C. Bernard, op. cit., t. I. p
2. J. Danès, Toutes les actions du règne •/<-■ Louis XIII, p. 382. Qanèa écrit ces lignes après avoir raconté l'ineident précèdent : i En l'année 1621, dit-il, le mi estant vers Tonneins, il arriva un grand déluge d'eau ■. ei<-.
. Bernard, op. cit.. t. 1, p. 235.
4. Lettre de Louis XIII a Anne d'Autriche, Bibl. aat., Cinq Cents Colbert 98, p. 137. <lf. Boite! de Goubertin, Histoire des guerres </<■ Louit men, Hi22. in-8°, p. 031.
nant dans une méchante métairie où il avait à peine de quoi manger, et ne trouvant, pour coucher, « qu'un châlit et de la paille qui, la nuit précédente, avaient servi à quelques-uns de ses ennemis, » il faisait jeter sur cette litière une de ses casaques de chasse, s'enveloppait d'un grand manteau et s'étendait tel que, pour dormir : c'était de la rusticité1.
Il est indifférent aux intempéries. Nous venons de le voir subir, sans rien dire, de fortes chaleurs, bien que celles-ci lui soient particulièrement désagréables et a^sez dangereuses. Il supporte la pluie. En maintes occasions, lorsqu'on le voit marcher sous des ondées interminables, qui le transpercent, on le supplie de prendre quelques précautions, de se mettre à l'abri en montant dans son carrosse ; il refuse, prétextant toujours qu'il doit donner l'exemple. Près de Caen, en 1620, il fera défiler ses troupes et demeurera trois heures immobile, à cheval, sous une pluie battante, sans vouloir ni rompre le défilé ni se retirer 2. Le cas le plus remarquable a été un orage extraordinaire que l'armée subit en 1621, près de Tonneins, en marchant sur Montauban. « L'on ne pouvoit voir, disait Bernard, plus grand déluge. Tout le pays d'alentour en étoit submergé : chacun se sauvoit en désordre où il pouvoit. » Les rivières étaient débordées; « les gens de cheval en avoient jusqu'aux
1. G. Bernard, op. cit.. t. I, p. 321 et 322. Voir encore : Mercure fran- 1620, p. 336: Véritable relation de ce qui s'est passe dr jour en jour
au voyage du roi. 1620, p. 40; T. de Berton, la Voye de lait ou le chemin du héros au palais de la gloire, Avignon, 1623, in-4°, p. 213.
2. Boite! de Goubertin, op. cit., p. 494. Une fois, à Vincennes, où il construisait un fort, et surveillait les travaux, « il pleuvoit, il ventoit; le roi méprisoit; il supportoit facilement tout. » Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 398 r°.
sangles ; de l'infanterie, plusieurs avoient ôté leurs habits, les portant avec leurs armes sur leurs tètes. » Le roi, avec ce qui lui restait d'escorte, s'étant arrêté devant un ruisseau, le Tolosat, qu'il ne pouvait traverser en raison de la crue, avait envoyé en amont et en aval chercher un passage ; « il attendit deux grosses heures durant, raconte Héroard, et cependant la pluie, invariable en impétuosité et abondance, tomboit sur lui, qu'il enduroit et n'ayant jamais voulu se mettre à couvert, disant que les autres n'y étoient point ». Devant l'impossibilité de franchir le Tolosat, le roi finit par trouver asile dans une propriété du baron île Fumel. Mais là, il ne put ni se changer, ni se débotter, n'ayant pas de vêtements sous la main. Et encore était-il plus inquiet de l'état de son armée que de lui-même '.
Ce calme et cette maîtrise de soi qu'il manifestait ainsi à l'égard des intempéries, Louis XIII en faisait preuve surtout au feu. Il a été un soldat intrépide.
