‹ Le Rhumatisme Articulaire TuberculeuxChapitre 63 sur 74 · SA RECHERCHE PAR L’'HÉMOCULTURE · texte numérisé non relu

SA RECHERCHE PAR L’'HÉMOCULTURE

Le bacille tuberculeux peut être mis en évidence dans le sang des rhumatisants par l'inoculation au cobaye. Mais cette méthode est infidèle dans ses résultats, qui même au cours de tuberculoses évidentes, voire d'états « septicémiques » tuberculeux, ne sont pas constants. On conçoit que dans une tuberculose aiténuée. le bacille ne puisse être décelé que difficilenient dans le sang. Cette bacillémie existe pourtant et sans doute beaucoup plus fréquemment qu’on ne le pensait. Les résultats que nous avons publiés en sont la preuve.

Pourquoi ne peut-on la révéler plus facilement ? Cela üent à deux raisons.

Le bacille tuberculeux, sous sa forme acido-résistante et pathogène, est tout à fait exceptionnellement présent dans le sang, ainsi que l’affirment MM. F. ArLoncG et A. Durourr. |

L'état septicémique vrai existe, mais il se révèle rarement sous une forme cliniquement apparente.

De cette absence de manifestation clinique de la septicémie bacillaire, et de la forme anormale du bacille circulant, il résulte que la bacillémie est difficile à-prouver expérimentalement. ,

Le bacille se trouve parfois dans le sang sous sa forme et sa virulence normales, mais bien plus habituellement sous une forme de virulence atténuée. L'identité des lésions expérimentales, obtenues avec les filtrats de cultures bacillaires d'une part, et d'autre part avec le sang ou les liquides articulaires des rhumatisants, a permis d’invoquer la présence de l’ultra-virus dans le sang de ces malades. Il semble bien que cette notion soit juste dans un grand nombre de cas, et que le rhumatisme s'accompagne d'une seplicémie à virus filtrable, mais il est bien difficile de le prouver. :

Ces difficultés de l'étude de la septicémie tuberculeuse

ont donné l'essor à un autre procédé : l'hémoculture

qui vient d’être remise à l’ordre du jour par les travaux de Lôwexsren de Vienne : cet auteur soutient, contrairement aux opinions généralement admises, que la sep- Hicémie n'est pas un épisode transitoire, mais qu'elle est presque constante dans la plupart des tuberculoses connues . Son milieu de culture permettrait une réactiva-

tion rapide du virus responsable de la septicémie rhumamalismale et donnerait des résultats en un temps variant entre quinze jours à deux mois.

Nous ne décrirons pas la composition de ce milieu, ni la technique de l'hémoculture que l’on peut retrouver dans les publications de Lôwexsren. Cette question est en pleine étude, aussi ne ferons nous que citer les opinions des différents auteurs qui ont vérifié la valeur de celte méthode ; en concluant, nous n’aurons pas la prétention d'apporter une opinion définitive, car de nombreuses recherches doivent encore être faites.

Nous ne décrirons pas non plus les nombreuses méthodes de culture du bacille tuberculeux circulant que l’on a toutes essayé d'appliquer au diagnostic du rhumatisme tuberculeux. Il nous faut cependant citer l'inoscopie de Jousser procédé long et compliqué, où la digestion artificielle de la fibrine, le long séjour à l’étuve semblent justifier le reproche qu'on lui a fait de créer des causes d'erreurs.

Globalement, on peut dire que Jusqu'à LôWENSTEN, les différents auteurs n’ont abouti qu’à des échecs.

Hémocultüre de Lowenstein.

Lôwexsren et RerTrerR viennent de publier plus de 40 cas de rhumatisme articulaire aigu absolument authentiques, où l'hémoculture sur le milieu spécial qu'a créé Lôwensren donne des résultats constamment positifs. Ces hémocultures pratiquées avec du sang prélevé au début de l’affection, au moment de la grande poussée fébrile, en dehors de toute administration de salicylate

de soude, leur a révélé du bacille tuberculeux vivant et pathogène. Certaines de leurs hémocultures étaient mêmême appuyées d'inoculations positives au cobaye. Lôwensren conclut à l'existence d'une bacillémie non passagère, mais de longue durée.

Enfin, la culture des exsudats articulaires a donné, entre les mains de RerrreR, des résultats constamment positifs.

La publication de ces observations déclancha des recherches multiples, qui sont malheureusement en désaccord partiel, parfois absolu, avec les résultats de Lôwexsren. Il est encore impossible de prendre parti dans cette discussion encore pendante, mais on constate que les statistiques publiées donnent en général des chiffres oscillant entre 6 et 10 % de cas positifs. La proportion est parfois plus forte, lorsqu'il s’agit de rhumatismes articulaires aigus : le désaccord est néanmoins flagrant.

Le milieu de Lüwenstein, quoique fort complexe, est un excellent milieu de culture. Certains auteurs n’ont obtenu que des échecs, mais les contre-épreuves qu'ils ont tentées eux-mêmes leur ont prouvé que ce milieu est très favorable au développement du bacille. C’est ainsi que Cox de Berlin, MaxreurEeLz de Dusseldorf ont ense-

mencé eur le milieu de Lôwenstein : du sang pur avec.

résultat négatif ; du sang additionné de bacilles tuberculeux de cultures, de crachats bacillaires : chaque fois, le bacille a poussé rapidement. La culture des crachats

de tubercules, ou de sang de cobayes malades donne les

mêmes résultats.

