‹ Le rhin: son histoire et ses légendesChapitre 25 sur 34 · BINGEN · texte numérisé non relu

BINGEN

était »Musthurm« (muserie); le langage populaire corrompit ce nom et en fit Màusethurm (souris), quoi qu'on n'y trouve ni plus ni moins qu'ailleurs ces hôtes incommodes. Quant à la légende toujours vivante encore dans les «Légendes du Rhin« et faisant allusion à l'archevêque Hatto, est complètement dénuée de fondement historique. L'archevêque Hatto était un prince de l'église pieux, de noble caractère et sera toujours considéré comme un des prélats remarquables dans l'histoire.

BlNGEN.

Saint Rupert.

Sous le règne de Charlemagne vivait près de Bingen un duc puissant qui commandait à toute la contrée comprise entre Blies et la Lorraine II maria sa fille, la belle et vertueuse Berthe, au prince Roland, croyant par cette union servir les intérêts de la foi. En effet, le prince charmé de la beauté et des vertus de sa femme parut au commencement renoncer à ses expéditions guerrières et à son penchant pour la polygamie. Ces beaux sentiments durèrent peu; il retomba dans ses anciens vices et sa malheureuse épouse délaissée et maltraitée par lui se retira dans la solitude, consacrant son temps et ses soins à l'éducation de son enfant, le jeune Rupert. Après quelques années de mariage le prince mourut. Quant le jeune Rupert entra dans l'adolescence, sa mère ne négligea aucune occasion pour le mettre en contact avec la noblesse du pays, espârant par ce moyen engager une union qui perpétuerait la race de sa noble famille. Mais ni les fêtes, ni la société brillante des seigneurs ne pouvaient vaincre le penchant

BINGEN. ^i

naturel du jeune prince pour les bonnes œuvres. Il ne se plaisait que dans les hôpitaux pour y soulager les infirmes et dans les maisons des pauvres auxquels il distribuait d'abondantes aumônes. Encore bien jeune il donnait aux enfants indigents du pain et des habits, que sa pieuse mère ne lui refusait jamais. Les instances de celle-ci, les exhortations des nobles de la contrée ne purent le décider à prendre en main les rênes du gouvernement. U échangea le manteau princier pour une robe de bure, le glaive pour un bâton de pèlerin et se rendit à Rome, où, agenouillé sur la tombe du prince des apôtres il fit vœu de renoncer à la couronne et de partager ses biens entre les pauvres. Revenu dans les bras de sa mère, il fonda plusieurs hôpitaux où il servait lui même comme domestique. Sa faible constitution ne put résister aux privations qu'il s'imposait et quelques années après son retour il rendit âgé de 20 ans sa belle âme à Dieu. H fut enseveli à Bingen.

Hildegard, la prophétesse.

Hildegard, la fille du comte Hildebert de Bôckelheim montra dès sa plus tendre enfance la plus grande piété et les plus hautes qualités de l'esprit et du cœur. Devenue jeune fille elle résolut de consacrer sa vie au Seigneur et de se rendre digne de son ancêtre Saint Rupert. Lorsque la supérieure du couvent dans lequel elle était entrée mourut, elle fonda en 1148 sur les hauteurs près de Bingen un asile de religieuses et le nomma »Rupertusberg«. Elle y vécu dans la retraite et la prière et écrivit ses songes prophétiques, dont plusieurs se sont réalisés dans la suite. Saint Bernard pendant la tournée qu'il faisait en Allemagne pour engager les seigneurs à prendre la croix, la visita et

g 2 BINGEN.

la gagna à sa cause. Son éloquence et ses dons prophétiques enrôlèrent une foule de chevaliers sous l'étendard de la croix. Saint Bernard lui donna une bague, autrefois célèbre, et qui portait pour devise »Je souffre volontier«. Hildegard mourut le 12 septembre 1179 âgée de 90 ans. Bingen célèbre encore chaque année sa fête, et tous les habitants des environs se rendent à Bingen à cette occasion. En 1632, 500 ans après sa fondation, le couvent fut détruit par les Suédois; les religieuses se réfugièrent à Eibingen près de Riidesheim et y fondèrent un couvent qui subsista jusqu' à la sécularisation qui eut lieu dans ces dernières années. La fontaine d'Hildegard est le dernier reste qui rapelle l'endroit où vécut la pieuse visionnaire.

