‹ Le Rhumatisme Articulaire TuberculeuxChapitre 22 sur 74 · III. — RHUMATISANTS PORTEURS D'ADÉNITES TUBERCULEUSES · texte numérisé non relu

III. — RHUMATISANTS PORTEURS D'ADÉNITES TUBERCULEUSES

Plusieurs éventualités peuvent être envisagées : l’adénite peut exister en concurrence avec d’autres lésions tuberculeuses : elle n’est dans ce cas qu'un épiphénomène, une preuve de plus, de la nature de la polyarthrite. C’est le cas de l'observation suivante :

MEME ess

OBs. XXIII. — Génévrier.

Enfant de 13 ans, ayant une tumeur blanche suppurée du coude gauche, une adénite cervicale fistulisée, une gomme tuberculeuse du mollel. Elle présente une crise de polyarthrite aiguë.

Mais souvent celte adénite est la seule manifestation de l'infection bacillaire. Nous ne tiendrons compte, dans ce chapitre, que des adénites « externes », suppurées, ou dont la nature est prouvée par un examen histo-bactériologique. Nous aurons amplement l'occasion de revenir, en étudiant les rhumatismes primitifs. sur le rôle des tuberculoses ganglionnaires cachées et parfaitement latentes, de l’adulte, ou de l'enfant. Les observations suivantes prouvent que toutes les formes de rhumatisme peuvent se voir, en liaison clinique avec cette localisaüon bacillaire.

OBs. XXIV. — Leroy des Barres.

Malade de 49 ans, atteinte d’adénite cervicale bacillaire fistulisée ; peu à peu se constitue un rhumatisme chronique ankylosant avec participation de la colonne vertébrale. Plus tard se constituera une tuberculose pulmonaire ulcéro-caséeuse.

Cependant certains faits, comme celui que nous allons citer, sont plus complexes, mais aussi infiniment plus intéressants. Le malade suivant présente une affection qui rappelle la maladie de Chauffard-Still. Nous verrons, en étudiant ce cas, les problèmes multiples qui se posent : rapports du rhumatisme, et de cette réaction générale du tissu lymphoïde (avec rôle de filtrage possible du ganglion) ; association de poussées rhumatismales et de ma-

nifestations urticariennes, enfin, réactions focales vives à chaque injection d’une substance médicamenteuse. Elle rappelle une observation rapportée récemment à la société médicale des hôpitaux de Paris, où les réactions focales étaient dues à l'allergie tuberculinique. Elle prouve donc que la sensibilité articulaire peut être réalisée par le bacille de Koch, mais réveillée par une substance quelconque introduite dans l'organisme.

Os. XXV. (Inédite). Due à l’obligeance de M. le P' Favre.

E. Jean, 36 ans, entre à l'hôpital pour rhumatisme articulaire aigu.

Antécédents personnels : Bonne santé dans l'enfance. Pendant son service militaire, il contracte une bronchite, qui dure 6 mois ; il eut à ce moment quelques crachats striés de sang. De temps à autre, il ressent encore un point de côté au niveau de la base droite, et tousse chaque hiver.

Pas d'éthylisme, de spécificité, de blennorragie.

LE DÉBUT de l'affection actuelle, remonte à 22 mois. Subitement, au cours de son travail, apparition d’œdème des membres inférieurs, dit-il. Deux jours après apparaissent des douleurs articulaires extrêmement vives, localisées aux tibio-tarsiennes, aux genoux ; puis, les bras sont pris à leur tour. Les articulations furent le siège d’un œdème cons'dérable, la peau était rouge, luisante, chaude ; il existait aussi des sueurs profuses, avec fièvre élevée.

Amaigrissement considérable à cette période.

EVOLUTION. Vers le 3° mois, après le début de cette polyarthrite, le malade voit apparaître presque chaque jour une éruplion d'abord localisée aux cuisses, puis s'étendant, et constituée de placards rouges, avec sensation de brûlure et de prurit intense.

