‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 113 sur 349 · Mercure français, 1621, p · texte numérisé non relu

Mercure français, 1621, p

3. Héroard, Bibl. nat., rns fr. 4026, fol. 504 v°, 17 octobre 1621. Un auteur contemporain (D'Hostal de Roquebonne, UAvantrvictorUux , Orthez, \. Royer, 1610, in-12, p. 215) cherche à rendre l'effet d'un combat du temps; il qous parle du tumulte au milieu duquel on perçoit •• le tan-tan-tai mpettes, le bouron-bouron-bon des tambours, donnedonne >\<-> balles, tue-tue (de la charge), Foudres et tonnerres des canons,

es d'arquebusades, fracassis de- lances, cbic-chacs d'épées

11 n'avait pas baissé la tête. Comme tous ceux qui étaient près de lui s'écartaient vivement, il ajouta en riant : « Comment avez-vous peur que la pièce tire encore! Il faut qu'on la recharge de nouveau! » « Sans flatterie ni adulation, disait Bassompierre, je n'ai jamais vu un homme, non un roi, qui fût plus assuré. Le feu roi, son père, qui estoit en l'estime que chacun sait, ne témoig-noit pas une pareille assurance ! ' »

Louis XIII s'est trouvé au milieu de paniques : il y a fait excellente figure. A Longuetille, devant Monheurt assiégé, le 13 décembre 1621, s'éleva soudain, Arers les deux heures de l'après-midi, un bruit de combat et de coups de mousquet; ce fut un sauve-qui-peut général : le roi, s'armait vivement : le grand prévôt lui dit : « Si Votre Majesté se veut retirer, l'on peut faire ici deux cents chevaux! — Me retirer? s'écriait le roi, je veux mourir plutôt que de me retirer! » et ralliant trois à quatre cents soldats, « donnant des ordres avec une incroyable résolution », il parvenait à rétablir le calme : la panique provenait d'une dispute de soldats -.

1. " 11 Ût plus généreusement que pas un de nous n'eussions fait », Bassompierre, Journal, éd. Chantérae. t. III. p. 39. 40. C. Bernard confirme de point en point le récit de Bassompierre (Hist. de Louis XIII. t, I, p. 341). Marillac écrivait à Richelieu le 6 mai : « Le roi a été ce matin dans la tranchée du côté des gardes, avec une telle assurance et gaieté qu'il y a hardiesse et plaisir: il y a fait très bonne mine. >• Arch. des AIT. étranc-.. France 775, fol. 157 r°. Voir encore sur d'autres faits analogues : C. Bernard, op. cit.. p. 344; Héroard, Bibl. nat., ms fr. 4026, fol. 451 r ": dépèche de Priuli du 22 juin 1621. Bibl. nat., ms. ital. 1776, p. 205. « Il venoil tous les jours aux tranchées, écrit Bassompierre, et se mettoil en tous les périls que les simples soldats eussent pu faire » (Bassompierre, Remarques sur les vies des rois Henri IV et Louis XIII, Paris, P. Bienfait. 1665, in-12, p. 378).

2. Arnauld d'Ami il ly, Journal, 1621, éd. Halphen, 1891, p. 104; Héroard. Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 526 v°; L'Assassinat du sieur de Boisse Pardaillan, gouverneur de Monheur, avec la prise de celte ville rebelle, Bordeaux,

Si Ton n'a pu contraindre Louis XIII à ne pas s'exposer au feu de l'ennemi, du moins est-on parvenu à l'empêcher de charger. Il n'a jamais chargé. Entraîné parles sonneries de trompettes, les batteries de tambours, l'ardeur des soldats, il eût souvent voulu s'élancer avec les troupes : l'entourage et surtout le duc de Luynes y ont mis bon ordre l. C'était affaire à Henri IV, son père, de s'aventurer ainsi, lui qui avait à conquérir son royaume. La condition de Louis XIII était différente : sa dignité lui interdisait de s'exposer comme un carabin. La bataille des Ponts de Ce fut une de celles où on eut le plus de peine à le retenir. « Dès qu'il eut ouï les premiers coups de canon et d'escoupeterie, il se sentit échauffé d'une ardeur martiale, tellement qu'il vouloit aller où il faisoit le plus chaud,... descendre en la prairie et entrer dans le combat. Mais Monsieur le prince, le duc de Luynes, le sieur de la Curée et autres seigneurs qui étoient près de Sa Majesté l'arrêtèrent » -. « Le roi eut souventes fois échappé, si lesdits seigneurs l'eussent quitté de vue » 3. C'est qu'il désirait, comme il disait, « acquérir de l'honneur! » « Nétron, mandait il à son ami M. de la Curée, je suis trop assuré de votre affection à mon service pour vous oublier aux occasions

