Voir plus haut, p
:î. Lettre de Louis XIII au maréchal de Souvré à propos de l'édification d'un couvent de Capucines à Tours (Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 205 i
i. Le nonce s'en plaignait a— ez: voir sa dépêche du I \ octobre 1022. dan.- Zelli j ministres, p. 139. Le P. Aruoux sera disgracié
parce qu'il s'occupera de politique et son successeur, le P. Séguiran, Sera prié de demeurer circonspect.
point, lorsqu'il a environ vingt ans, sont demeurées jusqu'ici peu connues.
Au milieu des luttes religieuses, qui ont été vives en France de ICI 8 à 1624 ', les réformés reprochaient au gouvernement de ne pas faire observer l'Edit de Nantes. Parl'org-ane de leurs assemblées, ils se plaignaient qu'on leur enlevât des places de sûreté; qu'on leur défendit de se réunir; qu'on brulàt leurs temples et massacrât leurs coreligionnaires : qu'on prît des mesures militaires contre eux2. Les ministres du roi répondaient que l'Edit de Nantes n'accordait aux réformés aucune place de sûreté; qu'il tolérait leurs assemblées et leurs unions à condition que celles-ci fussent autorisées par le roi — autorisation dont se passaient les protestants; — que les
1. Nous rappelons sur la question, les ouvrages de A. Anquez : Un nouveau chapitre de l'histoire politique des réformés de France (1621-1626), Paris, 1865, in-8° et Histoire des Assemblées politiques des réformés de France (1375-1622), Paris, 1859, in-8°. Pour l'état des protestants en France au début du xvne siècle, voir : Arch. des Aff. étr., France 243; Bibl. Mazarine, mss. 2598, 2616, 2618; Bibl. nat., ms. fr. 7605, fol. 85; nouv. acq. fr. 4026, 7189: Dupuv 187, fol. 8 et suiv. ; et spécialement pour les svnodes : Bibl. nat.. ms. fr. 17815-18; Bibl. Mazarine, ms. 2601, 2608-2614: Bibl. de l'Arsenal, ms. 5411, p. 325 et Recueil Conrart, ms. 4108, p. 995 à 1551. Consulter aussi : Brève relatione degli Ugonotti di Francia (1619), dans Bclationi del cardinal Benlivoglio, Cologne, 1646, in-8°, p. 244.
'2. Nous résumons des textes nombreux : Mémoire envoyé au roi pur le duc de Rohan, 1623 (Bibl. nat., ms. fr. 4102, fol. 70); Lettre de ceux de l'Assemblée de La Rochelle, 1621 (Ibid., nouv. acq. fr. 7798, fol. 214 r°); lettre de M. Frère au roi, 1621 (ibid., ms. Clairambault 377, fol. 824 v°); Prosopopée de l'Assemblée de Loudun aux pieds du roi, 1620, in-12; Lettres de l'Assemblée de Loudun envoyées aux provinces, 1620, in-12; Dunan, Journal manuscrit de Jacques Merlin, pasteur de l'église réformée de La Rochelle de 1589 à 1620 (dans Mém. lus à la Sorbonne dans les séances du Comité des travaux historiques, 1866, p. 381); Excès commis en violation de l'Edit de Nantes (Bull, de la Soc. de Vhist. du prot. français, 1860, p. 409). Les protestants se défendaient en faisant appel aux tribunaux (arrêts du Conseil de 1617 et 1618, Arch. nat., E. 58s fol- 120 r°; E. 58", fol. 444 r°; E. 59\ fol. 285 r°).
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excès signalés étaient des crimes individuels lesquels seraient punis, mais dont on ne pouvait rendre le roi responsable; que quant aux mesures militaires, elles devenaient nécessaires devant l'altitude menaçante des réformés '.
Les protestants déclaraient alors qu'en fait ce qu'on voulait, c'était détruire leur religion. Il existait, affirmaient-ils, une conspiration universelle contre eux. Dans les provinces on les persécutait; des magistrats écrivaient des livres sur les moyens de les détruire; moines et religieux, surtout les Jésuites, « crioient » en chaire « pour les rendre odieux et afin d'émouvoir à la persécution contre eux; » à la cour les violents dominaient dans les conseils; le roi était contraint par le pape et le roi d'Espagne ta entreprendre de les faire disparaître2.
