‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 175 sur 349 · Pontchartrain, Mém., éd. Michaud, p · texte numérisé non relu

Pontchartrain, Mém., éd. Michaud, p

4. Bentivoglio, Lelten-, t. IV, p. 74, lettre du 17 janvier 1620.

ce qu'elle trouvait à redire à la politique du gouvernement? « L'on ne manque jamais de prétexte, répondait le roi; il n'y a point de gouvernement qui puisse plaire à tout le monde l. » Au début d'avril, il envoya M. de Montbazon avec charge de redire à sa mère qu'elle aurait « tout contentement, la prier de venir, qu'elle seroit honorée et bien accueillie, autant qu'elle le pourroit désirer. » De Fontainebleau, Louis XIII s'achemina même vers Orléans, afin d'aller au devant de Marie de Médicis. Alors Marie de Médicis déclarant qu'elle considérait ce déplacement comme la preuve indéniable du dessein qu'avait son fils de venir à nouveau s'assurer de sa personne et l'enfermer dans quelque forteresse, appela à son secours ses amis et ses partisans. Elle se révoltait une seconde fois. Le roi rentra à Paris2.

On lui conseilla de marcher immédiatement sur Angers avec des troupes : il refusa; il voulait essayer de moyens pacifiques. En mai, il expédiait M. de Blainville pour confirmer les précédentes déclarations de M. de Montbazon. Marie de Médicis répondit des phrases vagues. M. de Blainville fit trois fois le voyage. La reine finit par dire « que l'on n'envoyoit point vers elle des personnes en qui elle put prendre confiance. » Louis XIII lui adressa une imposante mission composée

1. Letlre de Louis XIII à sa mère du début de 1020, Bibl. nal., Cinq Cents Colbert 98, p. 74.

2. Pontcbartrain, Mém., éd. Michaud , p. 411. Richelieu écrivait à l'abbé de la Cochère : « La reine a été bien aise de voir vos dernières lettres qui lui témoignent qu'il n'y a point eu de dessein au voyage, qu'on a fait à Orléans. Quoi que vous lui en mandassiez auparavant, elle ne le croyoit pas... Vous n'eussiez su ôter de l'imagination de tout le monde que la guerre ne dut être sur ce voyage. » (Catalogue of the collection of autographs letters of Morrison, t. V, p. 261).

de Montbazon, Bellegarde, l'archevêque de Sens et Jeannin, pour « proposer toutes sortes de contentemens à la dite dame reine ». L'ambassade n'eut pas de succès1. « Faites mes recommandations à la reine ma mère, avait dit Louis XIII à l'archevêque de Sens; assurez-là que j'aurai toujours le cœur et les bras ouverts pour la recevoir, que je ne laisserai pas de la prier de venir auprès de moi ni de la faire honorer dans la cour et par tout mon royaume; quant aux brouillons qui oppriment mes sujets et veulent partager mon autorité par leur faction, il n'y a sorte de péril où j<1 n'entre pour les faire sortir de France et les réduire à mon obéissance! Dieu m'assistera, priez le pour moi!2 »

Des troupes se concentraient autour de la reine mère : des seigneurs venaient la trouver3. Marie de Médicis publia un manifeste dans lequel, levant le masque, elle expliquait la série des réformes que, suivant elle, il y avait lieu d'apporter à la marche des affaires publiques :

i. Pontcbartrain, Mém., p. 414. Voir comment Richelieu travesti! le bul de ces missions, Mém., éd. Michaud, 1. 1, p. 220.

2. 1 éritable relation de ce qui s'est passé de jour en jour au voyage du roi, 1620, Paris, 1620, in-12, p. 28 (récil officieux). Le 23 juin 1620, M. de Puisieux écrivait à M. de Gésy : « Sa Majesté fait ce qu'elle peut pour donner toute confiance a la reine sa mère de son amitié, y envoyant sou vent pour cet effet » (Bibl. nat., ms. fr. 16156, fol. 91 v°).

3. Mais le public ne comprenait rien à la révolte de Marie de Médicis. « Sur la dernière levée de boucliers, je confesse que je ne voisgoutte, • mandait Malherbe à M. du Bouillon (dans Œuvres, éd. Lalanne, t. IV, p. 53). On était plutôt irrite [Lettres de V Pasquier, Paris, 1623, in-8°, [i. 7:î": les Plaintes de la France à ses enfants dénaturés, 1020, in-12; Humble supplication 'lu tiers Élut nu roi, Paris, 1020, in-12); on se proaonçait pour Louis XIII (de la Boursaudière, le Manifeste françois au ro . Paris, 1020. in-12, p. S). Richelieu appelait alors le mouvement de l'opinion ■ les orages tempétueux d'une commune populace » {Harangue à la reine mère du roi contre les plaintes de Messieurs les princes, faite à Sa Majesté sur les affaires du temps par Messire A. I. 1). P. I). R., évesque 'le Luçon, le :f juillet 1620, Paris, 1020, in-12, p. 3).

la déclaration était un programme de gouvernement. Pouvait-elle nier maintenant qu'elle ne convoitait pas de reprendre le pouvoir? Il fallut se décider1.

