‹ Le Rhumatisme Articulaire TuberculeuxChapitre 62 sur 74 · Inoculation au cobaye · texte numérisé non relu

Inoculation au cobaye

L'inoculation au cobaye est vraiment la pierre de touche du diagnostic du rhumatisme tuberculeux, et l'on n'aurait pas qualifié trop légèrement les travaux de Pox- CET d'hypothèses, voire de rêve, s’il avait pu étaver sa doctrine sur des Inoculations plus souvent positives. Ces insuccès s'expliquent aujourd'hui que l’on tend à praliquer beaucoup plus souvent des ponclions articulaires suivies d'inoculation et que l’on recherche systématiquement le bacille au niveau des ganglions simplement hypertrophiés.. Nous verrons en effet que la technique de celle recherche s’est sensiblement modifiée.

L. Dor avait déjà obtenu, au moment des travaux de Poncer, des inoculalions posilives, preuves très probantes, si l'on tient comple de la technique alors en vigueur, qui conseillait d'attendre longtemps le développe-

ment de la tuberculose expérimentale et permettait aux animaux d'expérience de cicatriser des lésions évidentes, mais légères. Au même moment, DiEuLAroY et GRIFFON, BarBier, Mician publièrent des résultats analogues. Mais, sous la poussée de trop vives critiques, l'étude du rhumatisme tuberculeux fut délaissée, A part le cas de rhumatisme articulaire publié en 1911 par Durour et ECaLLE qui obtinrent une inoculation positive, il fallut attendre ces dernières années, pour que l'on mit de nouveau à contribution ce précieux moyen de diagnostic. Les lésions anatomiques de la tuberculose du cobaye, en dehors des formes classiques : type Villemin et tuberculose septicémique, revêtent très souvent un type beaucoup plus atténué, forme purement ganglionnaire connue depuis longtemps et étudiée spécialement dans la thèse de V. Oumaxsky. Cet auteur rapporte deux observaüons, l’une de PaissEau et ViALARD (purpura rhumatoïde), l’autre personnelle (rhumatisme articulaire subaigu) où l'injection d’exsudats articulaires non fillrés, de sang et de fragments de synoviale, détermine chez l'animal une hypertrophie ganglionnaire débutant au pli de l’aine, | atteignant ensuite les ganglions lombaires, mésentériques, trachéo-bronchiques. Les lésions sont à leur maximum vers la 5° ou la 6° semaine et guérissent spontanément par la suite. Les ganglions sont petits, généralement du volume d’une lentille, parfois non perceptibles à la palpation, et décelables seulement à l'autopsie Il s'agit soit d'une vraie cirrhose ganglionnaire, soil d'un abcès sans aucune lésion caséeuse. La recherche Cu bacille à leur niveau se fait par examen direct, souvent difficile car les bacilles acido-résistants sont rares

et longs à déceler, soit plus couramment par réinoculation à un 2° ou à un 3° animal : ces passages successifs sont le plus souvent seuls capables de déceler le bacille de Koch dans le liquide injecté qui ne contient que des bacilles très atténués, sous la forme fréquente de l'ultra-virus. Ainsi que l'ont prouvé SANARELLI et ALESSANDRINI, l’inoculation de filtrats de cultures tuberculeuses ne révèle guère le bacille que dans les ganglions du 2° au 3° animal inoculé par passages successifs.

Ayant inoculé à d'autres cobaves des filtrats de cultures de bacille tuberculeux, Oumaxsky détermine des lésions ganglionnaires en tous points comparables à celles obtenues avec les sérosités articulaires ou le sang de ces deux malades ; il conclut à l'identité probable du virus inoculé et de l’ultra-virus tuberculeux. Nous verrons dans un autre chapitre que si l’ultra-virus est capable de déterminer les lésions inflammatoires du rhumaüsme tuberculeux, le bacille acido-résistant participe à la constitution de ces désordres. Il semble y avoir le plus souvent intrication de ces deux formes différentes du bacille de Koch.

En dehors de ces deux observations, nous avons relevé la publication de seize inoculations positives de sérosités articulaires ; nous rapprocherons de ces faits les cas de Baron et DuRAND, de LAFFORGUE, de SERGENT. soit. quatre cas de pleurésies para-rhumatismales, dont le liquide tuberculise le cobaye.

