LES VALLÉES SECONDAIRES DU RHIN
Après avoir fait parcourir le lecteur entre la légende et l'histoire la magnifique et imposante vallée du Rhin, nous allons le conduire dans les vallées secondaires. Là aussi il pourra admirer la magnificence de la nature et ses incomparables variétés. Ici, un torrent impétueux roule en mugissant ses flots jaunâtres, là, une poétique et tranquille rivière verse dans le Rhin ses eaux cristalines. Partout des montagnes couvertes de forêts ou de vignobles, supportant sur leurs cimes altières des manoirs en ruines Ces débris d'un temps éloigné rappellent au touriste dans un grave et muet langage, un passé gros de sombres récits ou de poétiques Idylles.
La vallée de l'Ahr.
Le touriste qui parcourt cette pittoresque vallée commençant à Blankenheim dans TEifel et se terminant à Linz, confluent du Rhin et de FAhr, reste étonné et surpris devant la splendeur de la nature dans cette contrée. Tranquilles, quoique rapides en plusieurs endroits, les eaux argentines et glacées de la rivière serpentent entre des rochers abruptes et de charmantes praieriés; mais en hiver, lors de la fonte des neiges des monts de TEifel ou après de longues pluies, TAhr devient un torrent impétueux et terrible. Ses eaux grossies se précipitent avec un sourd mugissement, renversant tous
les obstacles dans leur course furieuse. Cette scène sauvage devient plus saisissante encore dans les passages étroits de la vallée. La rivière ressérée entre des rochers escarpés, lan ce ses flots avec une rapidité vertigineuse. De même que 1 Ahr, tantô t paisible et romantique, tantôt effrayante et terrible, de même aussi sont ses légendes. Parfois sombres et farouches, elles nous entretiennent des nombreuses guerres privées et nous font assister à des sièges opiniâtres ou à des destructions d'églises et de couvents: Parfois, riantes et douces, elles dépeignent des scènes de fervente piété et de pure morale, aujourd'hui encore traits distinctifs de la population. Le plus beau point de la vallée est le Landskrone, près d'Heppingen, d'où la vue plonge sur un immence horizon comprenant le Rhin et TAhr. Un peu au dessous du plateau de cette montagne s'élevait autre fois un orgueilleux et imposant château, et sur une croupe de rocher une petite chapelle blanche connue dans le pays sous le nom de «Chapelle des jeunes filles». Voici à quelle occasion:
Autrefois vivait sur le Landskrone un chevalier dont les 3 filles par leurs grâces et leur amour pour les pauvres étaient révérées dans le pays comme des saintes. Un jour le père étant allé à la chasse n'avait laissé au château qu'une faible garnison. Le chevalier de Tomberg, ennemi personnel du comte de Landskrone, instruit de ce fait rassembla ses gens et marcha sur le Landskrone qu'il prit après une courte résistance. Les écuyers et les serviteurs fiirent jetés dans les fers et les jeunes filles allaient subir le même sort et pis encore peut-être, lorsqu'elles se réfiigièrent sur le pic du rocher pour sauver leur honneur. Tomberg les suivait de près, il allait les atteindre; alors, recommandant leur âme à Dieu, les 3 sœurs étroitement enlacées se précipitèrent dans l'abîme. Mais, oh! miracle, le rocher s'entrouvrit
et les jeunes vierges tombèrent doucement dans une grotte dont les parois se refermèrent aussitôt. Là, elles s'endormirent d'un profond sommeil. Deux jours après le comte revint. A la vue de son manoir pillé et dévasté, il se met à la tête de ses hommes d'armes, se dirige vers le château de Tomberg, s'en empare et rentre en posession de ses biens. Mais où étaient ses enfants? Toutes ses recherches demeuraient infructueuses; alors le comte tomba dans une sombre mélancolie dont rien ne pouvait le distraire. La nuit suivante un messager céleste, habillé de blanc, vint le consoler et lui indiqua l'endroit où reposaient ses filles. Le comte s'y rendit aussitôt et la grotte, qui s'était rouverte, lui laissa voir ses enfants doucement endormis. Par reconnaissance il fit bâtir en cet endroit une chapelle qu'il nomma la »Jungfraukapelle«, dont il est déjà fait mention en 1470 et dans l'intérieur de laquelle se trouve une grotte de basalte convertie en sanctuaire. Cette chapelle, lieu de pèlerinage autrefois très fréquenté, a perdu insensiblement de son ancienne importance.
