‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 129 sur 349 · Apologie en faveur du roi, Paris, 1622, in-8°, p · texte numérisé non relu

Apologie en faveur du roi, Paris, 1622, in-8°, p

3. Voir entr'autres, Les Antipodes pour et contre en l'assemblée tenue à Loudun (1620, in-12, p. 30), dont l'auteur, protestant, se plaint vivement (p. 38) qu'on engage tous les religionnaires de France dans la guerre pour une affaire de deniers en Béarn; Lettre d'un gentilhomme de la religion à un sien ami, 1619, in-12; Copie de la lettre d'un pasteur aux fidèles des églises réformées de Béarn, 1618, in-12; La Milletière, Discours des vraies raisons..., p. 6, 17; etc. Voir ce que dit aussi Besly dans ses lettres (lettres de juillet 1621 à Dupuy, Arch.hist. du Poitou, 1880, p. 136). Les témoignages abondent : nous abrégeons.

Louis XIII en avait partout autour de lui, à la cour, dans les troupes. Il les traitait avec la même bonne grâce que les catholiques. « Vous ne sauriez distinguer par ses caresses, disait un témoin, ceux qui sont de diverses religions, mais comme une heure après que son père Henry le Grand avait gagné quelque victoire signalée, on voyait en sa cour les vaincus avec les vainqueurs, on voit semblahlement près de son fils les catholiques et les huguenots traités avec égale faveur ' ». Le jeune roi avait des huguenots jusque dans son intimité la plus proche. Il conservait des valets de chambre protestants; son médecin, le fidèle Héroard, si estimé, et qui ne le quittait jamais, appartenait à une famille de réformés, membres de consistoires, zélés religionnaires2. Grands seigneurs, gentilshommes, courtisans, gardes suisses ou gardes françaises, domestiques de tout ordre et de tous degrés, on ne comptait pas ceux de la religion qui entouraient le roi. Il était même tel protestant illustre que la cour entière s'accordait à suspecter que Louis XIII, mieux informé, appréciait et auquel il maintenait sa faveur : par exemple, le duc de Lesdiguières, invariablement fidèle au roi, type accompli de ce qu'on appelait alors « le huguenot d'Etat », mais, qui, en même temps, soucieux de défendre un peu ses

i. Lettre de Cléophon à Polémandre, 1618, in-4° p. 9; Le Congé donné par le roi à ses serviteurs et domestiques de la religion prétendue réformi I. , 1(322, in-8", p. 4. Marillac écrivait à Richelieu le 29 avril 1622 (Arch. des Alî. t-trang-. France 775, fui 140 r°) : « Si tous les huguenots qui suivent le roi voulaient se retirer d'eux-mêmes ils feraient plaisir à la compagnie ».

2. Sur les attaches protestantes de la famille d'Héroard, voir le Bullet. de la Soc de l'hist. du protestantisme français, t. III. p. 227: t. IV p. 194, t. XII, p. 245.

coreligionnaires, prenant leur défense auprès des catholiques de la cour, se voyait qualifié de « faux frère » par les premiers et de « traître » par les seconds1. On tâchait de le rendre odieux au roi : Lesdiguières voulait quitter la cour, se retirer dans son Dauphiné; et c'était le roi qui, prévenu par un confident, le faisait rester : « Je ne suis pas en peine de ce que je lui ai commis, répétait-il, car je sais qu'il aime ma personne et mon Etat 2 ! »

Louis XIII entendait non seulement laisser libre les huguenots de pratiquer leur religion, mais même défendre cette liberté. Il le disait publiquement. A ceux qui lui invoquaient la formule du sacre dans laquelle il avait promis « d'exterminer les hérétiques »,il rappelait la déclaration rendue le lendemain de la cérémonie, le 20 juillet 1616, par laquelle il affirmait que les protestants n'étaient pas compris dans cette formule 3. Il

1. Bentivoglio, Lettres 1680, in-12, p. 321. Sur l'importance de Lesdiguières à cette date voir les lettres que lui écrivent les plus grands seigneurs : Bibl. nat., nouv. acq. fr. 7797 fol. 2 et suiv. Il est un des sept grands chefs des protestants (Bentivoglio, Relations, Paris, 1642, in-4°, p. 308). Pour les instances qu'il fait auprès de ses coreligionnaires afin de les empêcher de s'engager dans la guerre, cf. ses lettres (Arch. des Aff. étrang., France 773, fol. 265 r°; 776, fol. 154 r°; Lettre de M. le maréchal de Lesdiguières envoyée le 9e décembre 1620 aux rebelles du pays de Béarn, Paris, 1620, in-12; Lettre et dernier avis de M. le maréchal Dédiguières aux rebelles et partialistcs de Mautauban, Languedoc... Paris, 1622, in-12, et en général tout le tome II des Actes et correspondance du connétable de Lesdiguières, éd. J. Roman, Grenoble, 1881, in-4°). Pour la défense que prend Lesdiguières de ses coreligionnaires, cf. Actes et correspondance, t. II, p. 247 ; Lettre et avis envoyé au roi par M. le maréchal de Lesdiguières, 1619, in-12. Sur les attaques des protestants contre lui, voir Dufayard, le Connétable de Lesdiguières, p. 466.