Et par précaution ils s'armaient. Les gentilshommes réformés « levoient des gens de pied et dressoient des compagnies; » les villes protestantes fermaient leurs portes, donnaient des mousquets à leurs bourgeois, lesquels couraient les champs, tuaient « les papistes », attaquaient les bourgs, traînant après eux des canons qu'ils appelaient « des chasse-messes».3
1. Louis XIII avait « commis et député des commissaires es provinces de notre rovaume, pour l'exécution de PËdit de Nantes » (liibl. nat., ms. fr. 18192, fol. 1(34 r"; Arch. nat.. X** 8650, loi. 114 r°).
2. La Milletiére, Discours des vraies raisons pour lesquelles ceux de la religion en France peuvent et doivent résisl<-r par les armes, 1022, in-12, p. 28, 49; Discours des églises réformées de la souveraineté de Béarn, Londres. 1018, in-12, p. 4.
■i. Daniel Manceau, Mém., dans Arch. hist. de la Sainionge, 1874. t. I, p. 195; Arch. des Aiï. étr., France 778: In Revue hist. du Tarn, 1881, \>. '■■<): les Mémoires de J. Burel, bourgeois du IJuy, Le I'uy, 1875, in-4", p. 517: lettres au roi de M. (TAlincourt (Bibl. nat.. ms. Clairanil.ault :J72. fui. 78 r |, de M. de .Sourde, loi. 80 r°), de M. de CornussOD 577,
Us assuraient demeurer fidèles au roi ; ils n'entendaient pas « se départir de l'obéissance et service très fidèles dus à Sa Majesté à quoi ils se confessoient obligés par les liens de conscience et de religion. » ' Mais le populaire des petites villes huguenotes, plus franc, ne cachait pas les sentiments réels qu'il éprouvait : il se moquait de Louis XIII, l'appelant dans le midi : Louiset lou charmant, Louiset lou cassa yre; l'injuriant, le traitant en prince étranger : travaillant à remparer leurs murs « ils jetoient des mots de gueule parmi leurs travaux contre Sa Majesté, qu'ils appeloient par sobriquet « Louis » et déchargeant la hotte sur les fossés disoient : « voilà pour Louis! » avec plusieurs blasphèmes proférés contre l'oint de Dieu, que je n'ose mettre sur le papier », dit un témoin2.
A la suite des affaires du Béarn, ils allèrent jusqu'à prononcer, le 10 mai 1621, dans une assemblée générale tenue à la Rochelle, leur séparation du reste du royaume, décidant de constituer un Etat distinct, divisé en huit cercles, gouverné par une assemblée souveraine, ayant ses impôts, ses armées, son sceau. Mais « c'est une
fol. 625); C. Sorel, les Nouvelles françoises, 1623, in-8°, p. 28. Les protestants sollicitaient et obtenaient des armes de l'Angleterre (Bibl. nat., Moreau 724, fol. 193, 225; ms. Glairambault 372, fol. 263 r°).
1. Les Antipodes pour et contre rassemblée tenue à Loudun, 1620, in-12, p. 18; Résolution de l'Assemblée générale de ceux de la religion réformée, 1620, in-12, p. 5. Rohan écrivant au roi d'Angleterre en 1622, lui expliquait qu'il demeurait fidèle à son souverain (Bibl. nat., Moreau 724, fol. 223 r°). Levant des troupes contre le roi en 1621, les protestants disent dans leurs commissions qu'ils lui restent « inviolablement obéissants » (Bibl. nat., nouv. acq. fr. 7798, fol. 346 r°).
2. C. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. 1, p. 259; G. Malingre, Deuxième tome de la rébellion excitée en France, 1623, in-8°, t. 11, p. 11; texte des archives de Milliau, cité par A. de Gazenove, Campagnes de Rohan en Languedoc, Toulouse, 1903, in-8°, p. 28; narration d'A. Rulman, citée par Anquez, Un nouveau chapitre de l'histoire politique des réformés, p. 13.
