LE PROFESSEUR AGRÉGÉ P. TRILLAT
(2 semestres).
Introduction
Le rôle du bacille tuberculeux dans la genèse des diverses formes du rhumatisme a été, dès 1896, affirmé par Poxcer ; il n'étaya pas sa conception sur une simple : vue de l'esprit, mais sur une observation clinique pénétrante. Il sut utiliser dès cette époque, non seulement les données fournies par la clinique, mais encore les arguments que le laboratoire et surtout l’expérimentation purent mettre à sa disposition.
Avant ce maitre Lyonnais, les rapports de la tuberculose et du rhumatisme avaient été constatés parfois même commentés par quelques auteurs. Mais le grand mérite de Poncer fut d'affirmer, et de prouver qu'il ne s'agissait pas là d’une simple coïncidence, mais de manifestalions diverses d'un même agent infectieux. Pourquoi faut il que 35 ans plus tard, alors que les travaux de Poxcer trouvent leur consécration définitive par les progrès de la technique bactériologique surtout, on lui fasse encore de vifs reproches ?
Les uns affirment qu'il ne fut que le continuateur de ces devanciers ; les autres consentent à reconnaître son rôle de novateur, mais critiquent l'étendue qu'il voulut
donner à ses conceptions. Certes, il ne peut plus être
cuestion de « toxines diffusibles », mais le rôle du bacille atténué emporté par le torrent circulatoire, et « colonisant au niveau des articulations », ne répond-il aux idées actuelles ?
Ce qui nous paraît exagéré, selon le mot de notre maître, M. le P' A. Prc, ce sont assurément les critiques qu'on lui a adressées. .
Poxcer a démontré l’origine tuberculeuse de certains rhumatismes par la clinique d’abord, et nous verrons que ce sont ces lois qui s’avèrent «encore le meilleur critère au rhumatisme tuberculeux. Il n'existé qu'un élément de diagnostic absolument infaillible : l'imoculation au cobaye des liquides articulaires, ou du sang de rhumatisant ; on s'explique les nombreux échecs auxquels aboutit l’école de PoNcET, qui ne tenait compte que de la tuberculose expérimentale type VILLEMN, auJourd'hui que l’on sait que les inoculations faites au cours du rhumatisme, ne provoquent chez l'animal qu'une tuberculose ganglionnaire très atténuée, véritable cirrhose transitoire et curable, qu'il faut savoir rechercher minutieusement, et dont la véritable nature ne se révèle souvent qu'après deux, trois et même quatre réinoculations. Ainsi, longtemps après, le laboratoire vient démontrer la réalité des conceptions lyonnaises.
Nous tenons à remercier M. le Professeur A. Prc d'avoir bien voulu nous confier le sujet de cette thèse ; c'est un honneur qu'il nous a fait en nous donnant la tâche facile maintenant de résumer les idées qu'il défendit dès l'origine. Nous avons été assez heureux pour recueillir dans son service une observation où la réalité de la nature tuberculeuse d’un rhumatisme
ll <
articulaire aigu typique, réagissant admirablement au salicylate de soude, nous a été prouvée par des inoculations positives de sang, et de liquide articulaire. C’est une preuve de plus, qui s'ajoute à celles qui depuis quelques années plaident la cause, gagnée maintenant, du rhumatisme tuberculeux. Nous ne désespérons pas en avoir d’autres, par l'étude systématique de tous les cas de rhumatisme qui viendront à motre observation, car il reste une tâche à remplir : le rhumiatisme tuberculeux existe, mais il faut savoir dans quelle proportion la maladie de Bouillaud, les rhumatismes chroniques sont dus au bacille tuberculeux.
Nous remercions également M. le Docteur H. Trers, chef de clinique, pour ses conseils et les gages qu'il nous a donnés de son amitié, ainsi que M. le Docteur M. VixcenT, chef de laboratoire, qui nous a aidé de son expérience dans nos recherches bactériologiques.
Nous diviserons ce travail en 4 parties :
1°) L'historique où nous essaierons de montrer la progression croissante des idées, depuis 1800, jusqu’à Poncer.
2°) La partie clinique qui comprendra l'étude des relations du rhumatisme sous toutes ses formes, avec les diverses localisations de la tuberculose, et qui nous permettra de dégager quelques aspects cliniques du rhumatisme tuberculeux.
3°) L'étude des procédés de laboratoire en partant des plus anciennement connus tels que les réactions à la tuberculine, jusqu'aux données les plus récentes concernant la tuberculose ganglionnaire atténuée du cobaie
et l'hémoculture.
His SE
4°) Un essai pathogénique où nous envisagerons le rôle du bacille acido-résistant et du virus filtrable encore mal défini ; nous nous proposons également de soulever, à titre de simple hypothèse, le rôle de la sensibi- lisation individuelle aux corps bacillaires, ainsi que les raisons qui pourraient expliquer l'existence de ce « petit
mal tuberculeux » que. sont nombre de rhumatismes.