‹ Le Rhumatisme PsoriasiqueChapitre 39 sur 42 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

I — La fréquence des manifestations articulaires associées au psoriasis, le parallélisme que présente l’évolution de ces deux affections, la ressemblance qui existe entre les différents aspects de ce rhumatisme semblent permettre d’individualiser dans le cadre nosologique un rhumatisme psoriasique. L’étude des 14 observations que nous rapportons et de celles qui ont été publiées, nous ont conduit à distinguer quatre types principaux: une forme arthralgique, une forme hydarthrodiale, une forme chronique progressive généralisée, des formes localisées.

IT. — Au point de vue clinique, le rhumatisme psoriasique se présente comme une maladie à poussées : au cours de celles-ci, il affecte volontiers l’allure d’un rhumatisme subaigu et peut même simuler, de par ses manifestations articulaires, la maladie de Bouillaud. La fréquence des manifestations hydarthrodiales y est grande, nous les retrouvons dans plus de la moitié de nos observations. Ces poussées sont fébriles et suivies d’une instabilité thermique persistante.

IT. — Au point de vue radiologique, ses aspects sont variables. La lésion de beaucoup la plus fréquemment observée est une décalcification osseuse qui peut être considérable. Les tissus mous avoisinants semblent, au contraire, se charger de sels de chaux. S’associant aux lésions précédentes, on peut trouver des zones de décalcification circonscrites et juxta-articulaires du type Sudek-Kienbock, ou des pertes de substance du rebord articulaire : érosions en « coup d’ongle », aspect en « dents de scie », destruction du rebord osseux. Ces lésions, comme toujours, sont tout particulièrement visibles au niveau des extrémités des phalanges. L’interligne articulaire est rétréci. I peut disparaître complètement. On a pu même observer entre ces os des fusions complètes.

L’ostéo-arthrite dégénérative peut s’associer au psoriasis, mais il ne s’agit que d’une simple coïncidence. Nous ne pensons pas que ce type anatomo-clinique puisse être rattaché au rhumatisme psoriasique, qui ne présente pas de tendance à l’hyperostose. Les « becs de perroquet » sont tout à fait exceptionnels, cependant au niveau de la colonne vertébrale s’observent avec fréquence des calcifications ligamentaires pouvant donner naissance à des aspects radiologiques assez comparables à ceux de la spondylose rhizomélique, confirmant l'observation faite par F. Bezançon et Mathieu-Pierre Weil que chaque articulation réagit selon des modalités réactionnelles qui lui sont propres.

IV. — La formule sanguine des malades atteints de rhumatisme psoriasique se caractérise par l’absence d’hyperleucocytose, d’hyperpolynucléose et la persistance d’un taux normal ou légèrement augmenté de polynucléaires éosinophiles.

La réaction de sédimentation globulaire est toujours accélérée, souvent même de façon considérable en dehors de toute poussée évolutive. Par contre, la réaction de Vernes à la résorcine ne va pas toujours de pair avec elle.

V. — Nous ne saurions, à l’heure actuelle, nous rallier à la théorie nerveuse, aucune preuve anatomique, aucun fait clinique n’y autorisent. La théorie diathésique n’est pas plus justifiée, Si nous comparons les résultats des examens que nous avons pratiqués, renseignant sur la teneur et l’équilibre chimique du sang, nous constatons qu’ils sont tous normaux ou voisins de la normale et que les rares modifications rencontrées semblent disparates et sans signification pathogénique. On ne peut les rattacher ni au psoriasis ni au rhumatisme, elles paraissent relever d’un

trouble individuel.

VI. — La théorie endocrinienne si séduisante manque de preuves. Nous avons été cependant tenté de rechercher du côté parathyroïdien l’origine de ce rhumatisme. Bien que, contrairement à certains auteurs (M. Labbé), il ne nous ait jamais été permis, chez 12 de nos malades, de mettre en évidence de

modifications de la calcémie, deux fois une exploration parathyroïdienne a été réalisée, elle n’a été suivie d’aucun résultat appréciable.

VII. — En faveur de l'infection on peut invoquer l’évolution de la maladie qui se fait par poussées, surtout la très grande fréquence des hydarthroses, la courbe thermique dont l'instabilité persistante rappelle celle de certaines manifestations tuberculeuses. L’aspect des lésions radiologiques, l'importance de la décalcification des épiphyses, les pertes de substance au voisinage du rebord articulaire, l’effacement de linterligne articulaire sont dans la note des arthrites infectieuses.

VIIL — Si parmi les infections il en est une qui mérite plus particulièrement de retenir l'attention, c’est la tuberculose.

Dès 1907, notre Maître Milian a montré que les injections de tuberculine déterminaient souvent chez ces malades des poussées fluxionnaires localisées ou généralisées.

Nous-même, dans deux cas de psoriasis, avons pu mettre en évidence par hémoculture des microcolonies de bacilles acido-alcoolo-résistants. Chez un de nos malades, l’hémoculture s’est montrée positive par deux fois à deux mois d'intervalle. Cependant, il convient d’être très réservé dans l'interprétation de ces faits, car il ne nous a pas été permis de repiquer ces microcolonies qui se sont montrées dénuées de carac-

tères pathogènes vis-à-vis du cobaye. Ces constatations semblent toutefois venir à l’appui de certains résultats rapportés par Courmont, Gaté et Michel, et plus ré. cemment par Weissenbach et Martineau. Ces derniers ont pu isoler le bacille de Koch du liquide articulaire d’un rhumatisme psoriasique.

Mais bien que chez la plupart de ces malades, 8 fois sur 14, on trouve des lésions de tuberculose, le plus souvent fibreuse, il est difficile d’apporter la preuve bactériologique de la nature de l'affection (nous n’avons pu isoler qu’une seule fois le bacille de Koch de l’expectoration d’une de nos malades).

IX. — Alors même que la nature tuberculeuse de certains cas de rhumatisme psoriasique serait définitivement démontrée, on ne saurait oublier l’hypersensibilité de la peau du psoriasique qui réagit à toutes sortes d’excitations d’origine externe ou interne, par l’apparition de réactions qui lui sont propres (c’est le phénomène de Kæœbner). Une prédisposition cutanée et sans doute articulaire peut donc exister chez ces malades hypersensibles, non seulement à la tuberculose mais à tout un ensemble de facteurs infectieux, protéiniques ou autres.

On est donc amené à considérer que le rhumatisme psoriasique ne constitue pas une entité morbide à étiologie et pathogénie univoques, mais qu’il peut représenter une réaction allergique de malades hypersensibles ou hyperergiques, non seulement au bacille de Koch, mais à d’autres protéines.

ST

X. — La grande tendance que présente le rhumatisme psoriasique à se généraliser le distingue des arthrites infectieuses ordinaires et le rapproche, au contraire, des rhumatismes chroniques généralisés. On a l’impression que les facteurs constitutionnels imprécis qui conditionnent chez la femme cette généralisation se retrouvent chez l’homme atteint de psoriasis. C’est un fait qui ne peut manquer de retenir l’attention, car il est exceptionnellement observé chez les sujets masculins.

Vu : Vu :

Le Doyen, Le PRÉsipewr, G. ROUSSY. F. BEZANÇON.

Vu et permis d'imprimer Le RECTEUR DE L'AGADÉMIE DE Paris,

S. CHARLETY.

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