ANATOMIE
La dent, implantée dans son alvéole, est reliée aux parois osseuses du maxillaire, qui l’entoure, par un ligament le ligament alvéolo-dentaire.
L'ensemble de ces éléments : dent, alvéole, ligament, forme une articulation, bien définie. L'idée de cette articulation entre la dent et le maxillaire qui la recoit, est fort ancienne. Hunter, Cuvier, Oudet parlaient de gomphose (articulation à la facon d’un clou dans une planche).
Puis, Blandin, avec Cruveilhier et Sappey, refusèrent à ce mode d'union la valeur d’une articulation.
Avec Mailassez, Magitot, Colland, on revient à la notion d'une vraie union articulaire entre la dent et l’alvéole, et les auteurs actuels se rallient à cette notion.
Les éléments entrant dans la constitution de l’articulation alvéolo-dentaire, que Beltrami place dans la classe des diartro-amphiarthrose, sont : d’une part la racine (ivoire et cément) et d'autre part la paroïi-alvéolaire ; entre les deux : le ligament alvéolo-dentaire et l’espace de même nom. :
Le ligament est formé par un enchevêtrement de fibres allant, à la facon des fibres de Sharpey, du cément à l’alvéole et disposées er sens transversal ou obliques. Dans le voisinage du sommet radiculaire, les fibres s’assemblent en faisceaux séparés les uns des autres, délimitant des espaces dont le plus important est l’espace apical, et dont l’ensemble constitue l’espace alvéolo-dentaire. Des vaisseaux se distribuent dans le ligament, qui assurent en grande partie la nutrition des tissus dentaires.
L'existence de l’espace alvéolo-dentaire se révèle par des faits physiologiques et pathologiques : c'est la cavité arti-
4e Le
culaire, dans laquelle s'effectuent les mouvements de la dent, : en sens vestibulo-buccal, médio-distant, vertical (élévation, enfoncement, rotation).
L'existence de l'articulation alvéolo-dentaire étant parfaitement établie, il est donc tout à fait rationnel d’admettre, que son ligament puisse être le siège d’inflammations diverses, réunies sous lé nom d’arthrites alvéolo-dentaires ou : rhumatismes dentaires.
ÉTIOLOGIE
Il nous paraït utile, avant d'exposer sommairement la symptomatologie du rhumatisme dentaire en général, de dire un mot de son étiologie, telle qu’on l’envisage actuellement.
Des multrples discussions qui ont surgi à ce propos, il ressort que les infections dentaires, susceptibles de déterminer du rhumatisme au niveau même de la dent, et de provoquer dans l’organisme des infections à distance, se divisent en deux catégories : les lésions aiguës et les affections chroniques.
A. — Lésions aiguës
Parmi les lésions dentaires aiguës, que l’on peut incriminer, il faut placer : les caries pénétrantes suivies de pulpite avec gangrène pulpaire, et infection du canal dentaire : dans ce cas, l'infection, remontant le canal, gagne l’apex, qu’elle franchit, et suivant alors les parois externes de la dent, elle se propage entre celle-ci et l’alvéole, et frappe le ligament déterminant ainsi de la mono-arthrite, qui peut rester localisée à la dent seule ou, au contraire, s’étendre aux tissus voisins, en provoquant une série d'accidents, depuis la fluxion, jusqu'à la suppuration et la formation d'adénites ou d’adéno-phlegmons.
Cette affection entre pour une part assez importante dans l’étiologie du rhumatisme dentaire. Et là, n’est pas son seul inconvénient. Elle peut également engendrer des maladies infectieuses. Et, à ce propos, Joseph, Mendel a
Re An
rapporté quelques observations : sur huit hémocultures, qu'il a pratiquées dans cette circonstance, six ont été négatives, mais deux ont accusé la présence de streptocoques. A la vérité, ce sont-là des cas exceptionnels.
B.— Lésions chroniques
A côté des lésions dentaires aiguës, il faut placer les affections chroniques, que les Anglais et les Américains considerent comme une menace constante pour l'organisme, et que l’on peut diviser en trois groupes :
I. — Les gingiviles et les pyorrhées alvéolo-dentaires. — Dans la maladie de Fauchard, en effet, il existe des poches purulentes multiples, qui constituent une surface importante de résorption infectieuse, et au niveau desquelles s'établit un milieu de culture tout à fait favorable, pour l’évolution et la pullulation des microbes.
II. — L'abcès apical qui peut évoluer différemment, soit qu’il se draine par le canal, quand il s’agit d’une dent ouverte, ou par le ligament et l’alvéole, lorsque la chambre pulpaire et les canaux ont été primitivement obturés, le pus apparaissant sous la gencive, au collet même de la dent, et pouvant être mis facilement en évidence par une simple pression du doigt. Ce ne sont, d’ailleurs, par Îles seules évolutions de ces abcès, qui peuvent aussi s'ouvrir à n'importe quel endroit, parfois fort loin de la dent causale, et provoquer des trajets fistuleux, dont l’origine n’apparaît pas toujours d'emblée à l’investigateur.
A côté de l’abcès apical se place naturellement le granulome de Redier, qui peut évoluer fort longtemps sans donner lieu à de très nets symptômes, et qu'une radiographie seule permet souvent de dépister.
Pour les Américains, le granulome représente le type de la «lésion focale », de la maladie provocatrice de septicémies.
Ainsi entendu, le granulome est un kyste, qui se formerait à la base de toute dent dévitalisée aseptiquement. La
ER es
dent paraît saine, n’est point douloureuse, et seule la radiographie permet de constater la présence d’un granulome, auteur, non seulement de rhumatisme, mais aussi de néphrite, d’endocardite, etc.
L'école américaine, en effet, avec Duke, Keneth, Goadby et Billings, étudie depuis une dizaine d’années, les relations existant entre le rhumatisme et les lésions dentaires, et la thèse qu’elle présente, en ce moment, est la suivante :
Le rhumatisme est fonction d’une infection focale à distance, et en l’espèce, presque toujours d’une lésion infectieuse dentaire. Celle-ci est parfois patente et indiscutable, mais le plus souvent elle est torpide et atténuée, se masquant en général derrière des granulomes apicaux, que l’on considérait autrefois comme quasi-inoffensifs.
Lorsque l’examen clinique ne révèle rien, ni algies dentaires suspectes, ni ébranlement dans l’alvéole, ni pyorrhées, la radiographie, en montrant ces fines lésions de l’apex, presque toujours constituées sur des dents dévitalisées, révèle au médecin la signature étiologique de la maladie rhumatismale et lui dicte sa thérapeutique. Nous reviendrons plus tard sur cette thérapeutique, telle que les Américains la pratiquent et nous en montrerons les inconvénients.
III. — Il est enfin un {roisième groupe de lésions dentaires chroniques, susceptibles de déterminer à distance des acetdents infectieux, et que la radiographie seule permet de dépister. Il s’agit, en l’espèce, d’une dent dévitalisée aseptiquement dont les canaux ont été obturés avec toutes les précautions habituelles, et qui n’est le siège d'aucune douleur, ni spontanée, ni provoquée : pas de mobilité anormale, pas de sensibilité particulière à la percussion, qu'elle soit horizontale, ou verticale : en un mot, aucun des symptômes afférents à l’arthrite alvéolo-dentaire, en général.
Cependant si, sur cette dent, l’on vient à pratiquer un examen radiographique, on peut constater une zone de raréfaction apicale, se manifestant par l’existence d’une plage claire. Il faut être, en l'occurrence, très prudent et très circonspect et ne pas se hâter de faire un diagnostic précis sur cette seule donnée radiographique.
DOS peer