‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 169 sur 349 · Ar.li. nat., X** 8649, fol. 191 v · texte numérisé non relu

Ar.li. nat., X** 8649, fol. 191 v

3 Lettre de Louis XIII à M. de llamhu, datée <!'■ Saint-Germain, mars 1619, Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 100 r" : registres de la ville de Blois. cités par L. Bergevin, Hist. de Blois, t. I. p. 127

4. Lettre de Louis Mil a Marie de Médicis du 12 mars 1619, Bibl. nat., ms. fr. 20742, fol. ."> v

les personnes qui vous sont du tout acquises disent que votre résolution a prévenu toute sorte de bon naturel conseil. Vous vous attirez la haine du peuple et la malédiction de Dieu! J » Personne ne se faisait d'illusion sur le motif de sa révolte : c'était bien à cause du « resret qui lui bourreloit Fàme, à chaque instant, d'être frustrée de la connaissance des affaires de son fils'2». Marie de Médicis avait écrit aux grands du royaume afin de leur expliquer sa fuite et de solliciter leurs sympathies : les grands avaient transmis ses lettres au roi, protestant à celui-ci de leur fidélité et répondu à la reine révoltée d'un ton respectueux mais négatif : Lesdiguières, Sully, d'Alincourt, Montmorency, La Rochefoucauld, Rohan, Ventadour, Mayenne, catholiques et protestants, tous avaient refusé leur concours3. Sully avait écrit rudement : « Vous me demandez conseil : comme ce sont affaires, Madame, qui non seulement passent ma connaissance mais aussi ma capacité, je ne sais point sur quoi les fonder, les conseils ne pouvant donner bien juste quand on ignore les principes sur lesquels on agit4 ». Rohan avait blâmé. Lesdiguières avait poliment décliné5. L'ensemble des protestants s'était prononcé contre Marie de Médicis6. Marie de Médicis s'était

1. « Lettre des bons françois envovée à la reine-mère du roi ». 1619, Bibl. nat.. ms. fr. 20742, fol. 59 r°.

2. Histoire véritable de tout ce qui s'est fait et passé depuis ce premier janvier 1619, Paris, 1619, in-12, p. 18.

:i Nous avons toutes leurs lettres, Bibl. nat., ms. fr. 20742, fol. 28 r\ 30 r" ; Cinq Cents Colbert 97, fol. 89 r . 93 i . '.14 r°, 90 r°, 117 r°, 130 r", 435 r°!

4. Lettre de Sully à Marie de Médicis du 16 février 1619, dans Négociation avec la reine-mère, p. 74.

5. Bibl. nat., ms. fr. 2075:;, fol. 52 v°, 53 v°; .-Ides et corresponde, du connétable de Lesdiguières, t. 11, p. 24 S et 2-i.">.

6. Voir la lettre explicative sur ce point de du Noyer a Naunton, secrétaire d'Etat anglais, du 4 avril 1619, Bibl. nat., Coliect. Moreau 724 fol. 205 r".

adressée au roi d'Espagne, lui avait envoyé un gentilhomme, demandant de l'argent, « des secours secrets », l'aide militaire de l'archiduc Albert, gouverneur de Flandre : l'ambassadeur d'Espagne à Paris, Giron, avait conseillé à son maître de n'en rien faire et de se déclarer neutre '. Enfin la souveraine déchue avait écrit à chacun de ses enfants, à son gendre le prince de Piémont, aux ministres : lous avaient communiqué au roi les lettres et les réponses : celles-ci étaient unanimement décourageantes2.

