans que jamais personne eu pu savoir où et comment.
)>Ah! Ah! ricana le sire de Sonecker, j'ai retiré »à mon ennemi de Fiirstenberg l'exercice de sa noble «profession. Enlevé secrètement par mes ordres je »l'ai fait jeter dans un cachot après lui avoir fait crever «les yeux. Je parie, poursuivit-il en riant, que malgré »sa cécité l'animal est encore capable de frapper un but «que je lui indiquerais. «
Un grand tumulte suivit ces paroles, des paris élevés s'engagèrent et Sonecker se fit amener l'aveugle.
«C'est aujourd'hui, lui dit-il, que tu vas faire ton «coup de maître et je te promets la liberté si tu touches «l'objet que je t'indiquerai. «
L'aveugle hésitait; mais les menaces et la perspective des tortures le décidèrent
SONECK.
»Soit, s'écria-t'il, indique moi par un bruit quel- » conque le but que doit atteindre ma flèche.»
Sonecker lance sa coupe sur le sol en criant:
»Tire!«
Au même instant, le trait siffle et traverse la tête du bandit qui tombe expirant baigné dans son sang. Les convives se sauvent épouvantés à l'exception d'un seul qui plus compatissant reconduit Fiirstenberg à sa demeure.
Histoire. Le manoir de Soneck fut un des plus redoutés repaires de brigands du Rhin et la race des Soneck une des plus sauvages du 13e siècle. A deux reprises le château fut pris, rasé et ses défenseurs passés au fil de l'épée. Plus tard il fut magnifiquement reconstruit et passa en la possession du prince Charies de Prusse.
Les chevaliers brigands du Rhin.
De puissantes masses de roches, tapissées de quelques rares vignobles dissimulant les restes vénérables du passé ressèrent le Rhin qui roule ses flots plus rapide et plus impétueux. Le voyageur se complait dans cette partie sauvage et romantique de la vallée; mais dans ces sombres temps où le droit était porté à la pointe de Tépée, lorsque princes et vassaux se faisaient la guenre, pillant et ravageant la contrée, que la petite noblesse trouvait goût et profit aux brigandages, cette belle contrée était le séjour de formidables bandits. Au lieu de servir dans les armées de l'empereur dont ils se souciaient fort peu, ces nobles indignes se tenaient en vedette sur leurs donjons bâtis à la pointe des rochers et, malheur au marchand qui s'aventurait dans leurs parages avec ses chariots ou ses bateaux. Accompagné de ses sauvages soudards le chevalier faisait main basse sur chariots et bateaux et le marchand pouvait s'estimer heureux s'il n'était
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pas jeté dans un humide cachot en attendant que les siens le rachetassent pour une forte rançon. Leur audace était telle, qu'ils pénétraient jusque sur les marchés des villes, enlevant bestiaux et marchandises et, retranchés dans leurs forts, se moquaient de la rage impuissante des habitants qui se liguaient pour recouvrir leurs biens.
C'est vers le 13® siècle que la puissance de ces bandits brillait de tout son triste éclat Mais lorsque l'élection de Rodolphe de Habsbourg, le protecteur de Tempire, eut mis fin au » terrible interrègne», cette puissance fut brisée. Avec l'aide des villes confédérées, l'empereur les fit traquer jusque dans leurs plus secrètes retraites; leurs châteaux furent saccagés et brûlés, et les maîtres pendus.
»Près de Falkenbourg sur le Rhin, 5 Squelettes • s'agittent au vent. C'étaient des seigneurs de noble race! »Qui peut se vanter de pareils aïeux !«
Mais aux pieds de ces rochers on vit s'élever des habitations, des chapelles et des couvents où de pieux religieux donnaient asile aux voyageurs. Telle est l'origine des villages qui se développent aux pieds des montagnes et qui ne se composent pour la plupart que d'une longue suite de maisons.
L'église St. Clément.
Voici ce que nous raconte la tradition sur la fondation de cette église: Un chevalier de Rheinstein, craint au loin pour ses rapines et ses brigandages, avait demandé la main d'une jeune fille noble de la vallée du Wisper. Celle-ci connaissant les instincts pervers de ce prétendant repoussa ses offres et déclara ne devenir jamais la femme d'un bandit. Rheinstein irrité de ce refus jura de se venger et d'enlever de force la prude
RHEINSTEIN
demoiselle. Un jour que dans une promenade elle s'était égarée dans les environs du château, 3 hommes masqués se précipitèrent sur elle et, malgré sa résistance et ses cris, l'entrainèrent vers un bateau amarré sur la rive du Rhin. Mais à peine avaient-ils dénoué la chaîne qui retenait Tesquif qu'un violent ouragan s'éleva. Les éclairs sillonnaient le ciel, le roulement du tonnerre faisait retentir les gorges profondes de la vallée et les eaux du fleuve se soulevaient furieuses et écumantes. Rempli d'eau le canot sombra, entraînant avec lui la jeune fiUe et ses 3 ravisseurs. Dans ce danger imminent elle eut recours au pape Saint-Clément et lui promit de faire élever une chapelle en son honneur si par son intercession elle échappait à la mort. Cette prière mentale achevée, le ciel s'éclaircit et Saint -Clément revêtu de ses habits sacerdotaux se montra sur les flots apaisés et conduisit la jeune fille saine et sauve sur la rive. Fidèle au vœu qu'elle avait fait, elle fit ériger l'église qui jouit encore aujourd'hui d'une grande vénération parmi les fidèles.