Le »Landskrone« fut bâti entre 1204 et 1206 et reçut de son fondateur le nom orgueilleux qu'il porte encore aujourd'hui et qu'il mérite si bien par sa majestueuse position. Le Landskrone était un fief immédiat de l'empire et le propriétaire^ qui portait une couronne dans ses armoiries, un Burgraf impérial. Sous les Hohenstaufen, les seigneurs de Landskrone jouissaient d'une haute considération et Frédéric II nomma même Gerhard I, le fondateur de cette race puissante, son représentant sur les personnes et biens de la contrée de la Moselle. Son fils, Gerhard II, prit les armes pour les Hohenstaufen; mais fait prisonnier par l'archevêque Conrad de Hochstaden, il dut signer avec ce dernier un traité de paix. Gerhard III mourut en 1372 âgé Légendes. 3
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de près de loo ans et fut enseveli près de Marienthal sans laisser de descendants. Par suite le Landskrone, composé d'un manoir supérieur et inférieur, ainsi que toutes ses dépendances tomba en des mains étrangères et perdit peu à peu de son ancienne splendeur. Pendant la guerre de 30 ans les Suédois s'en emparèrent et le conservèrent quelques temps. Ce château soutint un long siège contre les troupes de Chronfelds et ne put être pris que par ruse. Un soldat lia une relation amoureuse avec la lessiveuse d'un capitaine suédois qui lui donna le conseil de couper la corde du puit et les assiégés eurent à souffrir tous les tourments de la soif. En 1677 les Français le renversèrent en grande partie et en 1682, le prince électeur Guillaume le fit raser à l'exception de la chapelle. Ainsi disparut un des plus fiers châteaux du pays et on n'en voit plus que quelques restes insignifiants. La chapelle subsiste encore comme un signe certain de la protection que Dieu accorde à l'innocense et à la virginité.
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La charrue d'or.
La légende qui consacre une suite de charmants récits aux endroits jadis témoins de la grandeur et de l'ambition de cette vallée aux rochers crevassés et tapissés de vignes, ne passe point Neuenahr sans lui garder un souvenir. L'histoire nous raconte bien des événements qui s'y sont passés. Ne fut-elle pas en effet le théâtre des actions de l'énergique et dangereux ennemi des Hohenstaufen, de l'archevêque Conrad de Hochstaden, qui joua dans cette contrée un rôle si important? Mais ce qui charmera le touriste seront ces
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contes à la fois intéressants et instructifs sur le passé de cette ville de bains. Voici une des plus belles légendes qui se rattachent à Tancien château deNeuenahr:
Un jour un pauvre paysan, occupé dans les champs à gagner son pain quotidien à la sueur de son front, vit venir à lui un nain grisonnant qui lui fit signe en souriant de le suivre. Le campagnard étonné obéit à Tordre du gnome qui le conduisit directement au puit du château. Là, Têtre mystérieux lui déclara qu'au fond de la source il y avait une charrue d'or qui deviendrait sa pnjpriété si, sans prononcer une parole, il parvenait à la retirer. Après quoi il disparut, laissant le brave homme abassourdi. L'appas d'un aussi riche trésor le fit sortir de sa torpeur et il commença aussitôt ce pénible et difficile travail. Ses efforts furent couronnés de succès et la charrue émergea lentement à la surface. Déjà il allait la ramener au bord, lorsque tout à coup un génie gigantesque se dressa menaçant devant lui.