A la nouvelle des préparatifs militaires faits contre elle, Marie de Médicis éprouva un mélange d'irritation et de peur. Elle écrivit au roi, le 10 mars : « Je meurs, maintenant, par la force de la douleur ou des armes que l'on vous fait prendre. La tache que l'on donnera à votre nom en toute la postérité, d'une prodigieuse violence et la désolation de vos peuples qui en arrivera, vous fera plus de tort que la fin de ma vie ne m'en sauroit apporter; de sorte que me prosternant à vos pieds, je vous supplie et conjure très étroitement de contremander promptement tous les susdits préparatifs de guerre : » Elle

1. Lettres de Marie de Médicis au roi d'Espagne et au prince d'Espagne du 14 mars 1619, Arch. nat., K. 1470, n '35-37; de Giron à son souverain, Ibid., n' 29. Od voit bien par les dépèches de Giron que l'Espagne n'est pas mêlée aux affaires de .Marie de Médicis (par exemple lettre du 25 février 1619, Tbid., n° 22). Louis X 1 1 1 avait écrit lui-même a .Madrid alin d'expliquer la situation au roi son beau-père et de le faire juge. Giron avait suggéré a -on souverain de répondre en recommandant à son gendre l'entente avec sa mère (dépèche de Giron au roi d'Espagne du 20 mars 101'». L'informant de l'envoi de la lettre de Louis XIII et lui indiquant la réponse à l'aire, Ibid., n" 54). Le roi d'Espagne ni' paraissait pas d'ailleurs avoir assez d'argent pour venir en aide pécunièrement à Marie de Médicis car il payait très mal son ambassadeur dont les Lettres sont remplies de plaintes sur son état misérable et de réclamations concernant le paiement de ses dettes (voir par exemple, Ibid., 1477, n» 82, 85).

2. Nous avons ces lettres : Bibl. nat, ms. fr. 20742, fol. 9 v° et suiv.

menaçait : « Voyant vos oreilles bouchées à mes fidèles et justes supplications, je serai contrainte de les faire entendre partout devant la France et l'Europe : je me défendrai1 ». Louis XIII ne répondit pas. Le nonce vint le voir : pourquoi, lui disait-il, de l'artillerie et des troupes contre une mère? La loi humaine et divine ne commandait-elle pas à un tilsune autre attitude à l'égard de celle à laquelle il devait tant? Le jeune roi se borna à répondre qu'il rendrait toujours à sa mère l'honneur et le respect nécessaires, mais qu'il entendait châtier comme il convenait ceux qui oubliaient à son propre égard la déférence et la soumission qui lui étaient dues 2. Désemparée, Marie de Médicis insistait alors que son malheur ne venait que de l'entourage de son fils : « Je ne veux imputer, mandait-elle à Sully, ni attribuer au roi le déplaisir que je reçois, sachant qu'il ne vient point de lui mais de l'artifice et de la haine de ceux en qui il a sa principale confiance et qui abusent de son autorité jusques au point de maltraiter indignement la mère de leur roi et de leur maitre 3. » Elle écrivait dans ce sens au chancelier, au garde des sceaux, à Jeannin : « Je vous somme, leur disait-elle, de représenter au roi l'importance et le péril de ce qu'on lui fait faire. » Mais les ministres protestaient contre cette interprétation des faits qu'ils appelaient : « le blâme injurieux de l'admi-

1. Bihl. nat.. Cinq Cents Colbert 98, p. 109; ms. Dupuy 92, fol. 147 r°; ms. fr. 20 742, fol. 20 v°; cf. Négociation avec la reine-mère, p. 21.

2. Lettre du nonce du 6 mars 1619, Bentivoglio, Letterc, t. III, p. 230.

3. Lettre de Marie de Médicis à Sully datée d'Angoulème du 28 mars 1619, Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 97, fol. 93 r°. Louis X1I1 avait été tenu au courant des détails du voyage de sa mère de Locbes à Angoulème, par une lettre du baron d'IIervault à Pontcbartrain du 27 février 1619, Bibl. nat., ms. Clairambault 373, fol. 197 r°.

