V. — RHUMATISANTS ET TUBERCULEUX PULMONAIRES
Nous avons été un peu surpris de lire dans un travail récent, sur le rhumatisme tuberculeux, que le rhumatisme était rare chez les tuberculeux pulmonaires : il n'en existerait que 6 cas et trois d’entre eux seraient contestés. 11 est évident que si pareille assertion était exacte, il faudrait renoncer à établir toute relalior, de cause à
effet entre ces deux affections. c'est alors que l'argument
suivant, opposé à la nolion que nous défevdons, £urait toute sa valeur : la tuberculose pulmonaire et le rhumaüsme étant deux maladies fréquentes, il n’est pas inconcevable qu'elles puissent coexister parfois, sans ressortir & la même cause ; nous verrons qu'il n'en est rien, que l'association de ces deux affections est fréquente, et qu'elle réalise plus que la simple juxtaposition de deux « diathèses ». Leur similitude d'évolution, le balancement des lésions, montrent qu'elles ont réellement le même agent pathogène : le bacille tuberculeux. Il nous faudra cependant tenir compte de quelques données parüculières, concernant surtout la pathogénie des accidents rhumatismaux, chez certains tuberculeux.
La coexistence du rhumatisme et de la tuberculose pulmonaire est en effet loin d’être une rareté. Depuis le travail de PorLocx qui, sur 2.000 tuberculeux pulmonaires du Consomption Hospital de Londres, constate que 14 % d'entre eux avaient tout d’abord été des rhumatisants, et la thèse de Power, sont venus de nombreux autres travaux établissant cette corrélation. Nous ne citerons que quelques-uns d’entre eux : les thèses suivantes de Lyon, résumant surtout les statistiques des divers services hospitaliers lyonnais : GENIAUX (1902). THÉBENEAU (1902), F. O.-MErsox (sur la fréquence du rhumatisme chez les tuberculeux des sanatoria de Leysin), ne Mouxy, 1904 (inspirée par M. Dumarest), VALENTIN (1905)... Toutes ces statistiques prouvent que le rhumatisme se rencontre chez les tuberculeux pulmonaires, avec une fréquence qui oscille entre 5 et 20 %. L. Tommasr de Florence, sur 100 tuberculeux pulmonaires trouve 23 rhumatisants. sur ces 23 malades, 20 avaient eu d’abord du
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rhumatisme, la localisation pulmonaire étant secondaire. Enfin, dans leur récent article, MM. Dumarest, MoLLARD. SIVRIÈRE et PAPATESTAS trouvent sur mille tuberculeux 56 cas de rhumatisme aigu ou subaigu, non compris les arthralgies si fréquentes. DS
Le problème est donc posé : la tuberculose pulmonaire, et le rhumatisme coexistent souvent. Nous verrons dans quelle mesure on peut affirmer que l’une de ces deux affections conditionne l’autre, et sur quelles preuves cliniques, on peut Se baser pour admettre qu'un même agent pathogène les régit toutes deux, bien qu’elles soient apparemment très différentes.
Nous éliminerons de cette étude toute observation où le syndrome articulaire précède de trop longtemps la tuberculose pulmonaire ; nous ne citerons que celles où les deux affections se Juxtaposent ou se suivent d'assez près. pour évoquer nettement l’idée d'identité pathogénique.
Nous envisagerons séparément les deux éventualités : chez un sujet apparemment sain, apparaît un rhumatisme, et secondairement une lésion pulmonaire ; inversement un tuberculeux avéré, fait une crise rhumatismale. Nous essaierons aussi de montrer la similitude d’évolution de ces deux localisations du même bacille. Des observations que nous citons, on peut très nettement dégager l'impression souvent vérifiée par le laboratoire, que la crise rhumatismale n'est peut-être qu'un essai de dissémination bacillaire, le terrain, la résistance du sujet conditionnant là encore les réactions et l’évolution locales.