A sa vue le bonhomme poussa un cri perçant
la charrue redescendit dans les profondeurs du puit et l'apparition s'évanouit. Tous les essais qu'il fit plus tard pour retirer le trésor restèrent infructueux et il Testa un pauvre hère sa vie durant.
Voici une autre légende présentant une certaine analogie avec la précédente:
Un comte de Neuenahr, arrivé à une extrême vieillesse, sentant sa fin approcher fit appeler ses fils à son lit de mort pour leur partager ses biens et leur donner sa bénédiction. Quand ils parurent il leur ordonna d'apporter un glaive et une charrue. Cela fait le vieillard remit le glaive à l'aîné en lui disant:
«Cette épée te revient de droit comme au chef de la famille. Emploie-la pour la défense du château de tes pères et pour la protection du pauvre et de l'indigent.»
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Puis s'adressant au plus jeune en lui montrant la charrue:
»A toi, fils non moins cher à mon cœur, je lègue celte charrue; utilise-la dans la vallée aux hameaux paisibles. «
Et après avoir de sa main glacée imposé sur leurs fronts la bénédiction paternelle il s'endormit pour toujours. Les fils gardèrent religieusement ses derniers ordres; le glaive régna longtemps sur la haute montagne et la charrue dans la profonde vallée.
La montagne Neuenahr reçut son nom en 1220 du comte Otto d'Are et Hochstaden. Les comtes d'Aargau étaient de la race des comtes de FAre. On croit que Sigebad qui vivait vers le 10® siècle est le fondateur de cette famille. Otto fut le fondateur de la ligne Neuenahr (Neuvenare) et le fils de Gerhard d'Are qui mourut en 1226 laissant 3 fils, Otton, son fils aine, reçut en héritage la pai tie Est du comté de l'Are et construisit, comme on l'a vu plus haut, le manoir de Neuenahr; on l'appelle ainsi en opposition avec le château d'Altenare situé plus loin. Cette nouvelle race comtale fondée par lui subsista jusqu'au 16® siècle. Il laissa deux fils. Gerhard et Louis. Louis mourut sans héritier. Le fils de Gerhard, Théodorich, prit en main les rênes du gouvernement. Après sa mort la veuve ne put garder la propriété grevée de dettes et la remit comme terre engagée à l'archevêque de Cologne Siegfried, qui la reçut plus tard en fief du fils, Guillaume L Celui-ci mourut en 1307 et laissa deux fils, Guillaume et Kraffto. Le fils du premier prit la direction du comté sous le nom de Guillaume III et l'archevêque de Cologne Walram, lui rendit le château de Neuenare et le fief du château d'Are, comme son grand père Guillaume I l'avait possédé. Comme il n'avait qu'une fille, le comté passa après sa
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mort à son frère Kraffto, chanoine de Cologne. Avec Guillaume III, ou plutôt avec son frère Kraffto, s^éteignit la ligne des comtes de Neuenahr.
Le pont merveilleux.
Une amitié profonde et intime unissait les deux familles de Landskrone et de Neuenahr, amitié dont le plus beau fruit fut Tamour de Berthe de Landskrone et de Gerhard de Neuenahr. Leur passion pure et chaste augmentait de jour en jour et, c'était avec impatience qu'ils attendaient le moment où il leur serait permis de se voir et de parler de Pavenir sous les berceaux parfumés du jardin.
»Ahî disait un jour Berthe dans les bras de Gerhard, que n'y a-t'il un pont qui réunisse les deux châteaux! Oh, Gerhard nous pourrions nous voir plus souvent et nous envoyer à chaque instant des marques réciproques de notre amour. «
Une petite fée qui se reposait sous le feuillage en fleur du berceau entendit ce chaste désir.