nistration du roi. » C'était frapper directement le roi disaient-ils. « Il ne faut point penser, Madame, répondait du Vair, qu'on peut rendre au roi le coup moins sensible pour l'en frapper au travers de quelques uns qui sont près de sa personne; il a assez expérimenté, conjointement avec vous, que tous ceux, par le passé, qui ont eu visée d'attaquer les rois et renverser les Etats, ont fait semblant de mirer ceux qui les approchoient. » Jeannin disait : « Le roi n'a nul besoin de notre conseil, Madame, pour rechercher avec soin et affection le moyen de vous réconcilier, lui y étant si bien disposé de soi-même qu'il prie Dieu tous les jours et nous exhorte aussi de conspirer avec lui ce saint et louable désir ' ». Et Louis XIII informé écrivait de son côté à sa mère : « Assurez-vous, Madame, qu'il n'y a homme si hardi que d'entreprendre de me faire aucune proposition contre l'honneur et respect qui vous est dû. » -

Usant d'un procédé analogue, le roi, à son tour, tâchait de dégager sa mère des gens qui la conseillaient, et décider Marie de Médicis à se soumettre : « Je n'ai d'autre résolution, lui écrivait-il, que de vous aimer et honorer comme ma mère, mais... pour troubler la tranquillité publique et renverser entièrement ma couronne, l'on a sous votre nom, longtemps auparavant votre partement de Blois, commencé et, depuis, toujours con-

i. Les lettres furent imprimées : Lettres de la reine-mère à Messieurs te chancelier, le garde des sceaux, le président Jeannin, A.ngOuléme, 1619, in-12; Lettres de Messieurs les chancelier, garde des sceau.:- et président Jeannin écrites à la reine-mère, l'a lis. 1619, in-12. t'.f. Négociation avec la

'itère. |>. si; Négociations du président Jeannin, éd. Michaud, t. IV, p. 686.

2. Lettre de Louis XIII à Marie de Médicis du 17 mars 1619, Bibl. nat., ms. fr. 20742, fol. 26 r°.

tinué à travailler et corrompre et faire soulever tout ce que l'on a pu à l'encontre de moi... Je regarde et considère comme de ceux qui vous approchent et non comme venant de vous ce qui blesse également mon honneur et le vôtre. » ' Marie de Médicis s'acharna.

Elle rendit le débat public. Elle imprima ses lettres; elle fit courir des libelles. Elle énuméra les raisons qu'elle avait eu de fuir. Le gouvernement, de son côté, agit de même, bien qu'à contre-cœur, « ces sortes de voies, disait Béthune à Marie de Médicis, choquant fort, dans une monarchie, l'autorité du prince.2»

Tandis que les troupes s'assemblaient, cependant, et conformément à la décision qui avait été prise d'essayer en même temps la voie des négociations, le comte de Béthune avait été désigné afin d'aller trouver Marie de Médicis à Angoulème et de lui communiquer les propositions du roi. Ses instructions, discutées en conseil, avaient été rédigées par Pontchartrain 3. Louis XIII

1. Lettres de Louis XIII à Marie de Médicis des 17 mars (Bibl. nat., ms. fr. 20742, fol. 25 vn), 8 avril (Cinq Cents Colbert 97, fol. 191 r°) et 23 avril 1619 (ms. fr. 20742, fol 38 ru); cette dernière fut rendue publique sous le titre de : Réponse de la main du roi à la quatrième lettre de la reinemère du 11 avril 1619, Paris, 1619, in-12.

2. Lettre de Béthune au roi du 21 mars 1619, dans Négociation avec la reine-mère, p. 32; Extrait des raisons et plaintes que la reine-mère du roi fait au roi son fils, Paris, 1619, in-12, p. 4. C'était M. Florent d'Argouges qui rédigeait les lettres de la reine-mère au roi : Marie de Médicis ledit à Béthune (lettre de Béthune à Pontchartrain du 9 avril 1619, Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 97, fol. 214 r°).

