‹ Le rhin: son histoire et ses légendesChapitre 26 sur 34 · STRASBOURG · texte numérisé non relu

STRASBOURG

Strasbourg.

L'horloge de la Cathédrale.

Le plus beau monument de Strasbourg, celui qui par sa majestueuse magnificence, ses hauts et vastes portiques, attire particulièrement les regards est sans contredit la cathédrale. Ce temple possédait autrefois une horloge d'un admirable travail artistique etpersonnifiait la marche du temps sous des symboles pleins de sens. On la voit encore aujourd'hui à la droite du portail, remarquable par ses gracieuses ciselures, mais sans mouvement: son mécanisme ne fonctionne plus et nul artiste n'a pu pusqu' à présent en rétablir l'ordre. Voici ce que la légende raconte sur la construction et la destruction de ce chef-d'œuvre:

Il y a bien des siècles vivait à Strasbourg un habile artiste nommé Isaac Habrecht. Toute son ambition était de doter sa ville natale d'une œuvre unique eti son genre, et qui devait ajouter un nouveau lustre à sa gloire couronnée par tant de siècles. Son projet conçu il §e mit à l'ouvrage et commença l'horloge qu'on remarque encore aujourd'hui. Il y travaillait sans relâche et voyait approcher avec joie le terme de son achèvement, malgré les prédictions d'un petit vieillard qui venait chaque matin le visiter et lui assurer que ses efforts étaient inutiles, l'horloge n'étant pas destinée à marcher longtemps. Habrecht venait de mettre la dernière main à son œuvre et la ville de Strasbourg entière pouvait admirer son admirable travail.

Un jour le bruit se répandit qu' Habrecht avait l'intention de doter encore d'autres villes d'une horloge semblable. Les magistrats, craignant que Strasbourg ne fut plus seule à posséder ce chef-d'œuvre, le firent comparaître devant eux et le condamnèrent à perdre la

iio STRASBOURG.

vue. l.e maître indigné de ce jugement barbare conçut une idée de vengeance et, calme en apparence, il demanda la grâce de visiter encore une fois l'horloge pour y apporter quelques améliorations. Les juges le lui accordent et le font conduire à la cathédrale. Habrecht contemple un instant son œuvre, puis saisissant d'une main fébrile la lime et la pince il se livre à un travail mystérieux. Cela fait il se livre au bourreau qui lui crève les yeux. Le même jour tous les rouages de l'horloge sautèrent, et l'admirable ouvrage fut ainsi détruit par la main vengeresse de son auteur. On assure que depuis un grand nombre d'artistes ont vainement essayés de la réparer. Mais jusqu'à présent personne n'y est parvenu, car l'ingratitude à l'égard du maître a jeté une malédiction sur l'ouvrage. Quand, voyant l'inutilité de ses efforts, l'artiste se retire découragé, on voit suivant la tradition populaire, le petit vieillard de naguère se montrer au dessus du portail et ricaner de plaisir. Celui-ci n'est autre que Satan; ce fut lui qui inspira aux juges le jugement inique et à Habrecht son idée de vengeance. Histoire. Strasbourg, dont la romance populaire dit: »Oh Strasbourg! Oh Strasbourg, toi admirable ville», fut une des villes libres impériales les plus importantes, et a eardé encore aujourd' hui en grande partie une physionomie ancienne. Lorsqu* après la guerre de trente ans, Talsace passa sous la domination française, Strasbourg resta à TAllemi^e. Mais en 1681, en pleine paix, Louis XIV vint l'occuper et le traité de Ryswick, 1697, confirma son usurpation. Elle conserva cependant son caractère Allemand et des noms tels que ceux de Gœthe, Klopstock, Herder, Lavater et Stollberg, dont les restes reposent dans la cathédrale, montrent assez, que les héros de notre poésie ont cherché à se perfectionner à son université. L'orgueil de Strasbourg c'est sa cathédrale, ce célèbre modèle de style gothique et dont la tour a 142 mètres de haut. Commencée en 1276 par Erwin de Steinbach elle ne fut achevée qu'en 1439.

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