Histoire, L'histoire attribue la fondation de cette église aux héritiers du chevalier de Waldeck et on y célébrait la messe des morts pour les malheureux exécutés dans les environs. Tombée en ruines elle resta dans cet état jusqu'au moment oh. la princesse Frédéric de Prusse la fit relever et la rendit au service divin.
RHEINSTEIN
La fiancée de Rheinstein.
Le sort avait donné en partage au chevalier Kuno de Reichenstein un cœur noble et dévoué, mais peu de biens et un château en ruine. Uni par les liens de l'amour à la belle Gerda de Rheinstein il se décida
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à demander sa main à son père et se servit à cet effet comme intermédiaire de son oncle Kurt. Les charmes et les vertus de Gerda inspirèrent à celui-ci l'idée de prendre pour lui ce trésor et la demanda en mariage. Le père, homme brutal et avare, ne trouva rien à reprendre à ce prétendant sur le seuil de la vieillesse. Les larmes et les prières de Gerda qui demandait à être unie à son bien aimé ne purent le faire revenir sur sa décision et Kurt reçut son consentement. Le jour fixé pour le mariage a paru: Sur la côte de la montagne que couronnait le château, serpentait au milieu des chants et de la musique le brillant cortège des invités. Il se dirigeait vers la chapelle St. Clément où le prêtre attendait Tinstant de consommer la cérémonie. Triste et recueillie la pâle Gerda montait un cheval blanc qui avait appartenu autrefois au fiancé de son cœur et que le traitre Kurt avait gardé pour lui. A la vue des crénaux de Reichenstein ses yeux se voilèrent de larmes et, elle adressa un dernier adieu à ce vieu donjon qui abritait ce qu'elle avait de plus cher au monde. Sur la plateforme de la tour, Kuno la mort dans Tâme, observait la brillante procession qui se déroulait dans la vallée et qui lui ravissait pour jamais son amante. Il voulait la revoir une dernière fois, vider le calice jusqu' à la lie et aller ensevelir dans un cloître ses espérances brisées et sa vie détruite. Il était là, épiant l'instant où il pourrait la voir et ses regards avides plongeaient dans la vallée. Tout à-coup son attention fut distraite par le bruit des sabots d'un cheval lancé au galop et, en dirigeant ses regards sur le sentier qui menait au manoir, il aperçut sa ehère Gerda, en robe de fiancée, le voile flottant au vent et les cheveux épars, cramponnée à la selle de son cheval gravir la pente escarpée. Lorsque le cheval avait vu Reichenstein, il s'était lancé au galop vers son
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ancien séjour et malgré les imprécations et les cris de Kurt et de sa bande atteignit bientôt la porte d'entrée. Kuno avait déjà descendu en' courant Tétroit escalier de la tourelle et lorsque Tanimal fumant s'arrêta le pont-lévi s'abaissa et la jeune fille était sauvée. Les persécuteurs étaient restés loin en arrière; Kurt qui voulait à tout prix ratrapper la fugitive reçut la récompense de sa mauvaise action et roula avec son cheval surmené dans le fossé. A Reichenstein régnait la joie et le bonheur. Dans la salle des ancêtres, Kuno tenait sa bien aimée enlacée, et celle-ci ivre de bonheur et d'amour remerciait Dieu pour ses desseins incomparables.
Histoire A la place où s'élèvent maintenant les tours élancées du manoir de Rheinstein, se dressait jadis une forteresse importante qui portait le nom de »Vogtsburg«. Elle fut bâtie par les ordres de Tarchidiocèse de Mayence et désignée pour le séjour d'un gouverneur. Kuno de Falkenstein, proviseur de l'archidiocèse de Mayence, en fit sa résidence favorite. Cette forteresse tomba de bonne heure en ruines. Sur ses débris le prince Frédéric de Prusse fit bâtir en 1825 le gracieux et fier château de » Rheinstein* qui par sa construction superbe et son mobilier est un des plus beaux du Rhin.
BINGERBRUCK.
La Mausethurm.
(La tour des souris).
Un peu avant d'arriver à Bingen on voit s'élever sur une île-rocher la »Màusethurm«. Elle fut bâtie au 1 3® siècle en même temps que le manoir d'Ehrenfels qui s'élève sur la rive droite du Rhin. Cette tour armée d'un canon, avait pour but de protéger l'endroit du perception des impôts, Ehrenfels. Son nom pnmitif