S. Millanpes, 1621, in-12. Louis XIII manifesta le même sanp froid à une autre panique, devant l'île de Rié; Fontenay-Marcuil, Mém., éd. Michaud, p. 166; Bassompierre écrivait à ce propos (Journal, t. III, p. 29) : « Je fus ravi de voir l'assurance et le jugement d'un homme de son âge, si mûr et si parfait ».

1. Le Courrier royal det plus véritables affaires de France, ensemble la défaite de Brion en Poitou, par Monsieur le comte de la Rochefoucauld, Paris, Mesnier, 1620, in-12, p. 6.

2. C. Bernard, op. cit., t. I, p. 99; Mercure françois, 1620, p. -i33-

3. Véritable relation de ce qui s'est passé au voyage du roi, Bordeaux, 1620, in-12, p. 41.

qui s'offriront de faire encore paroistre votre courage. Les bruits qui courent ne me mettent pas encore à cheval; s'il en faut venir là, j'espère que vous me verrez bien faire et que vous serez des plus proches de moi au lieu où l'honneur s'acquiert; je n'ai autre chose à vous dire, sinon de vous tenir prêt ». C'est presque l'allure décidée, vaillante et spirituelle d'Henri IV.

Mais on s'inquiétait trop de ses imprudences; il y avait une entente générale autour de lui pour le retenir. « Gomme le moindre gentilhomme de votre armée, lui écrivait Marie de Médicis, en avril 1622, vous avez fait toute la fatigue, et, comme un maréchal de camp, vous étiez à la tête pour en venir des premiers aux mains. Pardonnez-moi si je vous dis qu'en cette rencontre ma joie a été mêlée d'étonnement. Au nom de Dieu, n'en usez plus de la sorte; songez que vous êtes roi et que vous devez la conservation de votre personne à vos peuples. Ce sera plus de générosité désormais de retenir votre courage et le faire paraître dans l'ordre et la conduite que de vous exposer au péril comme un simple capitaine »2. Les ministres se tourmentaient3. Le premier aumônier de roi, archevêque de Tours, chargé d'intervenir, faisait au roi des remontrances solennelles afin de le prier de ménager ses jours, de laisser à d'autres le soin d'exécuter ses décisions *.

1. Lettre de Louis XIII à la Curée, Bibl. nat., ms fr. 3722, fol. 120 r°.

2. Lettre de Marie de Médicis à Louis XIII du 18 avril 1622, Bibl. nat., ms. fr. 3708, fol. 50 r°.

3. Lettre dans ce sens de Puisieux au chancelier son père, du 16 mai 1622, devant Royan : Arch. des AIT. étrang., France 776, fol. 122 r°.

4. C. Bernard (op. cit., t. I, p. 345, année 1622) nous donne le texte de ces remontrances. Les lettres de Marie de Médicis à son fils, à cette

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Sur ce dernier point, au moins, rien n'y a fait. Louis X11I a entendu conduire toutes les campagnes engagées de 1620 à 1624. A toutes il a apporté le même

esprit de décision, d'entrain, d'initiative et de bonne humeur hardie. En L620, osant soumettre la Normandie avec une troupe seulement de 3 200 hommes, comme on cherchait à l'arrêter dans le conseil tenu à la Bouille, [très de Houen, en faisant valoir les difficultés sans nom lue. qui s'offraient à lui, il répondait : « Péril de çà, péril de là; péril sur terre, péril sur mer : allons droit à Caen! » La formule définissait sa manière '. Voyons le dans son rôle de général.

