‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 134 sur 349 · Instructions à Visconti, Ibid., fol. 20 r · texte numérisé non relu

Instructions à Visconti, Ibid., fol. 20 r

2. Instructions au P. Véron, Ibid., fol. 22 r°. Le P. Véron recevait i 200 livres pour faire son voyage dans le Midi (fol. 12 v°). Les prédicateurs prièrent Louis XIII d'appeler l'attention des évèques sur la nécessité de visiter plus soigneusement leurs diocèses, de contraindre les bénéficiersà résider, « d'expulser les faux prêtres ignorants.» Louis XIII se contenta de fonder quelques couvents de Capucins à Gap, Alais, le Vigan, de Jésuites à Mairueis (Ibid., fol. 10 v°, 65 r°). Des lettres patentes furent données au P. Irénée, capucin « pour l'établissement d'un séminaire de son ordre aux Gévennes >• (fol. 25 v°). Sur l'établissement des capucins à Gap, voir Actes et correspondance du connétable de Lesdiguières, t. II, p. 5-56; à Crest, J. Chevalier, Essai historique sur Véglise et la ville de Die, Valence, 1909, t. III, p. 349; sur celui des jésuites à Grenoble, Dufavard, le Connétable de Lesdiguières, p. 586; à Die, J. Chevalier, op. cit., p. 350.

bert1. Le roi essaya de frapper les esprits par des conversions retentissantes.

Il chercha à convertir le vieux Sully. Il lui écrivait : « Mon cousin, le désir que j'ai de vous voir uni à la vraie créance aussi parfaitement que je vous tiens affectionné à mon service, me fait employer les moyens qui peuvent y apporter de l'avancement; à cette fin vous aurez encore près de vous le P. Athanase lequel vous trouvant, comme je l'espère, en la même disposition qu'il vous a laissé, achèvera ce que, par l'assistance divine, il a commencé pour votre conversion. Ne soumettez point au temps, je vous prie, ce qui dépend d'un moment de la grâce, mais donnez à Dieu et à votre roi ce qu'ils demandent de vous pour rendre vos œuvres et vos services plus dignes de récompense. Ce sera le repos de votre esprit et affirmer la confiance que je veux avoir en vous, de laquelle vous recevrez des témoignages aussi favorables que de ma protection en toutes les choses que je vous ai promises par mes précédentes lettres2. » Le bruitcourut même un instant de l'abjuration de l'ancien ministre, mais Sully ne céda pas8. A défaut

1. En 1617, aux appointements de 900 livres (Arch. nat., E. 55\ fol. 199 r"). Nous avons le texte des lettres patentes portant création de la chaire (Bibl. de Sainte-Geneviève, ms. 961, fol. 81). Le docteur Isainbert est nommé syndic de la faculté de théologie de la Sorbonne en avril 1617 (Bentivoglio, Lettere, t. 1, p. 197).

2. La lettre est datée de Fontainebleau, 9 avril 1623, Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 168 v°.

3. Lettre du maréchal de la Force à sa femme du 23 janvier 1623, dans Mém. du duc de la Force, éd. La Grande, t. III, p. 271. •< On tient que Monsieur et Madame de Sully se sont faits catholiques... ». Cf. dépêche de l'envoyé florentin du 10 mai 1624, dans Zeller, Richelieu et les Ministres, p. 319. Le bruit coïncida avec celui de la rentrée de l'ancien ministre aux affaires. Depuis longtemps Sully cherchait à, revenir au gouvernement (Bentivoglio, Lettere, t. II, p. 8, 26, 66, 286). On ne voulut pas de iui à cause de sa religion et de son caractère difficile (Bentivoglio, op. et loc. cit.).

du père, ce fut le fils qui se convertit, le marquis de Rosny. Louis XIII dut annoncer la nouvelle au duc afin d'amortir « le coup » : « Mon cousin, disait le roi, j'envoie Ferrier pour vous faire savoir la résolution qu'à prise mon cousin, le marquis de Rosny, votre fils, de professer dorénavant la foi catholique romaine. Ses intentions étant bonnes, il ne sera point éloigné de vos bonnes grâces; je vous prie de l'aimer toujours également1 ». Une autre conversion, en 1622, eut un retentissement considérable : celle du duc de Lesdiguières qui gagna à l'affaire l'épée de connétable 2. D'autres eurent lieu çà et là, par groupes, en nombre variable, et plus ou moins sincères : on eut soin de les faire connaître dans des libelles imprimés. Plus de quatre mille témoins assistèrent à la Conversion publique de quatre personnes de qualité faite en V église Saint- André-des- Arts à Paris3; à Nérac, « par le moyen des doctes enseignements du R. P. Jacques Martineau, de la compagnie de Jésus, » deux ministres et vingt-deux protestants abjurèrent4; à Pons , en Saintonge , on compta 58 huguenots

1. Lettre de Louis XIII à Sully, Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 109 r°.

2. Nous ne pouvons que l'indiquer. Voir : le récit de Déageant, Mém., éd. de 1668, p. 230 et suiv.; une lettre de Puisieux du 24 juillet 1622 (Arch. des Aff. étrang., France 776, fol. 239 r°); la Conversion de Monseigneur le duc d'Esdiguières à la religion catholique, Paris, 1622, in-8°; Récit véritable de toutes les cérémonies observées dans la ville de Grenoble à la protestation de foi de Monseigneur le duc de Lesdiguières, Paris, 1622, in-8°. D'Alincourt remit à Lesdiguières le cordon du Saint-Esprit de la part du roi (Bibl. nat., ms. ital. 1778, p. 281 ; dép. de Pesaro du 29 juillet 1622).

