Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 97, fol. 92 r
Une lettre de Marie de Médicis arriva de Loches adressée au roi : la reine mère expliquait sa fuite : elle disait quelle avait craint pour sa vie, que Louis XIII était mal conseillé, ses affaires compromises; qu'elle se mettait à l'abri pour pouvoir lui parler librement; elle ajoutait qu'elle avait agi de la sorte « selon que les plus grands de votre royaume et du dehors encore m'ont, avec mille protestations, conseillée1 ». Dans une lettre écrite au duc de Mayenne et rendue publique, elle répétait : « J'ai été, par l'espace d'un an tout entier, sollicitée par plaintes et prières générales dedans et dehors le royaume, de faire entendre au roi, Monsieur mon fils, le péril évident de son autorité' ». Qu'était-ce à dire? L'ancienne régente était-elle en relations avec tous les grands, avec l'Espagne? Les huguenots étaient-ils prêts à la suivre dans sa révolte? Ces questions furent agitées au conseil. Les opinions se partagèrent : les uns, Mayenne, Vendôme, Longueville, Guise, Luynes, le cardinal de Retz, se prononçaient pour une action énergique; d'autres, Villeroy, Jeannin, Sillery, estimaient qu'il fallait agir avec prudence; Louis XIII se déclara prêt à sortir de Paris avec des troupes dans les cinq jours. Il fut décidé qu'on mènerait simultanément et les préparatifs militaires et les négociations3. Un gros effort serait tenté : trois armées seraient mises sur pied, l'une en Gham-
1. Lettre de Marie de Médicis au roi, datée de Loches, 23 février 1619, Bibl. nat., ms. fr. 20742, fol. 3 r°; voir aussi : Copie delà lettre de la reinemère et de la réponse du roi, 1619, in-12.
2. Lettre de la reine mère envoyée à M. le duc de Mayenne le 6 de mars 1619, in-12, p. 3-4.
3. Sur ces discussions du conseil, voir une lettre du prince de Piémont du 11 mars 1619, Bibl. nat., collect. Moreau 724, fol. 201 r°et v"; Brienne, Mém., éd. Petitot. t. 1, p. 337; Pontchartrain, Mém., éd. Michaud, p. 404; Bentivoglio, Letkre, t. III, p. 218.
pagne, l'autre en Guyenne; le roi conduirait la troisième qui marcherait vers le Poitou et la Saintonge. On porta les effectifs «les compagnies de cavalerieà 100 maîtres, les compagnies des gardes à 200 hommes et celles des autres régiments à 100. Mayenne reçut Tordre de lever dans le Midi 10 000 fantassins, 2 000 chevaux : en tout, on aurait 30 000 hommes de pied et 6000 cavaliers1. Par lettres patentes du 15 mars, Louis XIII faisait expresse défense à qui que ce fut de tenter, sans commission de lui, aucun armement ni réunion de gens de guerre2; il ordonnait de hloquer Blois et de ne plus laisser sortir personne du château3; il écrivait à sa mère une lettre hautement indignée, soutenant toujours que d'Epernon l'avait enlevée, annonçant son intention d'aller la délivrer : « Je n'estimois pas, qu'il y eut homme, quel qu'il fut, disait-il, qui, en pleine paix, eut l'audace, je ne dis pas d'exécuter, mais de concevoir la résolution d'entreprendre sur la liberté de la mère de son roi : je châtierai si puissamment cette injure, que le mal eu tombera sur ceux qui se veulent couvrir de votre nom et i|iii cherchent leurs avantages dans la ruine de mon peuple et dans la diminution de mon autorité! '• »
L'opinion se prononçait pour lui; elle déplorait la conduite de Marie de Médicis. « Vous avez si fort scandalisé le monde, écrivait-on à la reine mère, que même
i. Pontchartrain, op. et Inc. rit.; Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, [i. 137. En temps de paix l'effectif des compagnies des gardes était de 100 hommes et celui des <i >rn [).i;--nif> des autres régiments de 35.