2. L. Videl, Hist. de la vie du connétable de Lesdiguières, 1666, in-12, t. II, p. 198; Déageant, Mém., éd. de 1668, p. 285. Lesdiguières aimait beaucoup Louis XIII (Déageant, Mém., p. 286) qui le lui rendait (lettre du roi au connétable, Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 160 r°).

3. Mercure frangois, 1616, p. 134. Les catholiques traitaient Louis XIII

répétait que le premier document qu'il avait signé au moment de sa majorité avait été un acte solennel de confirmation de l'Edit de Nantes1. Vingt fois n'avait-il pas déclaré « qu'il ne fallait pas forcer les consciences accoutumées à une longue tolérance ; que ce qui avait été bon il y avait soixante ans pour empêcher l'introduction de l'hérésie pendant que la liberté de conscience était encore inconnue, était dangereux maintenant, après qu'on l'avait si longtemps goûtée »2? et il écrivait cette belle lettre au duc de Lesdiguièros : « Je vous laisse en votre liberté, sachant que rien ne doit être [dus libre que les consciences que Dieu sait mouvoir quand il lui plaît; c'est aussi à sa sainte Providence que je remets le secret de votre vocation et celle d'un chacun de mes sujets de la religion prétendue réformée: je ne souiïrirai pas que nul d'entre eux soit oppressé ni violenté en sa foi. Il est bien vrai que si sous un voile de religion aucuns veulent entreprendre des choses illicites et contraires à mes édits, je saurai séparer la vérité du prétexte, punir ceux-ci et protéger ceux qui demeureront en leur devoir, à quoi je m'assure que vous ne contribuerez pas seulement de vos bons conseils, mais que vous emploierez votre sang et votre vie à l'exécution d'une justice tant nécessaire au repos de l'État »8.

de « parjure, d'homme manquant à sa parole « (Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 235): les protestants continuèrent à lui reprocher son serment (Prosopopée de l'assemblée de Loudun, 1620, in-12, p. 14).

1. Mercure français, 1614, p. 580. 11 rassura encore les protestante le lendemain de la mort de Concini (Réponse du roi aux lettres de M. du Plessis Mornay, Rouen 1617, in-12, p. 4).

2. Dans les déclarations royales publiées au début des campagnes militai!''-, cf. E. Benoit, Hist. de l'Edit de iS'antes, t. 11, p. 340.

3. Lettre du 19 janvier 1621, Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 125 r"; publiée dans Actes et correspondance, t. Il, p. 296. A M. de la Trémoille,

Et il faisait prêcher par son confesseur jésuite, le P. Arnoux, « que le roi doit sa protection à tous ses sujets et même à ceux qui sont d'autre créance que la sienne »; « que la seule voie agréable à Dieu pour extirper les hérésies étoit d'avoir de bons pasteurs et que jamais les remèdes violents n'avoient prospéré » '.. M. de Panissaud expliquait au duc de la Force « que le roi n'en vouloit pas aux consciences; qu'il laissoit les réformés en la liberté de leur religion » 2. « Quoique le roi soit, par la grâce de Dieu, l'un des plus catholiques souverains de la chrétienté et fils aîné de l'Église, écrivait un libelliste au service du prince, si est-ce qu'il fait paraître par ses édits que son intention n'est pas de forcer personne en sa conscience3 ». Comme l'auteur du Petit avis d'un ferme catholique loyal francois Louis XIII eut pensé qu'il n'y avait que deux partis à prendre à l'égard des hérétiques, où les détruire, où respecter leur liberté, et entre les deux son choix était fait.4 « Le roi, répétait Lesdiguières bien informé par ses conversations avec le souverain, ne veut pas plus toucher à la conscience des protestants qu'à la prunelle de son œil! » 5

devant Saint-Jean d'Angély, Louis XIII disait « qu'il ne vouloit forcer la conscience de personne qu'autant qu'il le pourroit faire par la vérité de la doctrine et par les bons exemples des ecclésiastiques ». (Mercure français, 1621, p. 521).

1. Lettre de Cléophon, 1618, p. 10; E. Benoit, op. cit., t. II, p. 351.

Page 1