Bibl. nat., Cinq-Cents Colbert 98, p
5. Lettre de Louis XIII à Marie de Médicis datée d'Amboise le 17 juillet 1619 et publiée sous le titre de : Nouvelle lettre du roi envoyée à la reine-mère, Paris, 1619, in-12, p. 5.
envoyait M. de Montbazon afin de lui dire qu'il l'attendait : « Acheminez-vous de par deçà, je vous supplie, au plus tôt, et me donnez ce contentement que nous retournions ensemble à Paris. » De son côté le P. Arnoux t'crivait à Marie de Médicis pour l'assurer de la loyauté des dispositions de son fils '. Marie de Médicis fit attendre longtemps la réponse : cette réponse, enfin, était qu'elle consentait à venir voir son fils à Tours.
La rencontre eut lieu le 5 septembre, à quelque distance de la ville, dans le château de Couzières propriété du duc de Montbazon. Marie de Médicis y était depuis la veille. Louis XIII arriva le matin, à cheval, vers onze heures et demie. Montbazon reçut le prince à la porte du parc et le conduisit dans une allée où se trouvait l'ancienne régente qui l'attendait entourée de princesses et de dames2. Lorsqu'ils s'aperçurent, la mère et le fils, très émus, hâtèrent le pas l'un vers l'autre, s'embrassèrent puis fondirent en larmes. Marie de Médicis était grossie, vieillie, encore assez majestueuse. Ils marchèrent côte à côte quelques instants en silence. Quand ils purent parler, le roi dit : « Il y a longtemps que j'ai désiré tous voir! » Marie de Médicis continuait à pleurer. Louis XIII passa son bras sous celui de sa mère ; ils s'acheminèrent lentement vers le château où, étant
1. Lettres: de Louis XIII à Marie de .Médicis de juillet 1619, Bibl. nat., ms.fr. 20742, fol. 115 T : du 1'. Arnoux à la même du 22 août 1619, Arch.
\IV. étrang., France 772, fol. 121 r°.
2. Los détails les plus précis sur l'entrevue de Couzières sont donnés par lléronrd (Bibl, nat., ms. fr. 4026, fol. 210 v°), la dépêche de Contarini du 10 septembre 1619 (Bibl. nat., ms. ital. 177:t. p. 239 ei 246), le récit officieux publié sous le titre de /' [udience donnée /»</• /<■ roi à la reine su mère, Paris, 1619, in-12; le texte de .1. B.Matthieu, témoin oculaire, HiM. de Louis MU. dans 1'. Matthieu. Hist. de Henri IV, Paris, 1631, in-fol., t. II, p. 112).
mi: a i: et fils. 363
entrés dans le salon, ils demeurèrent une heure à causer seuls. Lorsqu'ils sortirent, le roi paraissait satisfait. Il prit sa mère par la main, la conduisit à son carrosse dans lequel il monta avec Anne d'Autriche, puis ensemble allèrent à Tours. Marie de Médicis voulait partir immédiatement pour Angers. Louis XIII la décida à rester encore quelques jours. Bassompierre, écrivant à son beau-frère le comte de Tillières, pour lui rendre compte de ce qui s'était passé, lui disait qu'on asait remarqué deux choses : la première que Marie de Médicis n'avait pas été appelée au Conseil; la seconde qu'elle avait dit ne pas vouloir revenir à Paris en même temps que son fils, de peur « qu'il parut qu'on la menât en triomphe1 ! » Heureux de cette réconciliation, Louis XIII avait désiré que, le 6 septembre, Marie de Médicis fut reçue dans la ville de Tours avec la pompe usitée à l'égard des reines régentes, et le peuple satisfait de la paix conclue s'était prêté à cette fête avec empressement2. Le roi voulut remercier Dieu solennellement; il le fit dans l'antique cathédrale de Chartres, chère à ses ancêtres de Vendôme3. Tout le monde le félicitait : le roi d'Espagne lui avait envoyé ainsi qu'à Marie de Médicis ses compliments4. Louis XIII renouvela une fois de plus à sa
1. Lettre de Bassompierre au comte de Tillières du 2 octobre 1619, Bibl. nat., nouv. acq. l'r. 3538, fol. 2 r°.
2. Réception faite à la reine-mère du roi en la ville de. Tours le vendredi 6e jour de septembre, Paris, 1619, in-12: les Triomphes et magnificences faites à l'entrée de la reine mère du roi en la ville de Tours, Lyon, 1619, in-12. Cf. Ch. de Sourdeval, Trois passages de Louis XIII à Tours, 16M, 1616, i6I9, dans : Mém., de la Soc. archéol. de Touraine, t. XVII, 1865, p. 106.