Il nous faut cependant signaler la réserve que formule

Abe

Kanx : les globules rouges et les granules de leucocyies, saturés d'acide, peuvent présenter une grande analogie, tant par leur forme que par leur contenu chimique, avec les bacilles de la culture.

Il faut donc se méfier beaucoup de l'examen microscopique pratiqué isolémient et tenir compte surtout de l’examen macroscopique des cultures, pratiquer une inoculation du cobaye, qui vérifiera si l’on a réellement.obtenu un bacille vivant et pathogène.

Lance et LINDEMANN, Berry, KLoPsrock et SELIGMANN, BAGMEISTER et RUEBER, BRANTLE, SicoN, Muara et Gra- NETTI n'obtiennent que des échecs. Il en est de même de Bessau de Leipzig, qui cite 7 cas de rhumatisme aigu avec endocardite, où l’hémoculture faite par LôWENSTEN lui-même fut négative. Il en est de même de Con, Hor- GRAVES de Vienne, Kaniscn et, ENGEez de Berlin, Nirs Levin de Stockolm, Horsrer de Wurzbourg, dont les examens portant sur plusieurs centaines de cas sont tous négatifs, certains étant faits par l’auteur de la méthode. Tels sont les expériméntaleurs qui nient la valeur spécifique de l'hémoculture sur milieu de Lôwenstei.

Mais ce procédé ne mérite sûrement pas une telle défaveur, et sa valeur a été vérifiée, d’abord en France, puis à l'étranger.

A l'étranger, Banc obtient 37 % de ses hémocultures positives, K. MEYER 1/3 à 1/5, HaGer 10 à 21 %, SAEGLER 6 %, Laxc (Trieste) 5 %, Popper (Vienne) 20 %, JESSEN 17 à 42 %. FriEpa AgBr trouve du bacille tuberculeux dans 20 % de ses cas cliniques.

Domnco, sur huit rhumatismes subaigus, publie deux hémocultures positives. R. et Ev. Macn (travail du Iabo-

ratoire de LemierRe) obtiennent 6 hémocultures positives sur 60 échantillons de sang, de tuberculeux pulmonaires. Cinq ensemencements de sang de rhumatisants leur donnent 2 résultats.

Nanu, JoNEscO et STEFANESCO publient deux hémocultures positives sur 21 pratiquées. L'une d'elles a trait à un rhumatisme articulaire aigu, et l'inoculation des bacilles de culture au cobaye provoque une tuberculose viscérale caséeuse.

Coste et SAENz ensemencent une première série de 25 sangs ou produits pathologiques de rhumatisants sur milieu de Lôwenstein, et n’ont tout d’abord que des échecs. Plus tard, ayant ensemencé une nouvelle série de 300 échantillons de sang, SaEnz obtient 18 hémocultures positives.

Nous terminerons cette longüe liste en rappelant que MM. P. Courmonr, SÉDALLIAN et Naussac, sur une trenlaine d'hémocultures, ont obtenu deux fois du bacille tuberculeux à partir du sang de deux granulies infanüles. M. MEErsEMAN de Lyon, sur 6 échantillons de sang de rhumatisants cultivés, n'a eu que des échecs.

Enfin, très récemment, M. A. Durourr a obtenu une hémoculture positive chez un de ses rhumatisants.

Que faut-il conclure de tant d'indications diverses et souvent contradictoires ? Il apparaît une différence flagrante entre les résultats publiés par LôwENSTEN avec Rerrrer d’abord, puis avec HamBurGER, HoPriz, qui révèlent une bacillémie presque constante, et ceux des différents autres expérimentateurs.

Cette nouvelle méthode ne semble pas devoir justifier les espoirs que l’on avait fondés sur elle; et selon le mot

PP Mae

de LôWENSTEN lui-même, il faut encore de nombreuses années de travail pour pouvoir obtenir et interpréter les résultats de facon correcte.

Nous sommes autorisé à affirmer que l'inoculation reste encore le meilleur procédé pour déceler le bacille circulant, surtout si l’on élargit le cadre de la tuberculose expérimentale, en v introduisant la tuberculose ganglionnaire du cobave. L'inoculation donne des réponses à l'abri de la critique, et relativement fidèles, si l’on a soin de la pratiquer ainsi que nous l'avons indiqué.

Mais il ne faut pas dénier toute valeur au procédé de LÔWENSTEI : les manipulations sont longues, compliquées, et ne sont pas à l'abri d’une contamination accidentelle ; si elle n'est pas d'un intérêt immédiat en clinique, elle est des plus utiles pour l'étude clinique et expérimentale de la bacillémie tuberculeuse.

Cette méthode d'investigation devra donc être utilisée systématiquement dans tous les cas de rhumatisme douteux, car elle est inoffensive pour le malade, et pourra fournir de très utiles indications sur l’origine et la patho-

génie des polvarthrites bacillaires,

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