Au conseil du roi, Condé demanda une action énergique : les vieux ministres étaient d'avis d'user encore de douceur. Condé « n'ayant autre chose à la bouche que feu et sang », déclarait qu'il ne s'agissait de rien autre que de savoir si la couronne n'allait pas être enlevée au roi. Les ministres se récriaient2. Cependant les nouvelles arrivaient que Marie de Médicis empruntant de tous côtés, ses partisans, par surcroit, faisaient main basse sur les fonds des collecteurs des tailles, s'emparaient des recettes publiques, agissaient munis de mandements de la reine mère portant en tête : « Marie, par la grâce de Dieu, reine de France, mère du roi..., mandons et ordonnons... 3 » Des troupes étaient levées en son nom et avec des commissions signées d'elle4 : de grands seigneurs se prononçaient5; on parlait du secours de l'Espagne6!

1. Manifeste envoyé au roi par la reine mère de Sa Majesté, 1620, in-12.

2. Dépèche de Contarini du 23 juin 1620, Bibl. nat., ras. ital. 1774, p. 124 ; lettres du nonce des 1er et lo juillet 1620 (Bentivoglio, Lettere, t. IV, p. 303 et 325).

3. Nous avons de ces mandements: Bibl. nat., ms. fr. 3812, fol. 50 r>; nouv. acq. fr. 7797, fol. 513 r°. Il fallut des arrêts pour régulariser les comptes des receveurs (Arch. nat., E. 65", fol. 134, 136, 138, 140, 142, 144, 146, 148, 150, 152, etc.).

4. Nous avons également de ces commissions, Arch. des Aff. étrang., France 773, fol. 79 r°; Bibl. nat., Dupuv 92, fol. 174 r°; ms. ital. 1774, p. 167; nouv. acq. fr. 7798, fol. 108 r°.

5. Promesse écrite faite par Montmorency, le 15 mai 1620, de secourir Marie de Médicis, Catalogue of the collection of autographs letters of Morrison, t. IV, p. 301. Tout le monde ne suivait pas; il y avait des résistances, Bibl. nat., ms. fr. 20742, fol. 73 et suiv.

6. Le 29 avril 1620, le roi d'Espagne avait demandé à son ambassadeur Giron ce qu'on pourrait bien faire pour entretenir les désordres en France et ce que cela coûterait. Giron avait répondu le 22 mai (Arch. nat., K. 1477, n° 72) qu'on pourrait subventionner Marie de Médicis, le

En juillet 1G20, la situation du parti de Marie de Médicis se trouva extrêmement menaçante. Longueville cherchait à soulever la Normandie et la Picardie; Vendôme la Bretagne; d'Epernon la Saintonge, l'Angoumois et le Limousin ; Hohan le Poitou ; Mayenne et Roquelaure la Guyenne; la Valette Metz. Deux armées rebelles se concentraient : l'une en Poitou, avec d'Epernon, l'autre à Angers avec Mayenne pour marcher sur Paris. Louis XIII allait être pris entre deux feux '. Devant les inquiétudes de ses ministres,, le danger de sa position, la pénurie de troupes dont il pouvait disposer, on sait comment le jeune roi prit résolument sa décision : par une rapide et brillante campagne, il soumettait la Normandie, puis, se dirigeant vers la Loire, attaquait les troupes mal cohésionnées de la reine mère, aux Ponts de Ce, le 1 avril, et les mettait en complète déroute. L'action du roi avait été si prompte, qu'on affecta de croire qu'il n'avait pas eu grand mal ; on appela cette bataille « les drôleries des Ponts de Ce » 2. En réalité, Marie

duc de Mayenne, Épernon; que quant au prix cela dépendrait de ce qu'on exigerait de ces personnages. L'aiïaire ne paraît pas avoir eu de suite. .Marie de Médicis s'était adressée au grand dur de Toscane et au duc de Savoie, sans succès. (Arch. des AIT. étrang., France 773, fol. 182 r° et 189 r°).

1. Pontchartrain, Mém., éd. Michaud, p. 414. Nous renvoyons pour celte campagne au récit détaillé de E. Pavie, la Guerre entre Louis Mil et Marie de Médicis, Angers, 1809, p. 415. Il existe, aux Arch. des AIT. étrang., un dossier spécial sur les affaires de 1620 : France 773.

