Uentivoglio, Leltere, 1863, t. I, p
2. Ibid., p. 43. Cf. Arnauldd'Andilly, Journal, éd. Halphen, 1857, p. 244; Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 16; lettre de M. Péricard, agent diplomatique à Bruxelles, à Mangot, du 20 janvier 1617 (Bibl. nat., ms. Clair. 372, fol. 29 r°): lettre fie Concini à P.ichelieu du 20 mars 1617
E. Charavay, Collection de lettres autographes du règne de Louis .Mil, Paris, 1873, in-8°, p. 32).
3. Propos tenu par Barhin aux commissaires Aubry et Le Bailleul (Chaulnes, Relation exacte, p. 469).
comme garde des sceaux, tout ce que les Concini voulaient1. Celui qui fut encore le moins difficile, ce fut Richelieu : il prenait la défense du maréchal : « Je ne ferai point ici une apologie, écrivait-il le 12 avril 1617 a du Maurier, pour justifier les actions du maréchal que celui dont vous me parlez s'efforce de blâmer, pouvant dire avec vérité être telles qu'elles démentiront toujours ce qu'on voudroit publier à leur désavantage"» Il déclarait à ceux qui s'indignaient de la faveur de l'Italien ■ « Les rois font du bien à qui bon leur semble sans qu'on s'en, puisse plaindre, principalement quand les faveurs qu'ils départent aux uns n'empêchent pas qu'il n'en fassent aux autres3. » De sa plume, il répondait aux réquisitoires des grands, révoltés contre la tyrannie de Concini, des plaidoyers habiles, étudies, quoique imprécis*. Nul n'apporta plus d'ardeur que lui à poursuivre par les armes les adversaires soulevés du c< favori ». Il se montra excité au dernier point, ne parlant de rien moins que de jeter dans la balance le poids de toutes les forces du royaume afin devenir à bout de la révolte. « Mais si les protestants s'en mêloient? » lui disait quelqu'un; « alors répondait-il, nousferions entrer le marquis de Spinola en France avec l'armée d Espagne, et s'il le falloit, nous ferions appel aux Turcs»*. Ce°s exagérations témoignaient de la vivacité de son dévouement. 11 manifestait ce dévouement par le ton
1. Le Roi hors de page à la reine mère Paris 1617, in-12, p. 15. 9 Avenel Lettres de Richelieu, t. \ H, P- -ito.
ms. ital! 1771, p. 39), Bentivogho, Lettere, t. I, p. loO.
obséquieux de sa correspondance. On trouvera plus tard au milieu des papiers de Concini des lettres adressées par lui au maréchal telles que le Parlement indigné voudra compromettre Richelieu dans le procès criminel intenté contre Léonora Galigaï et que le procureur général prendra des conclusions contre lui. C'étaient de « simples civilités », répondra Richelieu1. Vers la fin de la vie du maréchal, après quelques querelles inévitables avec celui-ci, les sentiments de l'évêque de Luçon s'étaient modifiés.
Réellement maître, dans ces conditions, du gouvernement du royaume, Concini ne cacha plus qu'il était le véritable souverain. Il fit l'homme omnipotent! On lui donna du « Monseigneur » et de « Votre Excellence » ! Il organisa une garde de quarante gentilshommes qu'il payait mille livres chacun, de douze soldats qu'il costumait en laquais et qu'il affublait de grandes épées. Par crainte ou par amour, tout le monde se mit à « adorer le veau d'or »2; on sollicita ses faveurs. Finalement, le Louvre « se trouva rempli de ses serviteurs ». Vrai « maire du palais », il était parvenu à « tirer à lui
1. Nous connaissons les incipit et les dates de ces lettres : Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 254 v°. On en publia des extraits (Chapitre ■ime de làse-majcsté royale auquel sonl recueillies les charges qui sont au procès fait à Conchino, in-fol., p. 3; B. Legrain, Décade commençant Vhistoire de Louis XI II, p. 411). Le procureur général réclamait la comparution de Richelieu. Nous avons le texte de ses conclusions (Bibl. nat., ms. ital. 1771. p. 242; cf. la dépêche de l'ambassadeur vénitien, Ibid., p. 231, et Bentivoglio, Lettere, t. 1, p. 352). Louis XIII voulait poursuivre. Le premier président, M. de Verdun, l'en dissuada (dépêche de l'ambassadeur vénitien du 16 juillet 1617, Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 275). Voir le plaidoyer ébauché plus tard par Richelieu (Avenel, t. VIL p. 116) et ce qu'il dit dans ses Mém. (t. I, p. 181). Finalement, Louis XIII estima que des compliments avec soumission n'étoient pas des crimes » (lettre ;i Richelieu, Arch. des AIT. étr., France 771, fol. 155).
J. lu ■■.,urt sur l'arrivée de Monsieur le duc de Lowjueville, Amiens. 1617,
la domination entière de l'État, ne laissant à Sa Majesté que le titre et l'image de la dignité royale ». Il avait voulu « s'accroître, s'agrandir et régner seul sous l'ombre du roi », il y était arrivé !
Sa domination revêtit les formes de la plus odieuse des tyrannies. Il acquit « les belles qualités des puissants : le mépris de tous les autres hommes, la colère, l'impatience, la promptitude à faire injure au premier venu et l'oppression des plus faibles qu'il rendit ses esclaves w1! Il trancha du personnage, refusant les audiences qu'on lui demandait, exigeant des marques de respect et se mettant hors de lui si on négligeait à son égard le moindre signe de révérence 2. Il devint de plus en plus irritable. Des espions, payés par lui, l'informèrent de ce qui se faisait et de ce qui se disait à la cour, à la ville, dans les provinces. De son autorité propre, il fit emprisonner des gens 3. Il s'avisa de publier des ordonnances, de signer des mandements par lesquels il imposait aux villes des contributions pour ses troupes*. Il voulut même faire marcher la justice, mais cette
in-12, p. 3, et dépêche d'O. Bon du 11 oct. 1616 (Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 58). Des gens protestaient (« Discours contre les flatteries prodiguées au maréchal d'Ancre, par le sieur A. », Bibl. nat., ms. Dupuy 501, fol. 5).