‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 167 sur 349 · Ibid., p. 14 et · texte numérisé non relu

Ibid., p. 14 et

testait « ne vouloir prendre aucune part au gouvernement? ' »

L'annonce, en février 1G19, que Louis XIII se disposait à tenir sa promesse et à faire le voyage prévu à Blois précipita les événements. Marie de Médicis affecta de croire que le roi venait pour remmènera Amboise, lieu plus escarpé, et l'y enfermer : elle était avertie le 15 : dans la nuit du 21 au 22, elle s'enfuyait2.

Depuis quelque temps, déjà, cette fuit»1 était préparée. Au milieu des gens qui environnaient la reine se trouvait certain petit abbé italien, nommé Rucellaï, appartenant à une assez bonne famille de banquiers, riebe luimême de 20 000 écus de rente, faible et délicat de santé, mais bon vivant, aimable d'ailleurs, prétentieux et ridicule3. Après avoir été en bons termes avec M. de Luynes, il l'avait quitté, puis s'était réfugié auprès de Marie de Médicis qui l'avait bien accueilli et lui avait laissé prendre une influence dont il ne se servait que pour donner des conseils violents. Il offrit d'aller négocier avec d'Epernon la fuite de la reine mère1.

i. Richelieu, Mrm., éd. Mi chaud, t. I. p. 191.

2. Louis XIII affirme que Marie de Médicis s'est enfuie au moment où il allait aller la voir dans une lettre au due de la Force du 24 février 1019 {Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. II, p. 469); dans une autre du 26 février au duc de Bouillon (Bibl. nat., nouv. acq. fr. 7797, fol. 308 r°); Cf. Pontchartrain,.)/*™.. éd. Michaud, p. 403. Sur la croyance qu'eut Marie de Médicis que le roi venait pour l'enfermer à Amboise, voir une note aux Arch. des AIT. étrang., France 772, fol. 247 r°.

3. Sur ce personnage, voir L. Passerini, Genealogia e storia délia famiglia Rucellai, Florence, 1861, in-8°; puis Girard, Hist. de la vie du duc d'Epernon, Paris, 1665, in fol., p. 299 et 300; Richelieu, Mém., t. 1. p. IÔ9, 268-9; les lettre- «lu nonce (Bentivoglio, Lettere, t. II, p. 232, 271 : t. III. p. 455, 450, 464,516; t. IV, p. 11); Rassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. 111. p. 2.

4. Après la mort de Concini, Rucellaï avait rendu des services à Luynes (Arch. des AIT. etraug., France 772, fol. 243 v°).

Grand seigneur, « d'humeur altière et difficile », autoritaire, orgueilleux, et, malgré cela, très entouré d'amis dévoués, d'Epernon était un des plus puissants personnages du royaume '. Il s'était fâché avec le gouvernement parce qu'on avait donné des charges d'officiers d'infanterie sans le consulter, ce qui n'aurait pas dû se faire puisqu'il était colonel général; il avait eu une dispute avec le garde des sceaux du Vair à propos d'une question de préséance à Saint-Germain l'Auxerrois, avait chassé du Vair de l'église, et pensant être arrêté après cet esclandre, s'était sauvé à Metz, ville dont il avait le gouvernement2. Rucellaï vint l'y retrouver sous un déguisement et porteur d'une lettre de Marie de Médicis.

A la demande qui lui était faite d'aider l'ancienne régente à fuir, d'Epernon hésita : il questionna3. On lui montra copie de la lettre de Louis XIII qui autorisait sa mère à circuler dans le royaume 4. Il demanda si on aurait de l'appui, de l'argent; Marie de Médicis répondit de Blois, citant des noms, indiquant ses ressources. D'Epernon balança, puis fit dire qu'il était aux ordres de la reine et

i. Voir sur d'Epernon, Bibl. nat., ms. Dupuy 215 (fol. 149-164) et 536; ms. fr. 20 742, fol. 64 v°; puis ce que disent du personnage Béthune à Pontchartrain, dans une lettre du 9 avril 1619 (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 97 fol. 216 r°), Pontis, Mém., éd. Michaud, p. 484.

2. Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 133; Girard, Hist. de la vie du duc d'Epernon, p. 291; Bohan, Mém., éd. Michaud, p. 522; Bichelieu, Mém., même édition, t. I, p. 190.

3. Tous les auteurs contemporains sont pleins de détails sur la fuite de Blois. Nous suivrons surtout la Relation de la sortie de la reine mère de Blois (Dans Aubéry, Mémoires pour l'histoire du cardinal duc de Richelieu, Paris, 1660, in fol., t. I. p. 135 et suiv.) et le récit de Girard {Hist. de la vie du duc d'Epernon, p. 327 et suiv.), Loiseleur a tenté une narration circonstanciée (Ravaillac et ses complices, Paris, 1873, in-12, p. 110-177).

4. Nous avons le texte de la lettre par laquelle Marie de Médicis sollicite l'aide de d'Epernon; elle est datée du 14 février 1619 (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 97, fol. 79 r°) ; la copie de la lettre de Louis XIII autorisant sa mère à voyager librement dans le royaume est jointe (Ibid., r°).

que si celle-ci voulait quitter Blois, passer la Loire, il se trouverait sur l'autre rive, avec une escorte, pour reramener à Angoulème, pays dont il était gouverneur. Ceci se passait à la fin de 1G1S. Personne, à la cour, ni autour de Marie de Médicis, ne se doutait de rien. Ne voulant pas, jdus tard, incriminer la personne de la reine mère, le gouvernement accusera d'Epernon d'avoir enlevé Marie de Médicis; l'opinion prétendra qu'il est l'auteur de la fuite de Blois : des libelles le traiteront de misérable! » il sera vilipendé '. Mais Marie de Médicis protestera que c'est elle qui est allé chercber d'Epernon, qu'elle l'a prié, même « supplié »2; le duc se défendra vivement de l'accusation, disant qu'il a obéi aux ordres de la reine3, et on finira par reconnaître la vérité.

D'Epernon partit de Metz le 22 janvier 1619 avec une escorte de 120 cavaliers. Il passa par Dijon, Roanne, Vichy. A Confolens, il prévint la reine de son voyage et remontant vers Loches avertit Marie de Médicis qu'il était prêt : c'était le 21 février. Marie de Médicis, résolue à partir la nuit suivante, mit au courant de ses projets son premier écuyer, <!<• Brennes, les deux exempts de ses

1. L'abcès de M. d'Epernon percépar un </ • sesamis, Paris, 1619, in-12 : Sommation faite à Monsieur le duc d'Epernon, Tours, 1619, in-12. p. Il; Histoire véritable de tout ce qui s'est fait et passé depuis le premier janvier Î619, Paris, 1619, in-12, p. 18; « Remontrance à .M. d'Epernon par un de ses amis », Bibl. uat., ms. fr. 2ii7i2. fol. 'iT r°, ni r°.

2. Lettre de M. de Béthune à Louis XIII du 21 mars 1619 (dans Négociation avec la reine mère, p. 29).

3. La Justification de Monsieur le due d'Epernon, Paris, 1020, in-12; La Copie d'une lettre écrite nu roi par Monsieur d'Epernon, Paris. 1619, in-12: lettre de d'Epernon au cardinal de Sourdis du 25 mars 1619 (dans Négociation, p. 91) : d'Epernon prouvera a .M. de Béthune, qu'il a été appelé a Blois [Ibid, p. OU, lettre de Béthune au roi). Le 12 août 1620, il écrira ;i Marie de Médicis pour la prier de fane revenir le roi sur l'opinioo qu'il a de son rôle au moment de la fuite de Blois (Bibl. nat., ms. fr. 20 742, fol. 132 r

