‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 17 sur 349 · Bibl. nat., ms. ital. 1770, p · texte numérisé non relu

Bibl. nat., ms. ital. 1770, p

à un de nos officiers et sujets de nous voir en particulier et nous entretenir de quelque discours sérieux » ' !

Se sentant personnellement menacé, Concini voulut assurer sa défense. Il possédait Amiens, Ancre, Péronne ; il les fortifia, entassa les armes, les munitions, remplaçant les garnisons par des troupes étrangères à sa solde, cherchant à constituer de ce groupe, au nord, entre Paris et la frontière, une « citadelle » 2. Il occupait Quillebeuf, sur la Seine, en aval de Rouen, Pont-del'Arche, en amont; il renforça ces deux places, mit, pendant quatre et cinq mois, plus de 2 000 ouvriers à la première, et fît amener des canons de l'Arsenal de Paris. Maître de Rouen, en tenant ces deux points stratégiques, il avait dans sa main « la clef de la France », puisqu'il disposait « de la rivière qui donne à vivre à Paris » 3. Il song-ea à disposer d'une armée en campagne. Il commandait trois régiments français de 1 000 hommes; il fit venir de l'étranger des Flamands, des Italiens4. Après

1. Lettre du roi au parlement de Dijon, 1617, p. 3: Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 33; Confession générale du seigneur Conchine, Paris, 1617, in-12, p. 5.

2. Dépositions au procès de Léonora du secrétaire de Concini, Ludovisi Vincente (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert221, fol. 203 r°), de Balthazar Nardi, (fol. 374 r°) et du médecin Alvarez (fol. 378 v°). Cf. A. Danicour, Une révolte à Péronne sous le gouvernement du maréchal d'Ancre, l'an 1016, Péronne, 1885, in-8°.

3. Afin de mieux tenir cette clef de la Seine (Bentivoglio, Letterc, t. I, p. 166), il parla de faire rebâtir le fort Sainte-Catherine de Rouen (Mercure françois, 1617, p. 161). Louis XIII, plus tard, fera démolir les fortifications de Quillebeuf (Lettres patentes de déclaration du roi, contenant le vouloir et intention dudit seigneur sur la démolition du fort de Quillebeuj, Rouen, 1617, in-8°). Un arrêt du Conseil du 14 juillet 1618 réglera l'opération (Arch. nat., E 59*, fol. 111 r°).

4. Déposition de François Daquin, capitaine de la garnison d'Amiens (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 401 v°). Un certain Belgiojoso expédiait de Belgique hommes et armes par chariots à Concini (fol. 402 r°). Le roi garda les canons dont il paya le solde que Concini n'avait pas réglé au fondeur (Arch. nat., E. 55e, fol. 161 r°).

sa mort, on trouvera dans ses papiers le brouillon d'une lettre commencée, qui contenait ces mots : « J'aurai, à la fin du mois de mai, 30 000 hommes, 10 000 François et 20 000 étrangers, avec soixante pièces d'artillerie; je vous laisse à penser à quel point seront réduites mes affaires 1. »

Devant ces préparatifs, il y eut comme un affolement dans le royaume. « Les ordres et corps de l'Etat furent éperdus. » La France se trouva en « combustion ». Craignant l'enlèvement des convois sur les routes, les receveurs particuliers et les receveurs généraux des finances n'envoyèrent plus le produit des impôts et, à Paris, le Trésor n'eut plus d'argent2. Il fallut emprunter; les officiers avancèrent leurs soldes aux troupes3. Sur le point d'aller rejoindre l'armée, Louis XIII dut solliciter des particuliers un prêt de 40 400 livres M L'état du gouvernement était misérable. L'exaspération publique parvenait à son comble. Le nonce, ému, écrivait : « Les esprits sont aussi irrités qu'on sauroit imaginer et en vérité ce sera un miracle s'il n'arrive quelque grand désordre. » Chacun répétait : « Cela ne peut pas durer! » « Dieu veuille, ajoutait Bentivoglio, que la perte du

1. B. Legrain, Décade commençant l'histoire de Louis XIII, p. 420.

2. Arrêts du Conseil du 21 mars 1617 (Bibl. nat., ms. fr. 18191, fol. 411 r°), du 6 avril (Arch. nat., E. 55", fol. 217 r°, 286 r°). Les princes révoltés faisaient main basse sur les caisses publiques (Ibid., 55\ fol. 162 r°; 56", fol. 350 r°); ou les receveurs ne pouvaient pas percevoir les impôts (Ibid., 55", fol. 211 r°). Il fallut transférer des sièges de recettes (Ibid., 55*, fol. 128 r°, 129 r°, loi r°).