3. « M. de Pontchartrain, secrétaire d'État, qui a dressé la dite instruction - (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 97, fol. 1 r°). Nous avons le dossier des « Négociations de MM. le cardinal de la Bochefoucauld et comte de Béthune envoyés par Louis XIII vers la reine sa mère en 1618-1619 pour procurer son retour en cour », Bibl. nat., ms. fr. 15699, fol. 352 v° et suiv.; il a été imprimé dans la Négociation commencée au mois de mars de l'année 1619 avec la reine-mère Marie de Médicis, Paris, A. Vitré, 1673, in-fol.

o (Trait à Marie de Médicis sa pleine et entière liberté : « Je vous fais dire, Madame, lui écrivait-il, par personne de condition et de probité et d'autant plus digne de créance, que je veux et entends que vous ayez pleine et entière sûreté ; que tout l'honneur et le respect qui vous sont dus vous soient rendus en quelque lieu qu'il vous plaira d'aller dans mon royaume, sans rien excepter : je vous en confirme la parole devant Dieu, devant tous les rois de la terre et tous mes peuples que j'appelle pour témoins de l'offre et protestation que je vous en fais '. » Le roi, déclarait Pontchartrain à M. de Béthune, « estime s'être mis en son devoir à l'endroit de la reine sa mère et que, s'il y a du mal, elle en sera la cause. » 2

Marie de Médicis reçut froidement M. de Béthune : « J'ai trouvé la reine mère dans de grandes défiances, écrivait l'envoyé, et quoique, vraisemblablement, elles puissent lui être suggérées de divers endroits, elle ne laisse pas avec cela d'être fort soupçonneuse et d'avoir l'esprit assez entier. » Aux propositions de son fils, Marie de Médicis répondit en demandant que le roi licenciât d'abord ses troupes : le roi refusa. L'entourage de la reine mère qui avait tout à craindre dune réconciliation, allait pousser à la résistance 3.

Cet entourage, c'était Rucellaï, qui avait « la princi-

1. Lettre de Louis XIII à Marie de Médicis du 8 avril 1010, Négociation, p. 148.

2. Lettre de Pontchartrain à M. de Béthune du 20 avril 1619, Bibl. nat., Cinq Cents Colberl 97, fol. 2iS r°.

3. Négociation, p. 40 et 124. Le P. Arnoux écrivait à Béthune le 8 avril : « Écrivez, s'il vous plait, conlidemment, tout ce que vous jugerez qui se puisse faire par moi pour empêcher la rupture et par conséquent la guerre, on prend au lieu où vous êtes trop peu de confiance, ce me semble, où il n"y a nul péril et c'est ce qui altère et cabre les esprits de deçà. (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 97, fol. 198 r°).

pale confiance » de la reine; Jacques d'Apchon de Chanteloube. un gentilhomme forézien, militaire, plus tard oratorien, qui avait été mêlé aux préparatifs de la fuite de Blois; d'Epernon; tous « esprits brouillons et malintentionnés, prévenait Béthune, qui ne cherchoient que de voir les choses au pis entre leurs Majestés. »' Très mal entre eux, ils ne s'entendaient que pour exciter Marie de Médicis; ils la compromettaient en publiant à son insu et sous son nom des manifestes contre le roi. Rucellaï était le plus en vue. D'Epernon n'étant pas d'humeur à le souffrir et l'abbé italien n'admettant pas qu'on put le contredire ni lui disputer sa place, les deux personnages s'étaient brouillés : 2 ils se retrouvaient pour emprunter de l'argent au nom de la reine mère 3, en son nom donner des commissions afin de percevoir les impôts, enlever chez les receveurs et trésoriers des finances les fonds publics1 et lever des troupes5. M. de Béthune fut convaincu qu'on se jouait de lui.

Louis XIII fut extrêmement irrité. Il écrivit une lettre sévère à sa mère : « Je me trouve obligé, lui disait-il, et

1. Lettres de Béthune à Pontchartrain des 21 et 30 mars 1619, dans Négociation, p. 28, 109. « Les autres, dit-il, me semblent peu considérables. «Sur Chanteloube, voir Avenel, Lettres de Richelieu, t. I, p. 645.

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