Histoire. Bingen, située dans un site charmant sur le versant ouest du Rochusberg, fut probablement fondée par les Romains. On croit pourtant qu'autrefois elle s'étendait sur la rive gauche de la Nahe, et qu* à l'endroit ou s'élève maintenant le manoir Klopp, se dressait jadis un château romain. Lors qu'en 864 les Normands pénétrèrent jusque sur les bords du Rhin, ils ravagèrent la contrée et détruisirent de fond en comble Bingen, ainsi que Mayence que les Vandales avaient déjà incendiée en 406. Les habitants se retirèrent sur la rive droite du Rhin et y fondèrent ]a ville actuelle. Après la mort de Rupert Tévêque Hatto de Mayence incorpora la ville et son territoire à sa juridiction, l'entoura de murs et jetta les premiers fondements des manoirs de Klopp et d'Ehrenfels. Ce fut lui aussi qui fit construire au milieu du Rhin la )»Mauttburm«, appelée maintenant la Mausethurm, alors préposée à la perquisition des impots sur le fleuve; cette tour n'a que faire avec les souris. Cette légende a été engendrée par les intrigues et les calomnies d'un moine apostat contre le vénérable prince de l'église Hatto. Le 30 mai 1689 le 2© jour de la Pentecôte, cette ville fut complètement détruite par Louis XIV. La ville et la forteresse de Klopp furent incendiées et il n'en resta que les murs; l'église paroissiale et quelques monuments publics éprouvèrent le même sort. L'archevêque Lothaire François de Schônebom releva le vieu manoir que les Français détruisirent une 2© fois en 1712 Ses ruines passèrent dans les dernières années au comte Russe de Mengden, puis à un commerçant de Cologne qui le fit

RUDESHLIM. 93

rebâtir. Les premières plantations sont dues au iiotaire Faber. Une ancienne chapelle située sur la Nahe, actuellement une habitation, fut construife en 1280; détruite quelques années après elle fut relevée en 1374 et consacrée à Saint Nicolas. L'église paroissiale date du II© siècle et fut presque entièrement détruite dans un incendie en 1403. L'église des Capucins fondée en 1656 fut incendiée en 1689. La charmante petite ville de Bingen, qu'habite un peuple gaie et hospitalier, s'accroit de jour en jour. D'importantes maisons de vin et des fabriques lui procurent une vie animée. Elle est très visitée par les touristes.

Les Romains construisirent à Bingen un château-fort qui se trouvait à la place où se dresse maintenant le manoir de Klopp. C'était une place importante des Romains sur leur route Mayence, Cologne, Trêves. La ville fut saccagée à plusieurs reprises par les Suédois et les Français. L'église que Ton remarque sur le Roclmsberg fut bâtie pendant la terrible épidémie qui sévit en 1066. La fête de St. Roch y est célébrée chaque année le 16 août

RÛDESHEIM.

Le Brômserburg,

A Tépôque des croisades vivait dans le manoir de Brômserburg le fier et valeureux chevalier Hans de Brômser. Emporté par son humeur guerrière il s'empressa de prendre la croix et partit pour la terre sainte.

Un jour qu'il chevauchait seul dans une forêt il se vit tout à coup entouré par une troupe de Sarazins qui le firent prisonnier et le jetèrent dans le sombre cachot d'un château-fort. Il y était depuis quelques temps déjà lorsqu'en songe il vit sa fille Gisèle prier pour sa délivrance. Aussitôt réveillé il fit vœu de consacrer sa fille au service de Dieu, si par son intercession il recouvrait la liberté. Peu après les chrétiens emportèrent le château d'assaut et délivrèrent le vieux guerrier. Sorti de prison il reprit travesti en pèlerin le chemin de la patrie.

94 RÛDESHEIM.

Otto de Falkenstein, auquel Hans avant de partir avait confié la gestion de ses biens s'était uni à la belle Gisèle par les liens d'un tendre amour. Avec impatience il attendait le retour du père qui devait consacrer l'union de leurs cœurs. Que l'on juge de son désespoir quand Hans lui confia le vœu qu'il avait fait Dès ce moment Otto quitta le monde, tandisque son amante désespérée, ne voulant pas enfouir dans un cloître les belles années de sa jeunesse, se précipita dans le Rhin.

Hans de Brômser consacra ses dernières années à la prière et aux bonnes œuvres; il fit construire plusieurs églises et couvents, mais plus jamais il ne retrouva la paix dans son cœur brisé.