3. Arrêts du Conseil ordonnant de les rembourser (Bibl. nat., ms. fr. 18191, fol. 202 r»; Arch. nat., E. 55», fol, 299 r°).

4. En mars 1617 (Bibl. nat., ms. fr. 18191, fol. 262 r°). Les emprunts du gouvernement au début de 1617 sont nombreux (Arch. nat., E. 55*, fol. 7 r°, 115 r". 133 r", 310 r°; E. 55", fol. 354 r°; Bibl. nat., ms. fr. 18191, fol. 353 r° etc.).

le coup d'état du 24 avril 1617. 35

maréchal n'entraîne pas celle de la reine, qui est bonne et a de bonnes intentions1! »

Sous l'effet de la tourmente, Concini était devenu agité, inquiet. Ses violences redoublèrent. Les malheureux ministres, aux prises avec les troubles de l'Etat et lassés des brutalités du maréchal, étaient au bout de leur patience. Comprenant « le désordre dans lequel on s'alloit, « Richelieu se décida à abandonner la partie. Au cours de discussions avec Concini, celui-ci l'avait traité d'une manière si provocante que l'évêque s'était senti profondément blessé dans son honneur «de gentilhomme ». Il offrit sa démission; la reine ne l'accepta pas; cinq fois, dit-il lui-même, il revint à la charge, suppliant « jusques aux larmes ». Marie de Médicis « lui fit fermer les portes jusques à ce qu'il lui eût promis de continuer l'exercice de sa charge » 2. A son tour, Barbin, trouvant que « ce misérable maréchal n'étoit plus supportable, venoit lui aussi demander congé à la reine ». « La régente se courrouça contre lui d'appréhension de se voir abandonnée » ; elle refusa3.

La panique gagna les entours de Concini. Léonora ne se faisait pas d'illusion sur la ruine qui la menaçait elle et son mari : « Madame, disait-elle à la reine, souvenezvous qu'il se perdra et en se perdant il vous perdra, et

i. Bentivoglio, Lettres, Paris, 1680, in-I2, p. 99; du même, Lettere, 1863, t. I, p. 166.

2. Avenel, Lettres de Richelieu, t. VII, p. 417, 418; Richelieu, Mém., t. I, p. 152 et 181. Passage inédit de la Relation de M. de Chaulnes, Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 137 r°.

3. Barbin, plus tard exilé, rappelle ces faits à Richelieu (lettre de Barbin à Richelieu du 22 janvier 1622, Arch. des Aff. étrang., France, 775, fol. 121 v°). Cf. Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 195; Chaulnes, Relation exacte, p. 461 et 469; Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 292.

moi, quant et quant ' ! » Elle résolut Je réaliser ses biens et de s'en aller en Italie. Elle chargea son écuyer Desdiguières de tâcher de lui vendre un domaine qu'elle avait à Lésigny-en-Brie et un hôtel qu'elle possédait rue de Tournon; elle parla d'aller faire un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette, afin d'expliquer son départ2; par l'intermédiaire des banquiers Lumagne et Mascarani, elle plaça des fonds au delà des monts ; elle donna l'ordre d'emballer ses meubles3. Mais Concini lui déclara qu'elle ne partirait pas; il ne voulait pas partir '. Et, cependant, lui-même ébranlé, avait fini par hésiter. Sous le coup des nouvelles alarmantes qui lui arrivaient de tous côtés, affecté par la mort de sa fille, qu'il perdit le 2 janvier 1611, il avait eu une heure d'affaissement. « Segnour, je suis perdu! Segnour, je suis misérable! » disait-il à Bassompierre, qui était venu le voir dans la petite maison du quai; et, comme l'autre cherchait à le consoler : « Ha! Monsieur, reprenait-il, laruinede moi, de ma femme, de mon fils, que je vois prochaine devant mes yeux et inévitable, me fait lamenter et perdre patience ! L'homme arrive jusques à un certain point de bonheur après lequel il descend ou bien il précipite, selon que la montée qu'il a faite a été haute et roide ! » Et il racontait sa vie, partie de si bas, arrivée à un tel degré de puissance; il avouait maintenant que « la fortune se lassoit de le favoriser » ; il fallait, par prudence, songer

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