3. En présence de plus de quatre mille assistants, le dimanche 17 novembre, Paris, 1619, in-8°.

4. Le 22 mars 1620, Miracle nouvellement arrivé à la conversion de deux ministres et de vingt-deux personnes de qualité, Paris, 1620, in-8°; Métayer, Conversions signalées, survenues depuis peu de jours par l'entremise des Pères capucins de la mission du Poitou, d'un des plus anciens ministres et autres notables personnes de la religion prétendue réformée, Paris, 1620, in-8°.

vertis en un jour1; à Foix, il y en eut 122, et le ministre prit « une fuite honteuse2! », à Saint-Jeand'Angély, 8 000, ramenés par les « pères capucins de la mission3 »; sans parler des conversions journalières de « seigneurs, chefs et soldats » qu'aux armées des religieux zélés, suivant les troupes du roi, catéchisaient4. Ne pouvant pas songer à convertir tous les hérétiques de son royaume, Louis XIII décida, au lieu de disperser ses efforts, de les concentrer sur le point qui, politiquement, était un des plus dangereux et où, religieusement, les habitants passaient pour être particulièrement attachés à la Réforme : les pays de Bas-Languedoc, Cévennes, Vivarais, Dauphiné. C'étaient là, lui écrivait-on, « les lieux les plus peuplés et remplis d'églises et ministres de la religion prétendue réformée »; c'était là, en tout cas, que les difficultés étaient les plus ardues et les représentants du roi les plus impuissants3. On avait envoyé à Louis XIII des mémoires lui donnant des détails sur la situation du pays, les villes, les châteaux, les bourgs, le nombre des feux, l'état des routes, les

1. Récit véritable des processions générales faites en la vUle de Pons en Saintonge au mois d'août dernier, Paris, 102:5, in-8°.

2. Le P. Villate, L'Heureuse conversion de tous les prétendus religionnaires de la ville de Foix, Bordeaux, 1622, in-8°.

3. Le Nouveau rétablissement de la ville de Saint-Jean-d'Angély, avec la conversion de plus de huit mille personnes, Paris. I(J2:{, in-8°.

•t. Le P. Texier, Récit des miraculeux effets qui sont arrivés en l'armée du roi, en présence de s. l/.. avec la conversion de plusieurs seigneurs, < et soldats, Paris, 1621. in-S . Voir aussi : Rev. hist. du Tarn. 1878, p. 15.

5. Maz. 2127. fol. 07 v. En aoûl 1*>21. dans une lettre au roi, !«• marquis de Saint-Cbamond exposait la situation difficile de ces pays (Bibl. nat.. ms. Clairambault 378, fol. 21). Sur l'importance du Vivarai9 dans . lerres religieuses, voir C. Bernard, Hist, à III, i. I. p. 190;

la dépèche de Pesaro du 7 dov. 1622, Bibl. aat., ins. ital. 177'.», p. 10. Li - irs soldats huguenots étaient ceux fournis par les Cévennes

(Bentiv - • itions, Paris, 1642, m-'. . p. :i07).

positions stratégiques; lui expliquant comment on pouvait isoler les centres protestants, faire le blocus du pays, intercepter les vivres ; quel nombre d'hommes les huguenots étaient en mesure de mettre sur pied. Ces mémoires étaient peu satisfaisants1 : la liste des gentilshommes réformés, très longue, en regard de celle des catholiques, fort courte, donnait à penser; et ces gentilshommes tenaient cols, vallées, sommets; par eux les populations vivant sur leurs terres demeuraient attachées à l'hérésie; parents, amis, ceux qui les aimaient ou les craignaient suivaient leur exemple : si on parvenait à les convertir, la contrée entière suivrait et, « ne restant homme de marque de religion dans la province, le Vivarais et les Cévennes seroient en sûreté2 ». Un de ces gentilshommes, cherchant à se faire payer cher son abjuration, affirmait être prêt à « assurer les Cévennes » à lui tout seul 3.

Le territoire étant ainsi circonscrit, il fallait trouver un agent particulièrement actif et adroit qui put se charger de recruter les autres : on le rencontra dans la personne de M. Jean-François Visconti.

D"origine italienne, successivement dominicain, soldat, protestant, ministre, professeur, Visconti était un huguenot subtil4, aiguisé, de caractère emporté et querelleur, qui, ayant été admis dans l'Académie protestante de Die,

1. Mémoires envoyés au roi et à Tronson par M. de Berjac et un auteur qui signe D. A. C. (Maz. 2127, fol. 3 r° et 63 r°). Cf. : E. Arnaulcl, Histoire des protestants du Vivarais et du Velay, Paris, 1888, 2 vol., in-8°; Brun-Durand, le Président Charles Ducros et la société protestante en Dauphiné au commencement du XVIF siècle, Valence, 1906, in-8°.

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