Histoire. Parmi les curiosités de Rudesheim on remarque surtout une tour dont l'origine remonte au 13e siècle, appelée le Brômserburg ou le Niederburg et qu'on croit de construction romaine. La famille des comtes d'Ingelheim à laquelle elle appartient Ta conservée et fait somptueusement meubler. Riidesheim est l'endroit le plus fréquente du Rheingàu, cette magnifique contrée qui s'étend de Nieder-Walluf jusque Lorch et dont les monts du Taunus limitent l'arrière plan. Jusque vers le milieu du loe siècle elle était une province royale du fisc et administrée par les Gaugraef dont les droits étaient très étendus. Sous Otton I elle passa à Mayence: la puissance des Gaugraef subit de grandes restrictions et en 1278 l'archevêque Wemer les força à quitter le pays. Plus tard elle retomba sous la domination de la famille de Nassau-Orange, alliée aux Rheingraf.

Eltvill (Alta villa) était la capitale du Rheingàu et fut pendant tout un siècle la résidence des archevêques de Mayence. Cet endroit est déjà mentionné dans la lère moitié du 9e siècle. Elle a une certaine importance au point de vue historique par le traité qui s'y conclut en 1349 entre l'empereur Henri IV et le Markgraf Louis de Brandebourg. Guttenberg y passa les dernières années de sa vie.

Le Johannisberg.

Au milieu du Rheingàu, qui commence à Lorch et se termine à Nieder-Walluf se trouve la montagne

INGELHEIM. çg

du Johannisberg, célèbre par le vin qui s'y récolte et dont un magnifique château couronne le fait. Nulle légende, nulle tradition ne se rattachent à cette charmante hauteur; nulle ondine et nul brigand n'en ont fait leur séjour. Elle se dresse au milieu de la contrée environnante comme un symbole de douceur et d'amour, semblable au disciple dont elle porte le nom.

Histoire. Le Johannisberg était jadis un couvent de Bénédictins, fondé en 1106 par l'archevêque Ruthard. Il échangea son nom primitif de Bischofsberg pour celui de Johannisberg en souvenir de la St. Jean, jour au quel on commença la bâtisse du couvent. Tombé en ruine ce monastère passa en 1716 à l'abbaye de Fulda qui fit élever à sa place le château et Téglise que l'on remarque maintenant. En 1807 propriété des princes de Nassau-Orange, il tomba en 181 3 entre les mains des alliés, puis à l'Autriche qui en fit présent au prince de Mctternich.

Quant à l'excellence du vin qui s'y produit voici ce que l'on raconte :

Le prieur du couvent s'étant un jour rendu à Rome y était resté plus longtemps qu'on ne l'avait cru Le temps des vandanges était arrivé et les viliages environnants étaient en pleine récolte. Le Johannisberg seul faisait exception, les frères attendant le retour du prieur qui ne revint qu'au mois de novembre alors qu'une rude gelée venait de faire son apparition. On croyait les raisins perdus. Néanmoins on se mit à l'œuvre et on récolta un vin exquis. C'est pourquoi dans le Rheingau on commence les vandanges, lorsque dans les autres contrées eUes sont déjà terminées. Le Rheingau possède surtout la vigne surnommée «Bierlingec dont le raisin demande une plus longue maturité que les autres.

INGELHEIM

Charlemagne et Elbegast.

Une nuit que Charlemagne se livrait au sommeil dans son nouveau palais du Pfalz un ange lui apparut et lui annonça que par ordre de Dieu il devait commettre un vol.

INGELHEIM

»Quoiî s'écria Fempereur indigné, Quoi! mes cheveux »ont blanchi dans le chemin de l'honneur, mes trésors «regorgent d'or et d'argent, le Rhin et le Danube me «paient tribut, mon sceptre s'étend même sur Rome la » ville étemelle et je serais obligé de me faire voleur! «Non, Dieu ne peut m'imposer un ordre semblable'.*

«Ne discute point les décrets de la providence, «lui répondit le céleste messager; ses desseins sont «impénétrables et ce que les hommes considèrent souvent «comme un mal, Dieu dans sa divine sagesse ne le «permet que pour leur bien.« En disant ces mots l'ange disparut.

Charlemagne vaincu par un ordre aussi formel se revêt de son armure et l'épée à la main sort sans bruit de son palais. La nuit était noire et épaisse: Charles ne sait où diriger ses pas; l'ordre divin l'inquiète et le tourmente. Comment faire pour voler et ne pas se laisser prendre et l'empereur pensait:

«Que n'ai-je auprès de moi ce coquin d'Elbegast! «Si souvent je l'ai fait poursuivre pour ses vols! Si souvent «menacer de la potence et de la rouce! et maintenant «je donnerais mes trésors pour avoir ses conseils et «son aide.tt

Et Charles soupirait amèrement.