Au 5 mois, apparition d'une volumineuse adénopathie axil: laire gauche, puis sous-maxillaire et axillaire droite.

Ne

Pendant les 6 premiers mois, cette crise n’eut aucune rémission durable ; mais il se produisit des poussées fréquentes, presque quotidiennes, marquées par une recrudescence des symptômes articulaires, cutanés, des adénopathies, une élévation de température brutale avec frisson, faisant songer à un accès palustre.

Aucune influence du salicylate de soude. Cependant, vers le 6° ou le 7° mois, les symptômes s’amendent considérablement. Mais le malade ne guérit pas, et pendant près de deux ans, il ne peut guère quitter le demi repos : dès qu’il marche, il recommence à souffrir.

Il y à 1 mois, recrudescence des douleurs dans les tibiotarsiennes et les épaules. Le malade entre à l'hôpital.

A L'ENTRÉE : L'articulation tibio-tarsienne droite est œdématiée. Les deux scapulo-humérales sont douloureuses. Pas de grosse hydarthrose, 2 placards d'érythème abdominal, irréguliers, légèrement surélevés, donnant au doigt une sensation veloutée, de coloration rouge vif. Le visage est aussi le siège de ces éruptions.

Poumon gauche : En arrière, submatité, diminution des vibrations, après la toux, nombreux râles.

Cœur : Pointe dans le Ve espace, non déviée, bruits normaux, sauf le 1°, qui est assourdi. ;

Rate hypertrophiée. Gros foie.

Pas de signes digestifs, pas d’albuminurie ; température à

L'adénopathie axillaire, a le volume d’un gros poing, et a subi des alternatives d’accroisseament et de diminution. En somme, les trois phénomènes les plus marquants ont été .

LA POLYARTHRITE AIGUË, A TYPE RHUMATISMAL ; LES, PHÉNOMÈNES CUTANÉS URTICARIENS , L’ADÉNOPATHIE ET LA SPLÉNOMÉGALIE.

L'ÉVOLUTION S'EST FAITE PAR POUSSÉES NETÎTES AVEC TEMPÉRATURE ÉLEVÉE A 40° ; FRISSONS INTENSES : VÉRITABLE ACCÈS PSEUDO-PALUS- TRE.

Recrudescence des trois symptômes principaux.

3 mois après son entrée, on fait au malade une injection de nucléinate de soude, puis une deuxiàäme. Chaque fois on voit apparaître :

Une réaction fébrile vive à 41° ;

un œdème volumineux de la cuisse ; au lieu d’injection : rougeur et douleur ; une poussée douloureuse polyarticulaire.

A la & injection, les phénomènes précédents qui, entre temps se sont calmés, réapparaissent. Il s’y ajoute une poussée, au niveau des gaînes tendineuses du dos de la main.

Enfin, l’un des ganglions carotidiens est prélevé. M. le P" Favre, à un examen histo-bactériologique, trouve du Bacille tuberculeux.

Nous voyons ainsi chez ce malade tuberculeux pulmonaire ancien, à évolution très favorable apparaître un rhumatisme aigu polyarticulaire évoluant par poussées à allures septicémiques accompagnées de symptômes cutanés, et de réactions Iymphoïdes. Il apparaît évident, que chez ce malade, les jointures élaient senSibilisées par une atteinte antérieure due au bacille tuberculeux ; elles ont violemment réagi à chaque essai thérapeutique. Mais l'injection déchaînante, comme nous le verrons en étudiant les réactions focales à la tuberculine, et dans notre essai pathogénique, est le plus souvent réalisée par le bacille lui-même ou par ses toxines. Quoi qu'il en soit, cette anaphylaxie articulaire chez un tuberculeux porteur d’une double localisation bacillaire évidente, est intéressante non seulement au point de vue clinique, mais encore au point de vue pathogénique.

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