» Qu'il soit fait ainsi que tu le souhaites ma chérie» murmura-t'elle. Le lendemain, Berthe à son réveil se rend comme de coutume à sa fenêtre pour envoyer à son amant le salut matinal. Est-ce une illusion? Ses regards étonnés rencontrent un pont élégant, brillant des plus vives couleurs et dont les arches tendues réunissaient les deux manoirs. Elle remercia Dieu du plus profond de son cœur pour son ineffable bonté et depuis le pont fut fréquemment utilisé par les habitants des deux châteaux. Ce fut sur lui que passa le joyeux cortège des fiançailles, et, ce fut sur lui encore que s'avança lentement le convoi funèbre qui porta les tendres époux à leur dernière demeure. Ce pont fragile brava pendant
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des siècles la main destructive des temps et subsista jusqu'au moment où la haine et les dissentions vinrent remplacer Tamitié et la concorde. Alors seulement il disparu subitement et depuis il n'existe plus que dans la tradition populaire.
Le Calvarienberg.
Sur la route qui conduit de Neuenahr à l'antique petite ville d'Ahrweiler, on aperçoit à l'entrée de cette dernière localité une montagne dont le fait supporte un couvent: c'est le Calvarienberg. Ce monastère qui inspire au touriste des pensées calmes et profondes . doit son nom et sa sainte dédicace à la circonstance suivante:
Le descendant d'une race illustre de la vallée, cédant aux pieux élans de son cœur, était parti avec une foule d'autres chevaliers pour la Palestine. Il en revenait couvert de gloire, lorsqu' arrivé près d'Ahrweiler ses yeux rencontrèrent la colline couverte de chênes et, sans le vouloir, il comparait intérieurement cette charmante hauteur avec celle où Jésus Christ était mort pour le salut des hommes. Une émotion étrange s'empare de son cœur et poussé par une force invisible il se dirige vers la colline. Singulière coïncidence! Le trajet qu'il parcourt lui semble être le même que celui qu'il a fait si souvent de la maison de Pilate à l'endroit où le sauveur accomplit son œuvre de rédemption. Le sentiment qui l'anime l'éclairé et obéissant à une voix intérieure il fit construire plus tard sur la montagne, une chapelle sur le modèle de l'église du saint-sépulcre à Jérusalem.
L'histoire fait mention de cette chapelle et de ses dépendances vers le 15® siècle et on en fait remonter la fondation à 1440. 62 ans plus tard, en 1502, le pape lui accorda de grandes indulgences et le nombre
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des pèlerins qui venaient la visiter s'augmenta de telle façon qu'on se vit forcé en 1625 de l'agrandir. Des moines franciscains de Briihl étant venu s'y établir, cet endroit acquit une telle célébrité que l'église ne pouvant plus contenir le nombre des fidèles fut abattue et remplacée par une autre plus vaste, consacrée en 1678. Malheureusement les sombres nuages qui planaient sur l'Allemagne n'épargnèrent pas la vallée de l'Ahr. Des bataillons de sauvages guerriers pénétrèrent dans cette paisible contrée et y répandirent le ravage et l'effroi. Le couvent autrefois séjour de la prière devint un asile pour les malades et les indigents. La paix qui avait fui de cette romantique vallée n'y revint que rarement et n'y fit que de courtes apparitions, jusqu'à ce que la révolution fi*ançaise vint la chasser pour de longues années du foyer des habitants. La sécularisation, cette ennemie de tout ce qui était vénérable, approchait et en 1803 le couvent tomba sous son marteau. Mais la pieuse résidence fut préservée de la destruction et de la profanation par le dévouement du vicaire de Giesen qui l'acheta pour 5925 frs^ et la conserva à son ancienne destination. Et cette destination lui est restée: des moines ne l'habitent plus, mais elle est encore un séjour consacré à Dieu. Depuis 1838 elle est devenue un pensionnat célèbre de jeunes filles, sous la direction d'Ursulines et qui compte souvent au delà de 100 élèves.
Le Saffenburg.