Tout à coup il sentit son glaive se détacher de sa main, sa tête chauve se dépouiller de soti casque et les lannières de sa lourde armure se dénouer, puis une voix railleuse lui glisser à l'oreille ces paroles:

«Majesté, ce costume est très propre aux tournois «et aux sanglantes mêlées, mais quand il s'agit de faire «un coup on laisse tout cela chez soi.«'

Charles étonné se retourne et aperçoit la figure grimaçante du nain Elbegast qui continua en ricanant:

«C'est pour ce motif que j'ai rapporté les armes

INGELHEIM. çy

»de sa majesté dans son appartement, et si elle veut •réellement commettre un vol je me mets à sa complète » disposition. Envie-t'elle par hasard les biens d'un naïf » campagnard, les trésors d'un riche comte ou le sac »bien rempli d'un pieux abbé? qu'elle parle et je la » conduirai. «

»Non, je ne veux rien de tout cela, soupira l'empereur. » — Voyons! il me vient une idée! s'écria le nain. Oui, » c'est cela! Non loin d'ici habite le comte Harderich; »nous pouvons sans remord lui rendre une visite. C'est »un gaillard de la pire espèce: il rompt la trêve de »Dieu, trafique sur les besoins du peuple, opprime la » veuve et l'orphelin et, qui pis est, souhaite la mort de «votre majesté. Non, voler chez lui n'est pas un crime.»

»Tu as raison, répondit l'empereur, c'est mon » homme; Allons!*

Les deux compagnons se dirigent à pas rapides vers l'opulent manoir du comte. Arrivés, le nain murmure quelques paroles magiques, et, comme par enchantement, les lourdes portes roulent sur leurs gonds. L'empereur pénètre dans la vaste salle des ancêtres contigue à la chambre à coucher du comte, tandis que le nain se glisse doucement et sans bruit dans l'écurie pour y prendre le coursier favori du comte. Mais malgré toute sa circonspection, il ne put empêcher le cheval d'entendre le bruit de ses pas et le noble animal se mit à hennir avec tant de force qu' Harderich se réveilla. Inquiet, le comte appelle son écuyer et lui ordonne de se rendre à l'écurie pour voir ce qui s'y passe. Celui-ci s'y rend à moitié endormi et revient avec la nouvelle qu'il n'a rien trouvé. A son approche, Elbegast était grimpé sur une poutre sur la quelle il s'était étendu. Au moment où Harderich voulait se remettre au lit, les hennissements recommencèrent avec plus de force et, Légendes. 7

INGELHEIM

dans la persuasion que tout n'était pas en règle dans le château, prend flambeau et fouille tous les coins et recoins, toute fois sans plus de succès que son écuyer. Revenu près de son épouse, celle-ci lui dit que d'autres causes devaient Jui ravir le repos, et après d'instantes prières le comte lui avoue qu'avec 12 complices, dont il cite les noms, il avait conçu le plan d'assassiner l'empereur dans son palais, et que l'exécution devait avoir lieu le lendemain même. Charles qui a tout entendu, sort de la salle et rejoint à l'écurie le nain qui s'efforçait inutilement de monter le cheval.

»Je pourrais prendre les œufs sous la poule s'écria-t- »'il, et cette maudite bête ne se laisse pas monter! «Cependant je ne connais pas de plus noble coursier »et celui qu'il porte est invincible.®

«Laisse moi essayer,» dit l'empereur.

Sous la main de Charles le cheval se laissa seller et brider sans résistance. L'empereur se mit en selle et reprit au galop le chemin de son palais. Le nain ne put soutenir une pareille course et resta loin en arrière; plus tard toutes les recherches de l'empereur pour le retrouver restèrent infructueuses: il ne le revit jamais. Arrivé à la résidence, il ordonna de saisir et de pendre le comte et ses complices lorsqu'ils se présenteraient au palais. Ceux-ci qui ne se doutaient de rien arrivèrent Mais quelle fut la terreur d'Harderich lorsqu' il vit l'empereur, monté sur son propre coursier, lui reprocher d'une voix tonnante sa trahison et le condamner au dernier supplice. Les misérables furent exécutés et nul ne revit son château. C'est en mémoire de cette protection miraculeuse que Charles surnomma son palais Ingelheim.

Histoire, Ingelheim était le séjour favori de Charlemagne. Il y fit construire un splendide palais d'où ce puissant empereur

BIEBRICH. — MAYENCE. g g

commandait à la moitié de l'Europe. Le pape Adrien I avait envoyé dltalie, pour la construction de cet édifice brûlé en 1270, les mosaïques et le marbre. Beaucoup d'empereurs allemands y eurent leur résidence- Charles IV fut le dernier souverain qui y habita.