A l'inverse de son père, Henri IV, qui vaillant cavalier, chargeant à fond, emporté par la griserie de la bataille, était moins capable de demeurer immobile au milieu des boulets et des balles où il se signait et pâlissait un peu-, Louis XIII ne chargeait pas, mais
1. Les détails nous sont donnés par le- <leux témoins oculaires, Béroard (Bibl. nat., ms. fr , 4026. fol. 470 v°) et G. Bernard (Hist. </, /. i - MU, t. I. p. 200). Le roi voulait, écrit ce dernier, « donner a ions gens un exemple de patience et de travail. » Le public connaissait ippréciait I— mérites sous ce rapport de Louis XIII: Qénét proposition d'un gentilhomme françois à toute la noblesse de France en lu personne de em.e qui sont de présent ■'• Paris pour servir le roi en in guerre conter i, Paris, Mettayer, 1621, in-12.
re dans les Économie» royales '!<• Sully, «Mitre autres, la curieuse de Montmélian, eu 1600 (éd. Petitot, t. III, p. 382 .
il se montrait d'une impassibilité stoïque devant le danger. Il ne craignait pas \ A Luynes, qui tâchait de l'empêcher d'entrer à Ghatellerault sous prétexte qu'il était imprudent, au moment où les protestants du royaume étaient « enragés » contre le gouvernement, à propos des affaires du Béarn, de pénétrer dans une ville huguenote avec, seulement, trente chevaux de poste, il répondait : « Entrons, je vous réponds de notre sûreté » 2. Une fois où, se trouvant à la chasse près de Tours, « une grosse couleuvre, longue environ de quatre pieds, venait droit à lui à grands élans, on lui cria qu'il eût à prendre garde : il la vit à six pas près » ; froidement, il coucha en joue de son arquebuse et tua la bête : il ne tremblait pas 3.
Tous les contemporains sont d'accord pour affirmer sa placidité dans les circonstances les plus dangereuses. Il garde « un visage ferme et assuré », Il sourit même des appréhensions des autres *. De campagne en campagne, il n'est siège auquel il ne s'expose, affaire dans laquelle il ne s'aventure pour essuyer le feu des projectiles. En 1620, devant Caen, il ira à la tranchée, malgré les observations de son entourage, « sera salué d'une douzaine de mousquetades qui tomberont à ses pieds ou à ses côtés; il se prit à rire d'un qui s'était laissé tomber d'effroi, considéra les tranchées et où
1. X. Pasquier l'appelait un « vrai nourrisson de Mars, aguerri, infatigable » (Lettres, Paris, 1623, in-8°, p. 761).
2. En novembre 1620, Bassompierre, Journal, éd. Chantérac t II p. 226. ' ' '
3. Le 12 septembre 1619, Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 213 r°.
4. Dépèche de Pesaro du 13 mai 1622, Bibl. nat., ms. ital. 1778, p. 167; I. Dupiney, Panégyrique présenté au roi le jour de sa naissance, (s. 1. n. d.),in-12, p. 51.
l'on faisoit les batteries, et ne se pouvant lasser d'être en ce péril et de considérer la place, on le força d'en sortir » '. En 1G2I, au siège de Clérac, « Sa Majesté s'arrêta à la portée des mousquetades de la ville, et fallut qu'on la forçat de changer trois fois de place à cause que plusieurs gentilshommes étoient blessés au derrière ou à côté de sa personne » -. 11 semble qu'il éprouve une joie spéciale à sentir la poudre et à entendre le bruit «les combats. Devant Montauban, il s'avance assez pour qu'un boulet vienne tuer un laquais à ses côtés, sans qu'il paraisse autrement ému3. Sa conduite devant Rovan, en 1622, fit le sujet des conversations de toute l'armée. Il s'était levé à quatre heures du matin afin d'aller, avec M. d'Epernon, examiner l'état «les travaux d'approche; il monta trois ou quatre fois sur les banquettes des tranchées et se tint si longtemps à découvert que « nous frémissions, déclare un assistant, du péril où il se mettoit avec une plus grande froideur et assurance qu'un vieux capitaine n'eût su faire ». Il remonta à cheval, rentra : il passait par un endroit assez en vue, lorsqu'un boulet sifflant à deux pieds au-dessus de sa tête, vint s'enfoncer dans le sol. « Mon Dieu, Sire, s'écria Bassompierre, ce boulet a failli vous tuer! — Non, pas moi, répondit Louis XIII, mais M. d'Epernon. »
1. Véritable relation de ce qui s'est passé de jour en jour au voyage du roi, Paris, 1620, in-12, p. 18; le Voyage du roi en Normandie, p. 15.