IV. — LE RHUMATISME DANS LES TUBERCULOSES CUTANÉES
*’ÉRYTHÈME NOUEUX.
La fréquence des polyarthrites, dans les tuberculoses cutanées, est connue depuis longtemps. GAILLETON avait déjà réuni 20 cas de rhumatisme sur 71 lupus tuberculeux, observés dans son service de l'hôpital St-Pothin. De nombreuses manifestations cutanées tuberculeuses ou non peuvent coexister avec les fluxions rhumatismales : tuberculides (dont nous rapportons une observalion), urticaire, dont nous avons décrit un cas (obs. XXV). L'observation de BEZANÇON, relative à un cas de polyarthrite aiguë avec manifestations urticariennes, dont la mature bacillaire est prouvée par l’inoculation positive au cobaye de liquide articulaire, est également très démonstrative.
Mais que faut-il penser des érythèmes noueux, chez les rhumatisants ?
Déjà les travaux de UrFELMaANN en 1876, de Scamrrz en 1880, puis de LaAILLER, ÂLTEMAIRE, BAUMLER, DE JOULLIÉ, Buisine, ScHamaun signalent la coexistence d’érythème noueux et de tuberculose, et constatent des poussées évolutives chez des tuberculeux pulmonaires, atteints d’érythème noueux. Mais ce ne sont là que simples coïncidences ; il faut reconnaître que ces auteurs ne pouvaient guère, sur leurs seules observations, conclure plus nettement. C'est encore PonceT, qui signale un rapport de causalité ; il va plus loin, et déclare que si l'érythème noueux con e souvent avec d’autres localisa-
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tions tuberculeuses, il faut mettre au premier plan les atteintes articulaires.
Cette conception fut depuis lors soutenue tour à tour |
par Parrica, HicpesrANDT, Lanpouzy, MM. J. Cour- MONT, P. Savy et CHARLET, qui apportent de nombreux arguments cliniques : érythèmes noueux chez des malades tuberculeux, ou devenus tuberculeux.
GOoUGEROT, CHAUFFARD et TROISIER, LAIGNEL-LAVASTINE apportent des arguments expérimentaux : les frottis de cultures bacillaires sur la peau du cobaye, ou les intradermo-réactions à [a tuberculine, sont susceptibles de reproduire l’érythème noueux. Lanpouzy et LÆDERICH, dans un nodule d'érythème noueux biopsie, retrouvent un bacille de Koch
Plus proche de la réalité, Jacouerop, de Leysin conclut que l’érythème noueux est l'expression d’une bacillémie passagère.
Notre maître le Professeur A. Pic soutient depuis longtemps cette notion de l’origine tuberculeuse de l’érythème noueux : que ce soit à la Société médicale des Hôpitaux de Lyon en 1911, ou avec M. P. DELORE, dans une communication plus récente, dans la thèse de CRozAT (Lyon, 1914), il apporte des arguments prouvant la réalité de cette origine tuberculeuse.
Ce sont surtout les travaux de MM. F. ArronNG et A. DurourT, qui par des preuves bactériologiques produites dans deux cas d’érythèmes noueux, établissent définitivement celte conception. Notre maître M. A. DurourT soutient que l’érvthème noueux n’est qu'une manifestation tuberculeuse cutanée, apparaissant au cours d’un état septicémique, d'une véritable typho-bacillose; des inocu-
ou,
lations en sont la preuve : le virus tuberculeux se trouve dans le sang des malades qu'il a observés Mais l’érythème noueux ne nous intéresse dans ce travail que lorsqu'il apparaît chez des rhumatisants. La nature fréquemment tuberculeuse de l'érythème noueux (3/5 des cas) n implique-t-elle pas la même origine au rhumatisme. Une observation récente permet de se poser cette question :
O8s. XXVI. — A. Dufourt et P. Etienne-Martin.
Mile O.., 15 ans. Aucun antécédent héréditaire tuberculeux.
Rougeole, oreillons, coqueluche, mastoïdite, scarlatine, dans son enfance.
En mars 1931 : Première crise de rhumatisme articulaire aiguë, qui dure un mois.
Août 1931 : Deuxième crise qui dure 8 jours ; rétrocession rapide par le salicylate de soude : (10 gr. par jour).
17 octobre 1931 : Etat fébrile continu, avec tachycardie ; - pouls à 120-140. Apparition d’érythème noueux typique. Après un stade très fébrile de 15 jours, la température baisse, mais 3 mois plus tard se révèle une pleurite scissurale droite.
Inoculation à 2 cobayes, de 5 cc. de sang.
Cobaye I : sang filtré sur L3 : inoculation négative. Cobaye II : sang non filtré : tuberculose ganglionnaire lombaire, dans lésions caséeuses, avec présence de bacilles de Koch.
Cette observation prouve irréfutablement qu'au cours de cette septicémie tuberculeuse, avec localisation pulmonaire secondaire, il est apparu un érythème noueux, de nature évidemment tuberculeuse. Mais quel rapport faut-il établir, entre le syndrome bacillaire et les deux crises de rhumatisme articulaire aigu antérieures, dont