BlEBRICH.

Ce village, réuni désormais à celui deMosbach, se composait autrefois de riches propriétés dépendantes du couvent de Bleienhaupt Sous les seigneurs de Bolande, qui y gouvernaient comme prévôts, toutes les fermes devinrent la possession du couvent d'Eberbach et en 1296 du roi Adolphe. L'église, convertie maintenant en temple protestant, est très ancienne; les chroniques du 9® siècle en font déjà mention; jusqu'au 10® siècle on trouvait à l'extrémité du parc le Kausenburg (Moosburg). Le château, propriété du duc Adolphe de Nassau, fut achevé en 1705 par le prince Georges Auguste. Le Rhin se partage à Biebrich en 3 bras, et l'une des îles qu'ils forment, le Petersau, aurait vu les derniers instants de Louis le pieux.

Mayence.

L'Evêque Willigis,

Jun 1009, le fils d'un pauvre charron s'était élevé par son mérite et son itelligence au siège épiscopal de Mayence et gouvernait avec sagesse le diocèse confié à ses soins. Cependant le vénérable prélat avait à essuyer bien des affronts et des outrages de la part de quelques seigneurs que sa naissance obscure offusquait.

ïoo MAYENCE.

Une nuit même quelques uns de ses adversaires les plus acharnés firent dessiner à la craie sur les murs de son palais des roues pour lui rappeler son origine. Le lendemain Tévêque s'aperçut de cette action haineuse; mais, loin de s'en fâcher, il fit venir nn peintre et lui ordonna de peindre dans toutes les chambres du palais des roues blanches sur fond rouge avec cette inscription: wWiUegis! Willegis! pense d'où tu es sorti î« Et pour se mettre en garde contre l'orgueil il fit peindre cet emblème au chevet même de son lit Quand les seigneurs eurent connaissance de ce fait ils s'empressèrent de faire disparaître les roues qu'ils avaient dessinées. La roue blanche sur champ de gueules passa dans les armoieries des évêques de Mayence. Ce fiit ainsi qu'une action qui devait blesser l'amour propre du digne évêque tourna toute entière à son honneur.

Le Ménétrier de Mayence.

Par une firoide matinée d'hiver un pauvre ménétrier tremblant de faim et de fi-oid se trainait à pas lents par les rues de Mayence. Triste et soucieux il jouait de son violon, mais personne ne faisait attention à lui et nulle aumône ne tombait dans son escarcelle. Désolé il se dirige vers la cathédrale où les dévots en grand nombre se prosternaient devant la statue de la vierge du perpétuel secours. D se place à la porte du temple. Peu à peu les fidèles quittent l'église et passent insensibles devant le malheureux. Alors il se jette aux pieds de l'image de la mère de Dieu et lui adresse une fervente prière. Quand il se releva il cru voir un bienveillant sourire illuminer le doux visage de la vierge; il sentit son courage se raminer et ses forces lui revenir. Conune il voulait se retirer, une des pantouffles d'or de la

MAYENCE. loi

Statue se détache et tombe à ses pieds. Il la ramasse et se hâte de quitter Téglise pour satisfaire la faim qui le tourmentait. H entre dans la boutique d'un orfèvre pour y vendre son trésor. Ses habits déguenillés, ce riche bijoux qu'il reconnait aussitôt éveillent les soupçons de Torfévre et, quand le pauvre musicien raconte ce qui lui était arrivé, il le saisit au collet et le livre aux sergents de ville. Conduit devant le juge sous l'accusation d'un sacrilège il fut trouvé coupable et condamné à mort. Personne ne voulait croire à un miracle.

Quelques jours après il fut conduit à la place où se dressait l'échafaud sur le quel il devait finir sa vie innocente. Les regards du malheureux rencontrent les tours de la cathédrale .... Une idée vient illuminer son esprit ....

»La vierge qui t'a aidé déjà une fois, pensait-il, »ne t'abandonnera certainement pas dans ce moment •critique.»

Puis se tournant les juges:

»J'ai une dernière prière à vous adresser, leur dit-il; •c'est de me laisser entrer dans le temple et prier aux •pieds de la vierge Marie pour le repos de mon âme.«

Cette demande suprême lui est accordée. Les Juges, les agents, le peuple se rendent avec lui dans l'église. Arrivé à la statue, il se jette à genoux, et, s'accompagnant de son violon, il entonne un chant triste et grave qui produit sur les assistants la plus profonde impression.