Mettant son hausse-col, faisant arborer sa cornette blanche, marque distinctive de son haut commandement, il marche en tête de son armée 2. 11 s'occupe de tout. Aux étapes, le soir, avant de se coucher, il dresse « la carte des logements de l'armée », pour la journée du lendemain, c'est-à-dire le tableau des cantonnements. Au jour, il s'assurera de l'exécution de ce qu'il a décidé, interrogeant pour savoir si les logements prévus sont suffisants, ce qu'il y a à faire, s'informant des commodités et des dangers de L'installation ;;. « Il n'est pas

date, >"nt pleines d'observations de ce genre exprimées (ortemenl (lettre, par exemple, «lu il avril IH22, Bibl. oat., m-, iv. 3811, loi. 69 r°). On M.ii ce que saut dès lors l'affirmation de Tallemant disant de Louis. Mil : i le bon sire n'étoil pas raillant, quoiqu'il voulut passer poui tel. . {Historiettes. éd. I'. Paris, i. Il, p. 2:;:-.

1. Amauld d'Andilly, Journal de 1620, éd. Halphen. 1898, p. 21. Sur rcitc affaire de Caen, voir : L. Puiseux, /.' Si i de '.<

/ XIII, épisode de lu guerre civile de 1620, dans : Mém. de lu Soc. des

antiquaires de Yormandie, i. XXII, Caen, 1856, p. 27 et suiv.

2. Il nui -on hausse-col pour la première f"i- le 15 juillet 1620 au moment d'aborder Caen (Héroard, Bibl. aat., ms. lï. 4026, lui. 329 v°) et il arlmra pour la première fois sa cornette blanche le 4 août <lc la même année Ibid., loi. '.Ml r").

:<. Héroard, Ibid., fol. 527 \- et 4027 fol. Ci \ .

croyable , écrit quelqu'un , combien Sa Majesté se rend soigneuse des logements de son armée, voulant toujours savoir où est son canon, comment il est gardé; si toutes ses troupes sont logées près les unes des autres et en lieu d'où elles se puissent secourir et où elles aient commodément les eaux, les bois et les fourrages; si elles sont proches de celles des ennemis, ce qui les sépare, et comment elles s'en peuvent garder ou les attaquer et quels avantages elles peuvent avoir les unes sur les autres1. » Il a conscience de ses responsabilités. Il veille aux charrois, s'assure des réquisitions nécessaires à faire dans les paroisses des élections qu'on traverse, pour transporter « les canons, munitions et équipages » 2. De sa main, il règle les états de solde des troupes3. En cours de route, on le voit remplir les fonctions d'un officier ordinaire quelconque, si besoin est : par exemple, près de Moissac, en 4622, diriger les travaux de terrassement à effectuer pour rendre un chemin praticable à l'artillerie4. La campagne terminée, il fixera le nombre des soldats à licencier5.

1. « Ce grand prince disoit qu'il y avoit de la honte, voire de l'impiété, d'avoir beaucoup de gens sous sa charge sans en avoir le soin. » C. Bernard. Hisl. de Louis XIII, t. I, p. 333, campagne de 1622: cl pour celle de 1620, Ibid., p. 97. Bernard ajoute (p. 100) : •< Je puis assurer de cela comme témoin de vue de tout ce qui a été fait ».

2. Commission de réquisition du 9 juillet 1622 pour 60 charrois « bien attelés » à trouver dans les élections de Loudun et de Mirebeau, en Poitou, à raison, chaque jour, de 4 1. 10 s. par charroi, et deux pains de munition -par charretier (Arch. des Aff. étrang., France 776. fol. 202 r°). Les milliers des villes fournissaient souvent le nécessaire et avaient de la peine ensuite à se faire rembourser de leurs frais (arrêt du conseil du 16 août 1624, Arch. nat., E. 79", fol. 333 r°).

3. Dép. de Pesaro du 28 octobre 1622, Bibl. nat-, ms. ital. 1778. p. 401.

4. - Journal » de l'exempt des gardes Bordeaux, Bibl. nat., nouv. acq. fr. 6163. p. 9o.

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