‹ Le Rhumatisme Articulaire TuberculeuxChapitre 36 sur 74 · I. — Les arthralgies · texte numérisé non relu

I. — Les arthralgies

Les arthralgies sont fréquentes chez les tuberculeux, quelle que soit la détermination viscérale, séreuse… qu'ils présentent. Chez les tuberculeux pulmonaires notamment, les douleurs articulaires fugaces, sans tuméfaction, sont monnaie courante ; M. Dumaresr le signalait encore récemment ; quelle que soit leur signification, il semble bien que l'on doive mettre sur le compte de l'infection tuberculeuse ces algies transitoires. Dans d’au-

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tres cas, le rhumatisme chez les tuberculeux ne se manileste que par des douleurs erratiques. Ces douleurs articulaires plus ou moins violentes, survenant spontanément, tenaces parfois, sans trace d'hydarthrose, ne signent souvent leur origine que tardivement. Mais souvent les arthralgies dues au virus tuberculeux ne sont que des formes larvées de rhumatisme articulaire aigu tuberculeux. Ainsi, dans l'observation XXXII le malade après avoir présenté une longue phase d'imprégnation bacillaire, souffre d’arthralgies, sans caractère par- Hiculier. Il fera alors une localisation pulmonaire ; et c'est seulement au cours de la deuxième phase seplticémique prouvée par deux moculations de sang au Cobave, qu'il présentera une véritable crise rhumatismale aiguë de nature évidemment tuberculeuse. Il s’agit dans ce cas, comme dans beaucoup d’autres, d'attente articulaire fruste par le bacille. L'existence, la fréquence même de ces arthralgies, dans la période prémonitoire du rhumatisme aigu tuberculeux, est un caractère parmi tant d’autres, qui le rapproche du rhumatisme sonococcique. Dans les deux cas, l'infection lèche plusieurs jointures, avant de se fixer sur lune d'elles ; le bacille tuberculeux, s’il ne détermine pas toujours secondairement une fluxion articulaire, a encore la ressource de se fixer sur un viscère, une séreuse, ce qu'il

fait souvent.

2, — Le rhumatisme chronique tuberculeux.

Nous ne ferons que citer les formes de rhumatisme chronique qui peuvent relever du virus tuberculeux. La

classification de ces formes cliniques est des plus difficiles ; le rhumatisme tuberculeux peut prendre Lous les aspects : rhumatisme fibreux ankylosant, polvarthrite déformante localisée ou généralisée, arthrite sèche. arthrite dislocante; on peut multiplier à l'infini les modalités, suivant la prédominance de tel ou tel symptôme ou les caractères de l'évolution. Sans méconnaître le rôle des autres infections, syphilis ou blennorragie par exemple, le bacille tuberculeux est responsable de nombre de ces rhumatismes chroniques. Il est hors de doute que toute infection, et la tuberculose peut être placée aux premiers rangs, est capable de réaliser ce syndrome touffus pour lequel on a invoqué toutes les causes, sauf la plus évidente et la plus fréquente : la tuberculose. L'action prolongée sur les tissus articulaires d’un bacille atténué, ou les attaques répétées de ce bacille (crises de polyarthrite aiguë aboutissant à une forme chronique) peuvent évidemment créer les processus réactionnels les plus divers, Mais il manque pour préciser ces réactions articulaires, une étude anatomo-pathologique précise, qui permettrait d'une part de connaître les diverses inflammations dues au bacille de Koch, et d’autre part, de classer ces réactions inflammatoires en autant de formes anatomiques du rhumatisme chronique tuberculeux. Cette entité existe, mais il faudrait préciser son anatomopathologie.

Cliniquement, on peut admettre avec NoBécourT trois orandes formes : le rhumatisme chronique déformant, le rhumatisme chronique ankylosant, enfin les polysvnovites chroniques Cont nous avons cité une observation. Mais nous préciserons quelques-uns des caractères de

l’une des formes fréquentes de rhumatisme chronique tuberculeux : le rhumatisme déformant de Charcot, le rhumatisme noueux de Trousseau. Avec MM. A. Prc et À. CHapuy, nous rappellerons l'apparition tardive du syndrome, souvent vers 45 ou 50 ans. Le début se fait par une pelite tuméfaction des jointures avec quelques douleurs sourdes ; puis vient plus ou moins rapidement la période des déformations : main en coup de vent rejetée sur le bord cubital, doigts fléchis ou étendus, parfois disposés en « zig-gaz », articulations énormes infiltrées, recouvertes d’une peau fine et Inisante, contrastant avec l'atrophie musculaire constante. Les douleurs sont vives, l'impotence absolue. L'évolution est lente, torpide, souvent entrecoupée de poussées aiguës ou subaiguës, Ces dernières qui surviennent à intervalle plus ou moins rarproché et s'accompagnent souvent d'une température légère, laissent après elles des déformations plus considérables : distension synoviale, laxité articulaire, dévialions, rétractions tendineuses ou aponévrotiques. Ces manifestations s'accompagnent le plus souvent de déficience de l’état général.

On pourrait fournir de multiples preuves cliniques de l'origine tuberculeuse de ces rhumatismes chroniques. Malgré la statistique de Hacuexau et EL. BERNARD. qui sur 30 malades atteints ce rhumatisme chronique déformant ne trouvent qu'une seule fois des antécédents tuberculeux, nous retrouvons une quantité considérable d'observations prouvant le contraire. Faut-il rappeler les observations démonstratives de Poncer, LAGOUTTE, HoRAND, BARBIER et FRANÇaïs, de MM. TuévenoT, Corte, LERICHE, LATARIET, Bé-

RARD et PETIIEAN, DE TrissiErR, Macau», les thèses de Lyon de Monrer, MARTIN, ZEMB, MARNATA, VALENTIN (inspirée par M. Pavior), de DEcrer de Paris, LIÉNART de Lille, Marzrarp de Nancy... Dans tous ces travaux, il est abondamment prouvé que les rhumalisants chroniques sont souvent des tuberculeux de l'enfance, et que parfois la lésion tuberculeuse est «encore en évolution. Comment pourrait-on nier la valeur des arguments radiographiques apportés par les Observ. VIIT et IX où les lésions goutteuses et tuberculeuses s’intriquent dans la même jointure ; enfin, comment nier la réalité de cette cause du rhumatisme chronique après les observations que nous avons rapportées dans ce travail, et celles de M. A. Pic citées dans le Journal de Médecine de Lyon du 5 mai 1932. Mais à côté de ces « rhumatismes des memabres », existent d’autres affections arthropathiques qui peuvent être dues au bacille ; nous avons déjà parlé des spondyloses rhizoméliques, des rhumatismes vertébraux des tuberculeux, véritables bacilloses larvées de la colonne vertébrale qui se manifestent parfois par une sciaüque à forme radiculaire ; enfin, bien des morbus coxae senilis relèvent sans doute de la bacillose.

Le rhumalisme chronique a donc droit de cité dans les inflammations articulaires, à côté des arthrites dues au tréponème, au gonocoque, à d’autres causes infeclieuses ou toxiques.

Il manque évidemment l'argument fourni par la présence du bacille au niveau de la jointure malade, mais là, plus que pour toutes les autres formes, si les preuves - chniques doivent suffire, l'expérimentation, comme nous le verrons, apporte encore un précieux témoignage.

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