AIX LA CHAPELLE
un étranger de mine noble et fière entra dans la salle du conseil. Il s'offrit à faire Tavance des fonds, à condition toutefois que Pâme du premier qui entrerait dans Téglise lorsqu'elle serait complètement terminée, lui appartiendrait. A cet offre de Finconnu, qui n'était autre que Satan, les sages magistrats frissonnèrent; mais tel était leur désir de voir le temple dans toute sa majestueuse grandeur, qu'ils acceptèrent l'infernale proposition. Le contrat signé, les coffres se remplirent d'or et d'argent. La place de la cathédrale, hier encore déserte, reprit une animation extraordinaire; lesmurs s'élevaient avec rapidité, les tours et les coupoles semblaient regarder avec orgeuil les joyeux habitants; les colonnes s'alignaient aux colonnes, et de brillantes peintures sur verre décoraient les hautes fenêtres ogivales. L'autel était prêt et les confessionnaux artistement sculptés, occupaient leur place: on avait mis la dernière main à l'oeuvre, il ne s'agissait plus que de fixer le jour de la bénédiction de l'édifice. Dans une séance où le sénat et le clergé se réunirent, on convint, après de longues discussions, qu'elle aurait lieu le jour des Trois-Rois. Aussitôt que cette décision fut connue, on vit de tous côtés des milliers de pèlerins se diriger vers la ville impériale. Le pape Léon lui-même et 365 évêques s'y rendirent. On prétend que d'après le désir de l'empereur, un ange alla réveiller dans leur tombeau Saint Marculfe et Saint Godulfe et que ces Saints résuscitèrent pour assister à cette sublime cérémonie. D'après la légende, la »Klappergasse« par laquelle ils passèrent, reçut son nom du bruit que firent leurs ossements en s'entrechoquant. La joie des habitants était à son comble; mais le souvenir du fatal contrat vint assombrir ce bonheur, aucun d'eux n'étant disposé à sacrifier son âme aux flammes étemelles.