L'un des plus anciens des nombreux manoirs dont les tours altières dominaient autrefois la vallée de l'Ahr est le Saffenburg, qui sous le non^ primitif de Sophienburg parait déjà dans les chroniques des croisades. Le vieux castel s'est écroulé; la silhouette grise de ses
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ruines se dessine aux yeux du voyageur comme ui mélancolique emblème de la vanité des grandeurs humaines. Le i6 février 1708, une subdivision de troupes partie de Juliers fsous le commendement de Borkeling mit fin à rhistoire dix fois séculaire du Saffenburg. Incendié, ses grosses tours renversées par la mine, ce château, pris et repris plusieurs fois pendant la guerre de 30 ans par les différents belligérants, fut abandonné et on laissa à la main destructive du temps le soin de faire disparaître ses décombres effondrés.
Voici ce qu'on raconte sur sa fondation:
Une jeune demoiselle noble de TAhr aimait passionnément, sans oser pourtant Tavouer, un jeune seigneur qui fréquentait le manoir de ses parents. Rodolphe, tel était le nom de ce chevalier, ressentait pour elle les mêmes sentiments et ne connaissait pas de bonheur plus grand que celui de la voir, de respirer à ses côtés et de subir le charme de sa voix. Mais, soit par crainte, soit par timidité, il cachait soigneusement son amour à sa bien-aimée qui se croyant méprisée évita autant que possible sa société. Cette froideur désespéra Rodolphe qui alla chercher dans les combats contre les infidèles un remède à ses souffrances. Après quelques années, le désir de revoir sa chère vallée de l'Ahr remporta et il reprit le chemin de la patrie. La vue des rochers et des bois, où s'étaient écoulées les belles années de sa première jeunesse, remplit son cœur des souvenirs du passé et pensif il hâtait Tallure de son cheval, lorsque tout-à-coup un chant mélodieux et triste vint attirer son attention. Il s'arrête, il écoute .... il entend son nom prononcé avec des accents passionnés . . . surpris il lève les yeux et aperçoit sur la saillie d'un rocher la cabane d'un solitaire. Aussitôt il met pied à terre, gravit le sentier rocailleux, pénètre dans la hutte
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et voit, assise sur un banc de bois, sa chère Sophie. Il s'élance vers elle, la serre contre son cœur oppressé
et couvre d'ardents baisers son charmant visage
Peu après ils recevaient au pied des autels la consécration de leur amour. Après la noce, Rodolphe fit élever à la place de la hutte qui avait servi de retraite à son épouse, un beau château et lui donna le nom de Sophienburg.
Suivant la légende, il se passa par la suite dans ce château l'événement suivant:
Parmi les serviteurs du manoir se trouvait une bergère d'une éclatante beauté qui faisait paître les troupeaux de son maître, depuis l'aurore jusque bien après le coucher du soleil. Cette belle et- chaste jeune fille faisait les délices de tous les habitants du château; mais le seigneur surtout avait éprouvé avec le plus de force l'irrésistible puissance de ses attraits. L'amour de ce rude et parfois brutal chevalier avait pris naissance le jour, où dans la chapelle du manoir, il avait entendu la jeune fille mêler son nom à ses prières, et il résolut de la récompenser pour cette attention. 11 ordonna de tout préparer pour une fête et au chapelain de se tenir prêt à célébrer un mariage. Ces ordres exécutés, le château magnifiquement décoré, tout le personnel sô rassembla dans la chapelle tapissée de fleurs, attendant avec impatience l'arrivé des fiancés. Mais, aucune noble châtelaine, suivie d'un brillant cortège ne se présenta et le maître seul, solennel et grave, pénétra dans le lieu saint. Son regard parcourut un instant le groupe en suspens et s'arrêta sur la bergère prosternée devant l'image de l'image de la Sainte Vierge. Il s'approche, tire de son pourpoint une chaîne en or, la passe au cou de la jeune fille en lui disant d'une voix émue: •Viens Catherine; tu as prié pour moi, et moi je te