Mais on doit, en plus des exsudats articulaires, inoculer du sang : 5 ec. suffisent en général ; les résultats de cette méthode sont moins constants, pour de multiples raisons, mais surtout du fait de la toxicité

du liquide injecté. Les renseignements donnés sont précieux, car ils prouvent que la bacillémie existe réellement chez les rhumatisants : un grand nombre des observalions que nous citons, et la nôtre elle-même, concernent des cas de rhumatisme articulaire où l'inoculaüon de sang tuberculise l'animal. Il faut, pour le sang, comme pour les sérosités articulaires, rechercher très soigneusement le bacille au niveau des ganglions de l'animal et utiliser très largement les rémoculations.

Il faut donc, toutes les fois que cela est possible, inoculer systématiquement le sang et les sérosités articulaires de tout individu suspect de présenter un rhumatüsme tuberculeux, même si cette polvarthrite présente le tableau d'une maladie de Bouillaud franche. Il faudra Savoir prendre toutes précautions d’asepsie indispensable. La ponction est alors inoffensive, et peut donner des résultats du plus haut intérêt pour le traitement de l'affection en cours d'évolution.

Mais le virus tuberculeux est loin d'avoir toujours la. même virulence et le pouvoir pathogène du bacille responsable des diverses formes de rhumatisme tuberculeux est le plus souvent minime. Il v aurait Gonc intérêt, comme l'ont conseillé récemment NÈGRE, BoQuerT, VALTIS, SAENz, Van Diexse, d'adopter des procédés capables d’exalter la virulence du bacille et de permettre sa reproduction rapide dans l'organisme du cobaye : en effet, l'écueil auquel on <e heurte paraît être la réactivation du virus issu des liquides injectés, qui ne se reproduit chez l’animal le plus sensible qu'avec beaucoup de peine. On peut utiliser pour cela soit les injections d'extrait acétonique de bacille de Koch, soit l'injection intra-périto-

néale de phosphate de calcium précipité. Ces auteurs ont en effet prouvé que l'injection à des animaux de substances ciro-graisseuses issues du bacille tuberculeux rend plus rapide leur tuberculisation ; leurs animaux inoculés soit avec des filtrats de cultures jeunes, soit avec du liquide pleurétique ne se tuberculisent que par cette méthode, les animaux témoins ne réagissant nullement.

Ils ont aussi proposé d’injecter 48 heures avant l'inoculation ? cc. 1/2 d'une solution de phosphate de calcium précipité dans le péritoine du cobaye. Ils provoquent ainsi la formation d'abcès épiploïques, qui forment un véritable milieu de, culture in vivo. L'inoculation intrapéritonéale de filtrats de cultures jeunes ou de produits pathologiques donnerait un résultat rapide. Deux Jours après, on pourrait déceler de très nombreux bacilles acido-résistants, au niveau de ces abcès épiploïques. Personnellement nous avons, avec MM. H. Tiners et VINCENT, essayé d'inoculer selon cette méthode 10 cc. de liquide articulaire de notre rhumatisme tuberculeux à deux cobayes sans aucun résultat.

L'inoculalion au cobaye a une valeur absolue. Elle doit donc êlre pratiquée systématiquement, surtout dans les cas douteux. Ce ne sera que par des iInoculations faites en grande série que l’on arrivera à connaître mieux encore les diverse formes cliniques du rhumatisme tuberculeux. La technique sera la suivante : inoculation à plusieurs cobaves, faites avec le liquide articulaire : 2 à 10 ce. par animal. Inoculer en même temps plusieurs cobayes avec chacun 5 cc. de sang. Pratiquer une réaction à la tuberculine à ces animaux vers le 10-12° jour. Les sacrifier entre la cinquième et la sixième semaine

(Si possible, prélever les ganglions par biopsie). Rechercher les bacilles par examen histo-bactériologique et sur un frotiis du ganglion. Réinoculer en série ; ce n'est le plus souvent qu'au 2° ou 3° passage que les bacilles seront assez nombreux pour être décelés avec facilité dans les ganglions, où qu'ils auront repris une virulence suffisante pour déterminer une tuberculose expérimentale classique. La recherche des bacilles sur un frottis de ganglion doit être faite avec beaucoup de minutie et de patience. Il faut quelquefois regarder plusieurs heures la même lame pour les trouver.

Cette méthode est donc relativement difficile à utiliser, mais les résultats qu'elle fournit sont infiniment intéressants et méritent d'être recherchés avec persévérance.

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