3. Les Magnificences préparées en l'église Notre-Dame de Chartres pour les dévotes actions de grâce du roi et de la reine sa mère, de leur heureuse entrevue et amiable réconciliation, Paris, 1619, in-12.
4. Lettres du roi d'Espagne à Louis XIII et à Marie de Médicis, de la fin de septembre 1619, Arch. nat., K. 1476, n° 128*, 129, 131.
mère la confirmation de ses revenus; il lui fit don de 200000écus; il prescrivit au surintendant Schomberg de payer à M. Florent d'Argouges, trésorier général de la maison de la reine-mère, les arrérages dus à Marie de Médicis ' : il lâchait d'être agréable à l'ancienne régenl<\ de la combler de prévenances : mais il n'avait pas voulu l'admettre dans son conseil; Marie de Médicis ne devait pas le pardonner!
A la demande que lui fit Louis XIII de revenir avec lui à Paris, elle répondit évasivement qu'elle irait, mais pas pour le moment : ayant à sa disposition, aux termes de la paix d'Angoulème, le gouvernement d'Angers, elle désirait se rendre dans cette ville. Un peu surpris, Louis XIII accéda. Il voulut que les Angevins fissent à sa mère une entrée aussi somptueuse que celle que lui avaient faite les Tourangeaux, mais, par précaution, il ordonna d'enlever au préalable des magasins de la ville toutes les armes et les munitions qui s'y trouvaient2. Les semaines qui suivirent, l'étonnement du roi s'accentua. Rentré à Paris, il écrivit à Marie de Médicis afin de la presser de mettre à exécution la promesse qu'elle lui avait faite de le rejoindre; Marie de Médicis fit des réponses dilatoires. Il venait de se produire un incident qui allait envenimer les rapports de la mère et du fils.
1. Arn't du Conseil du 24 octobre 1619, Arch. nut., E. 02,:, fol. 41 r"; lettre de Schomberg à Richelieu du 29 octobre 1010, Arch. des AIT. étrang;., France 772, fol. 150 ru; dép. île Contarini du 3 septembre 1619, Bibl. nat., ms. ital. 177:3, p. 234.
2. liccit et véritable discours de Ventrée de la reine-mère dans lu ville dAngers, faite le 16 octobre ICI'.), Angers, 1010, in-4°; E. Pavie, la Guerre entre Louis XIII et Marie de Médicis, 1899, in-8", p. 31. Cette entrée coûta a la ville 15487 livres, 2 sols, qu'elle ne put payer qu'en doublant, pour six ans. le droit de clovaison sur les denrées et marebandises passant par la dite ville ». (Arcb, uat. E. 05», fol. 347 r°).
Arrêté en 1616, du temps de Concini, par ordre de l'ancienne régente, pour des raisons politiques, le prince de Gondé végétait depuis ce temps-là en prison. Dès le lendemain de la mort du maréchal d'Ancre, la question avait été posée, au conseil, de le relâcher. L'affaire en était restée là1. Elle avait été reprise en diverses occasions, notamment par Vitry, Déageant et autres : il avait été répondu que ce serait peut-être donner libre carrière à une remuante personnalité et jeter un élément nouveau de trouble dans le royaume 2. On agita la proposition encore après la fuite de Blois. Le bruit en vint aux oreilles de Marie de Médicis, pendant qu'elle négociait avec Béthune à Angoulême. Elle réclama. Evidemment, expliquait-elle à Béthune, on ne pouvait garder Condé indéfiniment en prison ; mais, il fallait attendre qu'elle fut réconciliée avec le roi pour que Condé put croire qu'elle avait contribué à sa libération3. En réalité, Condé réclamant avec insistance, Louis XIII s'était décidé. Il avait fait prévenir de ses intentions Marie de Médicis à Tours, après Couzières, par Richelieu : il fît renouveler l'avertissement par M. de Béthune plus directement encore''; le 17 octobre il mettait l'affaire en délibération devant son conseil, qui, après discussion, décidait la libération de Condé \ Le jour même, Louis XIII écrivit à sa mère
i. Dépèche dans ce sens de Monteleone au roi d'Espagne de mai 1017, Arch. nat., K. 1473, n° 93.
2. Pontchartrain, Mém., éd. Michaud. p. 394, 395: lettre du nonce du 14 mars 1G18, Bentivoglio, Lettere, t. II, p. 277.
3. Dépêche de Gontarini du 9 mars 1619, Bibl. nat., ms. ital. 1773, p. 18; lettre de Béthune à Luynes, du 12 avril 1619 et réponse de Luynes, dans Négociation, p. 178.
4. Louis XIII le dit dans une lettre à Marie de Médicis du 17 octobre 1619 Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 98, p. 56.