Quand il a fini il se lève Au même instant l'autre

pantouffle se détache et tombe devant lui. Les assistants reculent avec étonnement et admiration a la vue de ce miracle. La foule le reconduisit en triomphe et les juges reconnurent son innocence. Le clergé lui racheta les pantouflfles pour une somme qui lui permit de passer dans l'aisance les dernières années de sa vie.

L'église est encore aujourd'hui un lieu de refuge pour les fidèles, qui viennent y chercher courage et consolation dans les infortunes d'ici bas.

Histoire. Mayence, fondée par les romains et Tune de leurs forteresses sur le Rhin, fut détruite de fond en comble au 5 e siècle et rebâtie par les francs sous leur foi Dagobert. Saint Boniface en fit la métropole de l'Allemagne et les archevêques Hatto et Willegis lui donnèrent une grande importance. On dit que c'est à ce dernier, fils d'un charron, que les armoieries de la ville doivent la roue qui s'y trouve. Au moyen âge Tarchevéque de Mayence était en même temps chancelier de l'empire et couronnait l'empereur. Après celui-ci, il était l'homme le plus puissant de l'Allemagne. Les révoltes contre les archevêques amenèrent la décadence de cette ville qui, au 13e siècle, était à la tête des villes confédérées du Rhin. Francfort prit sa place. Gtittenberg y inventa l'imprimerie en 1440. Sous Louis XIV les fi-ançais s'en emparèrent; en 1797 elle devint une place d'arme de premier ordre. En 181 5 elle passa à l'Allemagne et devint une des villes les plus fortes de la confédération, La cathédrale, à plusieurs reprises la proie des flammes, est une image des vicissitudes dont Mayence eut si souvent à. souffrir. Elle fut fondée en 978 par Willegis et terminée en 1009.

Le plus précieux trésor.

C'était à Worms la vieille ville impériale: l'empereur Maximilien entouré des grands de l'empire célébrait un banquet. La coupe remplie du vin généreux faisait la ronde, tandis que le chant et la musique caressaient l'ouïe des hauts convives. La société était des plus gaies et d'après le vieu proverbe »in vino veritas«, chacun racontait une action mémorable de sa vie et vantait son bonheur.

»Qui peut se flatter, dit entre autres le comte de -«Pfalz, d'avoir un plus bel héritage que moi? Des

» collines couvertes de vignobles sont à moi et, quand »du sommet d'une montagne, je promène mes regards »sur les environs, ils ne rencontrent que des prés en «fleurs et des champs fertiles, signes certains de la «prospérité de mon pays. Oui! Mon bonheur ne craint «aucun parallèle et je peux me dire un prince béni »du ciel.«

Le comte se tut et vida avec une satisfaction visible la coupe qu'on venait de remplir. Après lui le prince électeur de saxe se leva:

»Le bonheur n'a pas été envers vous seul bien- » veillant, mon cher frère, dit-il: pour moi non plus il »n'a pas été avare. La vigne ne tapisse pas la surface «aride de mes montagnes! C'est dans leur sein que «se trouvent mes richesses. J'en retire le fer, ce métal «si utile, dont la vente vient grossir mon trésor.»

«Hm! toussa légèrement le seigneur de Bavière en «se frappant la poitrine, le vin et le fer ne sont pas «les trésors qu'abritent mes montagnes, et cependant je «ne le cède à personne. De splendides palais, de nom- «breuses églises, des couvents richement dotés, des «châteaux réunissant la force et l'élégance, parlent «éioquemment de l'opulence de mes sujets «

Chacun exhaltait ainsi plus ou moins, sa puissance •et ses richesses, seul Eberhard comte de Wurtemberg n'avait pas encore parlé. Tous les regards se dirigent vers lui. Il se lève:

«Je ne possède rien de toutes ces richesses que «vous avez dépeintes à votre empereur, dit-il fièrement, «et cependant je possède un bien que je n'échangerais «pour la plus belle couronne. Si par exemple je m'égare «dans une forêt et que la nuit vient me surprendre je «m'estime heureux de rencontrer un Wurtembergeois; je «suis sûr alors de goûter le repos entre ses bras,

•sur sa poitrine je me livre haxdiement au sommeil et »le lendemain bien réconforté, je regagne mon château.»