2. Méditations de l'Hermile Valérien, 1021, in-12, p. 18; Tallemant, Historiettes, éd. P. Paris, t. II, p. 4. Pour le combat des l'nnls de Ce, voir le récit de M. Hanotaux, Histoire du cardinal de Richelieu, t. Il, p. 348 et suiv. Louis X1I1 annonça sa victoire aux officiers du royaume, Bibl. nat., nrs. fr. 3812, fol. 52 r". Les habitants des Ponts de Ce se Orent indemniser des dégâts subits au cours de l'affaire par l'exonération des tailles en 1020 (Arrêt du Conseil du 20 août 1021, Arch. nat., E. 64*, fol. 379 r°).

Mi: P. E ET FILS. 373

de Médicis vaincue se trouvait réduite à capituler sans condition : elle se soumit.

La mère et le fils se retrouvèrent une fois encore à Brissac, près d'Angers. Cette fois, l'entrevue fut glaciale. L'ancienne régente arriva en litière, Louis XIII à cheval. A quarante pas l'un de l'autre, ils mirent pied à terre, s'avancèrent, s'embrassèrent : « La cérémonie, dit Héroard, ne dura pas longtemps. » Louis XIII prenant les devants alla recevoir sa mère à la porte du château d'Angers pour bien lui faire comprendre qu'il était chez lui, puis s'en alla1.

Gomme pour la première fois, il dégagea publiquement la responsabilité de l'ancienne régente en déclarant par un acte officiel qu'il reconnaissait « ses bonnes intentions et inclinations », qu'elle était « innocente de toutes choses qui pourroient être advenues pendant les derniers mouvements. » Les comparses ne pouvaient être condamnés lorsque l'auteur principal des troubles était hors de cause ; Louis XIII pardonna. La réconciliation était conclue2.

Le roi partant pour le Béarn, il avait été convenu que l'ancienne régente reviendrait avec lui à Paris lorsqu'il rentrerait. Marie de Médicis alla s'installer à Fontainebleau pendant que la préparation de son appartement, au Louvre, se poursuivait, avec des discussions et des chicanes au sujet des droits respectifs de la reine mère et de la reine régnante Anne d'Autriche3. En novembre, Je

1. Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 340 v°. La ville loua à ses frais « les maisons occupées en la dite ville pour le logement de la reine mère ». Louis XIII donna 300 livres d'indemnité (arrêt du Conseil du 19 décembre 1620, Arch. nat., E. 65", fol. 346 r°).

2. Déclaration du roi de l'innocence de sa très honorée dame et mère, Paris, 1620, in-12, p. 4 et 5.

3. Cf. Avenel, Lettres de Richelieu, t. VII, p. 487, note; et Arch. des AIT. étrang., France 773, fol. 144 r°.

retour de Louis XIII étant annoncé, Marie de Médicis ne voulut pas paraître dans les rues de Paris à sa suite afin de ne pas avoir l'air d'une vaincue qu'on amenait : elle prit les devants, parvint aux portes de la ville où Anne d'Autriche vint la recevoir, et rentrait dans Paris sans apparat, trois ans après en être sortie dans des conditions si pénibles et si humiliantes pour elle '.

Elle ne fut pas admise au Conseil. Le gouvernement estima, déclare Richelieu, « qu'elle n'auroit pas sitôt mis le pied dans le conseil qu'elle voudroit partager avec le roi son autorité2 ». Elle ne protesta pas. Changeant maintenant d'attitude, sur des conseils adroits, elle était décidée à attendre. Louis XIII lui renouvela le don de ses revenus qu'elle allait utiliser à poursuivre des travaux auxquels elle tenait : la construction du Luxembourg3. Les relations avec le roi son fils étaient correctes. Tout en lui témoignant le respect et les égards qu'il lui devait, Louis XIII la faisait surveiller, savait ce qu'elle faisait et ce qu'elle disait : « Ses anciens soupçons ne sont pas encore effacés, écrivait le nonce Corsini le 12 mars 1621 4. » Marie de Médicis le comprenait. « La reine mère, disait le 26 février 1621, l'envoyé florentin.

1. Dépèche de Contarini du 3 novembre 1620, Bibl. nat., ms. ital. 1775, p. 78; Bonnefont, Manifesta de joie sur Cheureux retour de la roine à Paris, Paris, 1620, in-12; baron de Clairbourg, Déclaration publique présentée à la roine mère du roi sur le retour de Sa Majesté en la ville de Paris, Paris, 1620, in-12; le P. Delachau, les Allégresses du peuple de Paris pour l'entrée de la reine mère, Paris, 1620, in-12.

Page 1