république minutée à la hollandaise! » s'écria-t-on de toutes parts, « un attentat à l'autorité du roi! » Les réformés s'organisaient en « démocratie! » ils étaient des « républicains!1 »
L'opinion catholique s'exalta. « Ils appellent persécution, écrivait Malingre, la demande qu'on leur fait d'obéir, comme si l'obéissance répugnoit à la liberté de leur vie religieuse! » L'effervescence gagna de proche en proche. Il y eut des incidents-. A Tours, à l'occasion de l'enterrement d'un religionnaire, « une miliace de menue canaille » se jeta sur le convoi qui fut dispersé, envahit le temple, l'incendia et manqua massacrer les protestants de la ville. A Poitiers, le cimetière réformé
1. Les documents abondent sur cette affaire : voir actes de l'assemblée, Bibl. nat., ms. fr. 23488, 23490, Dupuy, 100, fol. 14-27, 141-2; Bibl. de l'Arsenal, ms. 5411, p. 44; A. de Barthélémy, Actes de l'Assemblée gêné raie des églises réformées de France, 1020-1622, dans Arch. hist. du Poitou, t. V, p. 1-473, t. VIII, p. 161-369; Règlement général fait en l'Assemblée de La Rochelle, le 10 mai 1021, in-8"; Pouvoirs et commissions de V Assemblée de La Rochelle décernés sur le département des provinces de France, 1621, in-12; pour la commission de lever des impôts et des troupes, voir : Bibl. nat., nouv. acq. fr. 7798, fol. 313 r°, 314 r", 346 r". Sur le sentiment qu'ont eu les contemporains du caractère républicain du mouvement, cf. Mercure franchis, 1621, p. 321, 323; Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 156; Lettre de M. le nonce du pape à la reine mère du roi, Paris, 1620, in-12, p. 9: Apologie en faveur du roi, Paris, 1622, p. 113, 132; Crosilles, l'Hérésie suspecte à la monarchie, Paris, 1624, iu-8"; C. Malingre, Hist. dr la rébellion, 1622, p. 145. On remarquait que partoul à ce moment
■ les esprits se portaient à haïr les rois et en leur- pl.iees substituer des gouvernements populaires, former des républiques • (Mercure franeois, t. VI, 1619, i». 348i. Les réformés protestaient (d'Aubigné, Libre discours sur l'état présent des églises, 1619, in-12, p. 8).
2. C. Malingre, op. cit., p. 166; Cf. du même, Deuxième tome de la llion, 1623, p. 18. Sur le ton violent des catholiques contre les pro
testants à ce moment, voir : Auvrav, Satyres sérieux sur les affaires de ce temps, 1622. in-12. p. 20; le Revers du faux masque de la prosopopée des frères Frelots, 1620, in-12; la Défaite de plusieurs rebelles sortis en armes hors de la ville de La Rochelle, Paris, 1622, in-12, p. Il : la Prière du on ou lou diable soil des houguenaux {Bull, de la Soe. de l'hist. de France, t. I. 1834, p. 167).
fut défoncé1. A Paris, lorsqu'arriva la nouvelle, en 1621 , de la mort du duc de Mayenne, tué sous Montauban, ce fut une excitation générale. Quelques jours après devait avoir lieu un prêche solennel au temple de Charenton ; la foule se porta sur le passage des réformés; les autorités mobilisèrent les forces disponibles, archers montés et sergents, afin de maintenir l'ordre; il y eut des bagarres, nombre de blessés, trois ou quatre tués; à la fin la foule se porta sur Charenton et brûla le temple où heureusement il n'y avait plus personne. Le lendemain, au faubourg Saint-Marcel, un protestant était massacré et sa maison pillée2.
De tous côtés, alors, les catholiques se levèrent. Les gentilshommes, formant des compagnies, couraient aux huguenots, appelaient les bourgeois à leur aide et opposaient les violences aux violences : c'était la guerre civile 3.
Au milieu de ces passions déchaînées, Louis XIII
1. Les auteurs contemporains sont pleins de détails sur ces incidents. Le roi fit faire une enquête à propos de l'affaire de Tours, Lettre de Sa Majesté escritc à M. le premier président de Verdun touchant le désordre arrivé en la ville et faubourg de Tours, Paris, 1621, in-12.