Le comte, les yeux brillants, venait de prononcer ces dernières paroles et les seigneurs honteux et confus baissaient les yeux devant ce prince, qui trouvait son bien suprême dans Tamour de ses sujets. L'empereur comprit le noble sentiment qui ranimait, car prenant sa main:

» Comte, lui dit-il avec émotion, vous êtes le plus »riche! Que sert à un prince de posséder toutes les »richesses? Tout cela n'est qu'une futilité passagère si •l'amour de ses sujets lui manque! Que sont palais, vins, •mines, en comparaison du trésor que renferme le » Wurtemberg. «

Et les princes répétaient en eux mêmes:

»Oui! lui est le plus riche d'entre nous! Son trône •ne repose ni sur des coffres pleins d'or, ni sur la •puissance souveraine; l'amour de ses peuple en est •la base.«

Et quand Eberhard vit que tous enviaient son bonheur, il ferma doucement les yeux et se crut un instant bercé dans les bras d'un Wurtembergeois.

La légende des Nibelungen.

A Worms régnait Gunther avec ses frères Gemot et Giselher. Leur sœur, la belle Criemhilde, était recherchée par Hiiming Siegfried de Santen, connu jusqu'à Worms par son héroïque valeur et ses immences richesses conquises sur la race des Nibelungen. Siegfried est donc reçu par le roi Bourguignon avec les plus grands honneurs, n reste cependant toute une année à la cour de Worms avant de voir Criemhilde. A la même époque, Gunther, accompagné de Siegfried, se met en route pour l'Isenland où régnait Briinhilde dont la beauté ne le

cédait qu'à sa force profigieuse. Celle-ci ne veut prendre pour époux que celui qui la vaincrait dans le jet de la lance et des pierres et à la course. Gunther ne se sent pas le courage d'entrer en lice avec sa formidable adversaire. Alors Siegfried s'offre de combattre à ses côtés en se rendant invisible par la vertu du haubert et Gunther en retour devait lui promettre la main de sa sœur. Siegfried triomphe de Briinhilde, Gunther l'épouse, Siegfried revenu à Worms s'unit à Criemhild et retourne avec elle à Santen où ils vécurent heureux. Ce ne fut que dix ans après qu'ils firent leur première visite à Worms. Brunhilde qui n'avait jamais pardonné à Criemhilde d'avoir pour époux l'héroïque Siegfried, entre en fureur, lorsqu' à la suite d'une discussion violente Criemhilde lui dévoile que ce n'était pas Gunther mais Siegfried qui l'avait vaincue. Elle résolut la mort du héros et fit entrer le féroce Hagen dans ses desseins. Celui-ci surprend par ruse l'endroit vulnérable de Siegfried, Criemhield sans arrière pensée en marque la place au moyen d'une croix rouge tracée sur la tunique de son époux et Hagen tue traitreusement le héros dans une partie de chasse dans l'Odenwald. Le cadavre est placé pendant la nuit devant les appartements de Criemhilde désolée qui désigne Hagen comme le meurtrier.

Criemhilde resta à la cour de Worms près de ses frères. Elle dissimule habilement ses projets de vengeance et au moyen du trésor des Nibelungen elle soulage le pauvre et adoucit leurs souffrances. Hagen, toujours en garde contre elle, craint que sa bienfaisance ne mette le peuple de son côté. Sur son conseil le trésor des Nibelungen est jeté secrètement dans le Rhin près de Worms.

Treize ans après Criemhilde est recherchée en mariage par le roi des Huns Etzel qui venait de perdre sa femme Helche. Espérant pouvoir enfin satisfaire

io6 WORMS.

sa haine elle donne son consentement et se marie avec Etzel. Treize ans s'écoulent encore. Criemhilde que rien ne peut détourner de ses projets de vengeance invite au Etzelsbourg les rois bourguignons, leurs parents et leurs vassaux; malgré les sages conseils de Hagen cette invitation est acceptée. Pendant le voyage, Giselher épouse Dietelinde fille du vassal des Huns, Riidiger de Bechlam, qui fait présent à Gemot d'un glaive avec le quel celui-ci tuera Riidiger dans le combat d'Etzelsbourg. A peine les bourguignons sont ils arrivés que Criemhilde dévoile ses desseins. Hagen s'unit à la vie, à la mort avec Volker qui l'égalait en force et en courage, excite encore la fureur de Criemhilde en se déclaurant ouvertement le meurtrier de Siegfiied et en tuant sous ses yeux le fils du roi. Le combat s'engage; les héros tombent les uns après les autres et beaucoup trouvent la mort dans l'incendie de »la salle des héros, « allumé d'après les conseils de Criemhilde. Gunther et Hagen, les derniers survivants au carnage sont faits prisonniers par Dietrich de Bem, commensal d'Etzel et trainés devant la reine. Celle-ci promet la vie à Hagen s'il découvre l'endroit où se trouve le trésor des Nibelungen. Hagen refuse, allégant le serment qu'il avait fait de ne jamais dévoiler ce secret aussi longtemps qu'un roi Bourguignon serait en vie. Alors Criemhilde de son glaive tranche la tête de son frère et Hagen s'obstinant dans son silence subit le même sort. Elle tombe elle même frappée par Hildebrand, vassal de Dietrich, qui la punit ainsi d'avoir violé la parole que Dietrich avait donnée aux deux héros.

