Le P. Daniel, Milice françoise, t. II, p
2. « Et à laquelle il fait faire garde devant son logis aux lieux où il va », « Journal » d'Arnauld d'Andilly de 1623, Bibl. de l'Arsenal, ms. 5181, fol. 47 v°.
3. Nombreuses mentions dans lléroard, Bibl. nat., ms. fr. 4027, fol. 169 r°, 182 v°, 187 v°, 188 r°, 243 r°, etc.
4. Véritable relation de ce qui s'est passé de jour en jour au voyage du roi, 1620, Paris, 1620, in-12, p. 48 (Récit officieux que nous avons des raisons de croire avoir été rédigé par l'historiographe C. Bernard).
grande représentation militaire : on voyait en ligne dix bataillons d'infanterie et seize escadrons de cavalerie — chaque bataillon ou escadron formant un carré, les premiers offrant des forêts de piques qu'entouraient les mousquetaires. — A un signal donné par le souverain, les carrés s'avançaient sur un même front, puis, faisant quart de conversion à droite, les dix bataillons d'infanterie allaient en liane de file, se dégageant de la cavalerie qui se groupait en deux corps et le défilé suivait, les cavaliers l'épée au poing-, par escadrons, l'infanterie « par trois divisions, deux de mousquets, et une de piques »*. Ces sortes de revues étaient exceptionnelles. Dans les autres, plus pratiques, Louis XIII inspectait et regardait de près. Une fois la présentation terminée, par bataillons, il faisait rompre les formations et chaque compagnie défilait devant lui, fifres et tambours en tête, capitaine, lieutenant, enseigne, sergents, caporaux et anspessades chacun à leur place, les hommes deux par deux. Le souverain, à cheval, était tlanqué de deux commissaires des guerres qui comptaient les hommes à mesure. Il était impossible de ne pas s'apercevoir si les compagnies n'étaient pas au complet ou n'utilisaient pas des passe-volants. Louis XIII procédait à l'improviste à des revues de ce genre qui effrayaient beaucoup les officiers. Près de Poitiers, en 1620, il opéra de cette façon sur la petite armée qu'il conduisait : la séance dura huit heures : la patience du roi ne se lassa pas 2.
1. Nous prenons la description de cette revue dans les Mém. de Puységur, éd. Tamizev de Larroque, t. I, p. 79. Cf. Mercure françois, 1620, p. 327.
2. Véritable relation de ce qui s'est passé au voyage du roi, Cordeaux,
Ce qui rendait ces inspections dangereuses était que le jeune prince avait une parfaite mémoire de tous les officiers, voire même de beaucoup de soldats. À cette revue de Poitiers, « l'on fut étonné de lui entendre nommer tous les chefs ». Personne ne paraissait au courant comme lui de l'état des corps : il savait les mérites et les démérites de chacun : il estimait nécessaire de bien apprécier le fort et le faible d'un lieutenant ou d'un capitaine, de manière à savoir ce qu'il aurait à répondre si l'on venait demander pour lui une faveur. Il se plaisait surtout à étonner par cette connaissance qu'il avait d'anciens soldats blanchis sous le harnais l. « On a tenu pour une excellente partie aux généraux d'armée, écrivait Bernard, de connoitre bien leurs capitaines et ceux qui ont eu quelque commandement sous eux : le prince ne les connaissoit pas seulement mais il savoit signaler les principaux soldats des vieilles troupes, les figurant par leurs gestes, leurs allures et par l'estime qu'en faisoient ceux qui les avoient en charge2 ».
Puis, ce qui achevait de rendre ces revues détaillées inquiétantes, était que Louis XIII prenait îles sanctions immédiates. Si une compagnie ne comportait pas le nombre d'hommes réglementaire, — le trésor se trouvant paver par là à un capitaine peu délicat la solde et l'entretien de plus de soldats qu'il n'en avait réellement,
1620, in-12, p. 49; C. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. 1, p. 100. • Il étoit prince très clairvoyant, conclut L'historiographe, et devant lequel il ne falloit point penser que les fautes pussent être celées. »
1. Véritable relation, loc. cit.: Malingre, dans Matthieu, Histoire des troubles. 1022, in-4°, p. 069; Gaspart, Thrésor de l'histoire générale de notre temps, Paris, 1023, in-X", p. 331.