gardes, La Masure et Mercey, sa femme de chambre italienne, Catherine, dont elle voulait se faire accompagner. Craignait-elle que le château ne fut rempli d'espions? Eut-il été si dangereux pour elle de simuler une promenade en voiture et de partir en plein jour de façon moins étrange? Elle commanda à M. de Brennes de tenir prêt son carrosse attelé de six chevaux, le lendemain matin, à cinq heures, au bout du pont de la Loire; procéda à quelques préparatifs, rassembla ses bijoux, et, le lendemain matin, à six heures, — il faisait nuit encore — passant par une fenêtre de son appartement qui donnait sur la terrasse, vers l'ouest, elle descendait au moyen d'une échelle de corde ' : en raison des travaux de réfection du mur de soutènement du château, toujours en cours d'exécution, il y avait à cet endroit une pente douce d'éboulis de terres de 100 à 120 pieds — 30 à 40 mètres — ; Marie de Médicis s'assit pour mieux glisser. Arrivée au bas, elle gagna à pied l'autre côté de la Loire : deux individus qu'elle rencontra la voyant entre deux hommes et ne la reconnaissant pas, plaisantèrent, croyant ceux-ci en bonne fortune. Elle trouva son carrosse, monta et, sans encombre parvenait à Loches d'où M. d'Epernon qu'elle rejoignait allait la conduire à Angoulême 2.

Le lendemain samedi, à cinq heures du soir, Louis XTII

1. Pour la topographie des lieux, voir L. de la Saussaye, Hist. du château de Blois, Paris, 1850, in-18, p. 352 et Lesueur, les Fouilles du château de Blois, Caen, 1908, in-8°, p. 13.

2. Aux sources citées plus haut pour la fuite de Blois, ajouter : Pontchartrain, Mém., éd. Michaud, p. 403; Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. II, p. 143; la lettre du nonce à Monteleone du 25 février 1619, Bentivoglio, Lettres, 1680, in-12, p. 241; Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 135; Rohan, Mém., même édition, p. 514; Richelieu, surtout, qui paraît très au courant, Mém., même édition, t. I, p. 190.

qui revenait de la chasse, à Saint-Germain, avec le prince de Piémont, apprenait la nouvelle par un courrier spécial du gouverneur de Mois. Ainsi la reine mère du roi, naguère encore régente du royaume, jugeant l'État mal gouverné et, voulant reprendre le pouvoir, s'enfuyait, sans doute, pour faire appel à la guerre civile, et peut-être s'adresser à l'étranger. L'émotion fut vive. Louis XIII tint rapidement un premier conseil : le lendemain, à sept heures, il partait pour Paris où il allait avoir, la matinée, une importante réunion de ses ministres '.

Des lettres arrivèrent donnant des détails : d'Épernon paraissait l'auteur responsable. Louis XIII déclara qu'il allait user de moyens rigoureux : « de sa propre houche Sa Majesté dit vouloir aller en personne châtier Epernon ». Le 12 mars, le prince de Piémont écrivait à Marie de Médicis : « Je reconnais le roi grandement irrité contre ceux qu'il estime vouloir, sous votre nom, apporter de l'altération à votre amitié avec lui et le voir en état de courir puissamment sur eux2 ». Louis XIII, dira lui-même le 28 à Lesdiguières : « Je suis résolu de donner à M. d'Épernon tout le châtiment qu'il mérite pour une action de cette nature que je ne me serois jamais persuadé qu'il eut eu la hardiesse de penser e' même d'oser entreprendre 8 ».

1. Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 144 r° ; Déageant, Mém., éd. de 1668, p. 191 ; Fontenay-Mareuil, Mém., p. 136; dépêche de Contarini des 23 février et 9 mars" 1619, Bibl. nat., ms. ital. 1772: p. 327; 1773, p. 12. Les lettres de Bentivoglio indiquent bien la vive émotion qui saisit la cour, Lettres, Paris, 1680, in-12, p. 151, 243.

2. Lettre du prince de Piémont à Marie de Médicis, Bibl. nat., ms. fr. 20742. fol. 15 r°.

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