C'est M. de Sicotières, Ibid., fol. 23 r
4. ■< Philosophe subtil », dit Videl. Vie de Lesdiguièrcs, 1666, in-12, t. 11, p. 145.
en 1607, en qualité de professeur de philosophie, avait indisposé ses collègues par ses façons agressives, les avait attaqués dans des libelles diffamatoires, discutant leur enseignement, et s'était aventuré sur « des programmes ainsi que certains problèmes fort scandaleux » en traitant publiquement ses contradicteurs « d'ànes bâtés ». Le synode d'Embrun l'avait censuré; celui de Die, en 1613, l'avait menacé de révocation : il n'avait pas tenu compte- de ces avertissements. Le synode de Gap lui avait reproché de « jouer aux cartes chez lui » ; sa femme et sa fille étant catholiques, au fond, et indifférentes, dans la forme, le môme synode l'avait exhorté « à ce qu'il fit son devoir à ranger sa femme et sa bonne et sage demoiselle aux fins qu'elles fréquentassent les saintes prédications et conversassent chrétiennement avec édification : » Visconti n'en avait rien fait. En 1620, il demandait un congé de huit jours pour se rendre à Grenoble : il y restait plusieurs mois; après quoi il sollicitait du Sénat académique une augmentation de traitement qui lui était refusée : il réclamait; le Sénat excédé le révoquait le 4 janvier 1621. Alors il se retirait à Grenoble. Mais son attitude y était si étrange que le consistoire de la ville le suspendait « des sacrements » et que le synode de Pont-en-Hoyans de 1622 le menaçait d'excommunication. J Ce qu'on ne savait pas, c'est qu'il
I. Nous résumons sur ce personnage les notices que lui ont consacré : E. Arnaud, Histoire de l'académie protestante de Die en Dauphiné au \ VII siècle, l'aris, 1872, in-8°, p. 38 et suiv.; M. Nicolas, l'Académie de Die et quelques-uns des professeurs qui y ont enseigné, dans Bullet. de la Soc. de l'hist. du prot. français, 1857, p. 179 et 299; Long, la Réforme et les guerres de religion en Dauphiné, IS5b, in-8", p. 307. Voir aussi : Bulli t. de la Soc. de l'hist. du prot. français, t. 111, |>. 514 et suiv., t. V. p. 183, 309 On trouvera la liste des œuvres imprimées de Visconti dans
était catholique romain depuis 1620 et, depuis plus longtemps encore, agent secret de M. Tronson.
A l'époque où il était soldat, ayant été emprisonné par la duchesse de Savoie dans une place du Piémont, et Lesdiguières, au cours d'une de ses campagnes, l'ayant délivré, il s'était attaché à son sauveur. Celui-ci, qui ne visait qu'à conserver le calme dans sa province, lui avait recommandé d'employer ses bons offices à prêcher à ses coreligionnaires protestants la patience. « Depuis l'année 1613, jusqu'à l'année 1620, écrivait Visconti à Louis XIII, j'ai toujours combattu contre les factions sous la protection de M. le connétable dedans toutes les assemblées huguenotes où j'ai été député.1 » De ce rôle d'agent de modération à celui d'informateur, il n'y avait qu'un pas; Visconti l'avait franchi ; de celui d'informateur à celui de convertisseur, il y avait moins encore, du moment que le roi le désirait et qu'il était question d'une pension : M. Visconti ne s'était pas fait prier. Ses convictions étaient légères et ses intérêts, compliqués de la satisfaction vaniteuse de jouer le rôle d'un personnage mystérieux en relation avec le roi, beaucoup plus sérieux. On lui promit 1 000 livres du clergé. Louis XIII n'ayant pas beaucoup d'argent, ou plutôt assez économe, avait obtenu du clergé de France qu'il payât des pensions aux ministres protestants qui se convertissaient. Sûr de son pain, Visconti abjura. Il nous dit lui-même, dans sa lettre à Louis XIII,
E. Arnaud, Bibliographie huguenote du Dauphiné, Grenoble, 1894, in-8°, p. 92. Les contemporains appellent Visconti « M. Visconte, Vicomte ou le Vi conte ».
1. Lettre de Visconti à Louis XIII du 27 juin 1625, Maz., 2127, fol 151 v°.
que ce fut en 1G20 qu'il se convertit à la foi catholique. On s'explique qu'à dater de cette époque il en ait agi si légèrement avec ses anciens coreligionnaires. Il n'avait pas divulgué sa conversion : plus tard, réclamant des gratifications, il déclarera au roi que c'est son abjuration qui l'a fait révoquer de ses fonctions de professeur à Die, ce qui était inexact1.
Il se donna tout entier à l'œuvre entreprise par Louis XIII. Il vint à Paris; le roi le reçut dans son cabinet2. Il affirma ses espérances avec une exubérance méridionale : « Je m'assure, disait-il, que, faisant un voyage aux dits pays, j'apporterai un rôle de plus de cinq cents personnes converties avec attestations du clergé et du magistrat!... Il est certain, insistait-il, que je rangerai à l'obéissance de l'Église et du roi une caterve innombrable de huguenots et laisserai le parti si faible qu'il n'aura de quoi lever la tête, ce, à fort petits frais, au prix de ce que les autres font, ou à l'égard d'une guerre civile ». Et se doutant que Louis XIII devait sourire : « Je supplie très humblement le roi de croire que je ne crois point légèrement, que je parle avec fondement et qu'on verra par la suite le mérite de ce que j'ai proposé3. »
En môme temps que ces exagérations, ce qui était
1. M.iz. 2127, fol. 105 r\ Il fut mêlé à la conversion de Lesdiguières, D'après Videl (Hist. de Lesdiguières, 1666, iû-12, t. II, p. 145), Lesdiguières aurait demandé à Déageant, qui cherchait à le convertir, de discuter devant lui avec un ministre protestant. Déageant aurait amené Visconti « que Lesdiguières aimoit beaucoup parce qu'il avoit pris autrefois sa défense contre les censures des synodes ■>. La victoire de Déageant avait été facile. Lesdiguières ne connaissait donc pas la conversion secrète de Visconti.