2. Pour l'affaire de Charenton, voir Priuli (dépêche du 28 septembre 1621, Bibl. nat., ms. ital. 1777, p. 41) qui, de ses fenêtres de la place Royale, apercevait les fumées du temple en feu; la lettre du marquis de Mirabel du 30 septembre (A.rch. nat., K. 1478, nn 146); la Lettre envoyée par M. le duc de Montbazon à M. le premier président du Parlement de Normandie sur le tumulte arrivé à Charenton, Rouen, 1621, in-12. Sur le temple lui-même, consulter le Bull, de la Soc. de l'hist. du prot. français, t. III, p. 418, 540, t. IV, p. 66, 78, t. V, p. 162, t. XVIII, p. 65.
3. Lettres de M. de Noailles à Pontchartrain de septembre 1621, Bibl. nat-, ms. Clairambault 378, fol. 40 r°, 42 r°. Les villes s'imposaient pour lever des gens de guerre (Bibl. nat., ms. fr. 18191, fol. 190 r", 205 v°, 209 v°). Cf. Mila de Cabarieu, Charges imposées aux habitants de Castillon pendant les guerres de religion sous Louis XIII, dans : Bullet. périodique de la Soc. ariégeoise des sciences, 1894, p. 369.
gardait son sang-froid. Certes, il ne pouvait pas admettre, que son royaume fut en proie à l'anarchie, qu'on méprisât son autorité, qu'un pouvoir, rival du sien, érigeât un gouvernement en face de celui du souverain. « Au mépris de mes déclarations, disait-il, ceux de la religion prétendue réformée n'ont pas délaissé de tenir des assemblées en plusieurs endroits de mon royaume sous divers titres et prétextes, dans lesquelles ils ont fait des décrets comme d'autorité souveraine, publié des ordonnances pour tenir la campagne en armes, courir sus et prendre, comme par représailles, mes sujets; élu et nommé des cbefs tant pour la campagne que pour la ville; et y ont pris, pour leur conduite, d'autres résolutions si pernicieuses qu'il s'en est ensuivi des licences, excès et désordres très grands, toutes contraires et préjudiciables à mon autorité et à l'obéissance qui m'est due1 ». Cela, il ne pouvait pas le tolérer. Il prendrait donc les armes afin de châtier les rebelles et de les faire rentrer dans l'ordre. Mais, par ailleurs, il demeurait fermement décidé à laisser les réformés libres de croire et pratiquer la religion de leur choix. Solennellement, « il protestoit devant Dieu et devant les hommes n'être porté à cette résolution d'armes que pour punir la révolte de ses mauvais sujets et maintenir son autorité dans son royaume. »2. On invoquait l'Edit de Nantes : nul n'était plus décidé que lui à le respecter; et c'était précisément parce que les protestants le violaient qu'il marchait contre eux. L'article 82 de l'Edit interdisait les unions
1. 1 h'claration du roi en faveur de ses sujets de lu religion prétendue réformée, Paris, 1021, in-12, p. 5.
2. Cf. C. Malingre, Histoire de la rébellion, Paris, 1622, in-8°, p. 137.
des églises entre elles, les levées d'hommes de guerre, les assemblées; Louis XIII avait maintes fois renouvelé la défense « à ses sujets de la religion prétendue réformée de s'assembler sans sa permission ». On n'en avait pas tenu compte : c'était cette désobéissance qu'il punissait par la force. Pour la liberté de conscience il n'y porterait aucune atteinte1. L'auteur anonyme de Y Apologie en faveur du roi résumait la question lorsqu'il écrivait : « Le roi ne fait pas la guerre contre les religionnaires de France, mais se porte à la conservation de son autorité royale, entretenant toujours les édits de pacification, et ne troublant en rien les religionnaires en l'exercice de leur religion et paisible possession de leurs biens2 ».
Et, le comprenant bien, les protestants étaient loin d'être unanimes dans la révolte : une grande partie blâmaient la conduite de leurs coreligionnaires, se prononçaient ostensiblement pour le roi, s'enrôlaient dans les armées de Sa Majesté afin d'aider à la répression des soulèvements3. De ces réformés, loyaux sujets,
1. Lettres patentes du roi portant très expresses inhibitions et défenses à tous ses sujets de la religion prétendue réformée de faire aucunes assemblées illicites (21 mai 1618), Paris, 1618, in-8° : Déclaration du roi par laquelle il défend à ses sujets de la religion prétendue réformée de s'assembler (22 octobre 1620), Paris, 1620, in-8° : Voir sur cette question les développements de V. Cousin dans le Journal des Savants, 1861, p. 443.