Le combat singulier de Worms.

La ville impériale de Worms célébrait un grand tournoi. Parmi la foule des seigneurs qui étaient venus

y prendre part, on remarquait surtout le chevalier de Gravenstein dont la fille, la belle Bilhilde, avait été nommée reine de la fête. Le Seigneur de Wolfseck, fort et brave chevalier, qui aimait passionnément cette jeune fille, se flattait de recevoir de ses mains le prix décerné au vainqueur. Il avait terrassé tous ses concurrents et faisait fièrement caracoler son cheval en attendant un nouvel adversaire, lorsque le chevalier de Wartenberg entra en lice. Wolfseck fut vaincu. Transporté de honte et de rage il accuse Wartenberg de magie et celui-ci le provoque en combat singulier. Le jour fixé pour la rencontre était arrivé: les juges avaient pris place et une foule nombreuse entourait Tarène. Wartenberg ne paraissait pas. On se perdait en conjectures, quand un chevalier recouvert d'une armure noire et portant sur son écu les armoiries de Wartenberg se présente. A sa vue Wolfseck ne peut maîtriser son trouble. Les adversaires étaient en présence, les lances en arrêt, et au signal donné se précipitent Tun sur l'autre bride abattue. Tout à coup le coursier de Wolfseck se cabre et jette bas son cavalier. Le chevalier à la noire armure s'éloigne au galop. Wolfseck avoua alors qu'il avait fait assassiner la veille Wartenberg dans une forêt. Après eet aveu sa raison s'égara et il rendit le dernier soupir dans un accès de folie furieuse.

Histoire Worms est une des villes les plus anciennes du Rhin et joue un grand rôle dans l'histoire. Romains, Bourguignons, Huns, Allemands et Francs en firent tour à tour le siège de leur puissance. Charlemagne y déclara la guerre aux Saxons. Elle fui le séjour favori des empereurs de race franque et le théâtre de diètes importantes. Ce fut là qu'en 11 22' le concordat de Worms termina les démêlés de l'investiture et que Luther fut traduit devant l'assemblée impériale par Charles-quint en 1521. Worms est la ville princi()ale dans la légende des Nibelungen. Les français la détruisirent presqu' entièrement en 1689, laissant toute fois la Cathédrale intacte Dans les démêlés entre les empereurs et les princes, Worms fut toujours dans le parti du

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premier et montra surtout une grande fidélité à Henri IV. L'union de Worms en 1254 fut la base de la confédération des villes du Rhin. Elle fut très éprouvée pendant la guerre de 30 ans: Prise et incendiée par les espagnols et les suédois elle fut traitée plus tard avec la dernière barbarie par Louis XIV. Worms resta indépendant jusqu'au traité de Lunebourg en 1801, mais «n 181 9 die entra sous la domination deHessen-Darmstadt. Elle s'est relevée dans ces derniees années au rang d'une ville riche et industrielle.

Spire.

Au delà de Germersheim sur Rhin, se trouve la vieille cité impériale de Spire déjà connue des Romains. Au moyen âge, florissante et belle, cette ville était le double de ce qu'elle est de nos jours et fut à plusieurs reprises le séjour d'empereurs d'Allemagne. Des diètes importantes y furent tenues, entre autres celle de 1829 sous Charles quint, dans la quelle les princes évangélisants protestèrent contre la décision de la diète catholique et reçurent de là leur nom de protestants. La ville fut cruellement saccagée en 1685 pendant la guerre du Palatinat et ne se releva jamais de ce coup terrible; en 1754 les français la dévastèrent pour la seconde fois.

Les empereurs saliens octroyèrent à Spire de grandes franchises. Sa Cathédrale, un des plus intéressants monuments du Rhin, commencée en 1030 sous Conrad IV et terminée en 1097 sous Henri IV, renferme les sépultures de 9 empereurs et de 3 impératrices: C'est pour cette raison que Spire fut surnommée la «ville des morts « par opposition à Francfort » ville de couronnement*. Lorsque le.s français saccagèrent la ville en 1680, la Cathédrale fut renversée en grande partie et les cendres des empereurs jetées au vent. La ville et le temple furent rebâtis; celui-ci complètement restauré en 18 15, fut rendu au service divin en 1822. Les belles ornementations intérieures ne furent achevées qu'en 1685.

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