INTRODUCTION
C’est en 4897, dans une communication à l’Académie de médecine et au Congrès de chirurgie, que M. le professeur Poncet fit savoir ce qu'était le rhumatisme tuberculeux. Avant lui, de nombreux auteurs, Bouillaud, Bonnet, Charcot, avaient parlé de ces formes anormales de certaines affections des articulations, à évolution différente de celle du rhumatisme articulaire aigu franc; ils avaient constaté fréquemment des antécédents de scrofule chez certains individus qui en étaient porteurs et qui mouraient souvent de généralisation tuberculeuse. Après eux, Beau, Pollock, Gubler, Powel, Laveran, décrivirent des pseudorhumatismes, dont les caractères cliniques les différenciaient des arthrites rhumatismales. Mais aucun n’avait jamais songé à établir une relation de cause à effet entre les antécédents bacillaires et l’apparition de ces manifestalions articulaires, lorsque le professeur Poncet donna la définition de ce qu’il appela d’abord le pseudo-rhumatisme infectieux d’origine tuberculeuse. «Il est constitué, « disait-il par un ensemble de manifestations articulaires, « dues vraisemblablement aux toxines du bacille de Koch et pouvant se produire chez tout tuberculeux ou en instance de le devenir, manifestations articulaires caractérisées, non pas par des ramollissements, des fontes purulentes, des fongosités suppurantes ou destructives
PRES & comme dans la tumeur blanche ordinaire, mais au « contraire, par des lésions irritatives, à tendance fibro- « plastique, analogues à celles des pseudo-rhumatismes « infectieux, dont elles peuvent cliniquement revêur « toutes les formes, depuis la simple arthralgie jusqu’à « l’ankylose complète. »
Plus tard, il proposa d'abandonner, ou du moins de reléguer au second plan la dénomination de pseudo-rhumatisme, pour faire prévaloir celle de rhumatisme tuberculeux, de la même façon qu’on dit rhumatisme blennorhagique, scarlatin, etc.
Depuis 1897, de nombreuses publications et de nombreuses thèses ont paru sur la question, qui ont fait admettre ce rhumatisme d’un nouveau genre, dans Île cadre nosologique. Qu'il nous soit permis de rappeler seulement les noms de MM. Bérard, Patel, Dor, Mailland et des élèves de la clinique chirurgicale de l'Hôtel-Dieu de Lyon. Pour notre part, ayant, pendant les années 1901, 19092, 1903, assisté à la présentation de nombreux malades atteints de cette affection, dans ses diverses formes, nous nous sommes convaincu de la vérité de ce fait, qu’on pouvait rencontrer des manifestations articulaires chez des individus infectés par la tuberculose, même légère, et nous avons pensé qu'il serait peut-être intéressant de rechercher s’il n’existait pas des cas de rhumatisme tuberculeux chez des individus atteints de tuberculose de la peau (lupus et tuberculides), de la même façon qu’on observe des cas de rhumatisme gonococcien, streptococcique ou infectieux quelconque chez des individus ne présentant que des manifestations atténuées de l'infection blennorhagique, puerpérale ou autre, toutes susceptibles
As de déterminer secondairement dans les jointures un processus réactionnel.
Nous ne nous dissimulons point que notre contribution sera modeste : Pexpérience nous manque. L'idée première de ce travail revient à M. le professeur Poncet, dont nous avons été l'élève assidu, pendant trois années à Lyon. En le remerciant de la bienveillance qu’il a bien voulu nous témoigner et de lhonneur qu'il nous fait en acceptant la présidence de notre thèse, nous le prierons d’excuser notre Imexpérience, si malgré toute notre attention et tout notre soin, nous n'avons pu recueillir un plus grand nombre d'observations.
Notre premier chapitre essaiera de donner uné explicalion pathogénique du rhumatisme tuberculeux lorsqu’il survient chez des malades atteints de lupus ou de tuberculides ; dans un second chapitre nous envisagerons la fréquence de ces manifestations articulaires et les formes cliniques les plus fréquemment rencontrées. Le diagnostic, le pronostic et le traitement feront l’objet du dernier chapitre.