I. — LES PREUVES EXPÉRIMENTALES
Les preuves expérimentales du rhumatisme tubereuleux. ont été les premières étudiées. Les différents auteurs ont réussi à obtenir chez l'animal (cobaye, lapin ou chien) des lésions articulaires rappelant rexactement les lésions du rhumatisme tuberculeux de l'homme, en injectant à ces animaux, soit des cullures atténuées de bacille de Koch, soit des toxines bacillaires. Les premiers travaux de cet ordre sont sortis des laboratoires de Poncer et de S. ARLoOING; J. CourMoNT et L. Dor, chef de laboratoire de Poncer, en injectant des cultures de bacille tuberculeux de virulence atténuée à des lapins, obtiennent soit des arthrites fongueuses, soit des épanchements articulaires séreux, soit enfin, des sy-
noviles à grains riziformes, ces lésions coexistant parfois chez lé même animal, et vérifiées histologiquement.
MM. S. ArLonG et L. Trévenor obünren! jes mêmes résultats.
BroDEN signale au même moment, avoir obtenu chez le lapin, par inoculation expérimentale, des lésions articulaires qui vont du simple phénomène inflammatoire exsudatif, au véritable follicule tuberculeux ; l'examen analomo-pathologique des lésions articulaires de l’animal, lui révèle des groupements cellulaires rappelant le follicule tuberculeux. GoucEroT, en essayant de reproduire la typho-bacillose, par injection intra-veineuse de cultures homogènes à des lapins, observe que l’un des animaux présente une double arthrite séreuse des genoux. L'inoculation de ce liquide articulaire au cobave, est négative, mais pratiquée avec un fragment de synoviale, elle le tuberculise. LanpouzY, GOUGEROT ‘et San reprennent ces mêmes expériences sur 22 lapins, et obtiennent 2 cas d’arthrites séreuses des genoux. L'examen des lésions de l’un de ces animaux, révèle la présence de bacille de Koch. Le second animal guérit des arthrites, mais fait plus tard une tuberculose viscérale.
De même l'introduction dans lépiphyse fémorale du chien, de bacilles de Koch suffisamment atténués, provoque des arthriles séreuses totalement aseptiques, qui guérissent spontanément. Mais si, alors que tout est rentré dans l’ordre, on injecte sous la peau de ces chiens, en un endroit quelconque du corps, une quantité infinitésimale de toxine bacillaire, l'articulation précédemment lésée se congéstionne à nouveau, l’épanchement repa-
rait ; des réinoculations minimes de toxines bacillaires peuvent produire de fortes réactions, mais il faut que l'animal ait été précédemment tubereulisé « a minima », les animaux témoins ne réagissant pas. De même chez des lapins ayant reçu des injections intra-veineuses de cultures homogènes, l'introduction dans l'articulation d'une faible quantité de tuberculine provoque une arthrile aiguë transitoire et durable.
Domnici et OsrrowskY réussissent également à reproduire toutes les réactions congestives du rhumatisme {uberculeux, par l'injection de simple tuberculine.
On ne peut s'empêcher de rapprocher ces faits expérimentaux des observations publiées très récemment par F. BEzAnçow, observations de tuberculeux légers, présentant un rhumatisme articulaire tuberculeux (prouvé bactériologiquement) avec hypersensibilité considérable à la tuberculine.
L'action de la tuberculine sur les articulations a été interprétée de facon très différente. Elle peut, en certains cas, être considérée comme un véritable fait expérimental. Elle a été constatée pour la première fois par LANNELONGUE, qui publie dans le Bulletin médical de 1890, une observation de « complications articulaires chez un lupique traité par la Iymphe de Koch », et se demande si la tuberculine a créé des foyers tubereuleux à distance, ou réveillé d'anciens fovers préexistants. Nous verrons celte action spéciale de toxines bacillaires sur les séreuses articulaires, en étudiant les différentes réactions à la tuberculine.
VaupremEer plus récemment (en 1926) publie un fait expérimental qui tendrait à donner la raison de ces lé-
sions articulaires inflammatoires : l'injection sous la peau du cobaye de formes filtrables du virus tubereuleux provoque des péri-arthrites des genoux, déterminant des raideurs articulaires absolues, véritable « syndrome de Poncet ».
Enfin, ne peut-on considérer comme une véritable preuve expérimentale. l'observation du préparateur de PoLuiTZER : à la suite d’une piqûre anatomique se développent des tubercules, puis un rhumatisme subaigu ?
On peut conclure de toutes ces expériences, en omettant volontairement l’action de la tuberculine, que Île bacille de Koch de virulence atténuée, que ce soit en cultures homogènes, ou sous sa forme filtrable, est capable de reproduire chez l'animal absolument toutes les lésions du rhumatisme articulaire aigu, subaigu ou chronique.